6 décembre 1905

La séparation est votée

Par Raymonde Reznikov

Le 6 décembre 1905 à 18h :30, le Sénat adoptait par 179 voix contre 103, la Loi sur la séparation des églises et de l’Etat..

La Chambre avait voté le projet le 5 juillet. Voir :

http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2011/07/04/laicite/

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A la Une du Matin

 Dans le quotidien Le Matin daté du Jeudi 7 décembre, on pouvait lire :

La séparation des Eglises et de l’Etat est depuis hier soir, 6 décembre, à six heures et demi, - encore une date et une heure historiques – un fait accompli. (…)

Ce vote – un des plus importants qu’aura à enregistrer l’histoire de la troisième République – a été accueilli aux cris  répétés de : « Vive la République ! » et par des applaudissements prolongés de la gauche de la Haute Assemblée.

La séance d’hier a été consacrée aux traditionnelles déclarations et explications de vote.

Un bémol plein de bon sens :

Sous forme d’une proposition de retrait de l’urgence, M. Denoix, sénateur républicain de la Dordogne, a expliqué qu’il ne voterait pas la loi, parce qu’elle mettra entre les mains des adversaires de la République des armes et les moyens d’action bien supérieurs à ceux dont ils disposent jusqu’ici.

M. Denoix. – « Je ne voterai pas la loi de séparation ; je la crois, en effet, mauvaise à tous les points de vue. Lorsque les prêtres vivront exclusivement de l’association cultuelle, de cette association qui sera dans nos communes un foyer réactionnaire, vous verrez les résultats funestes de cette loi. Pour moi, je ne veux en assumer à aucun degré la responsabilité. »

La proposition, visionnaire, de M. Denoix a été repoussée par 181 voix contre 100.

C’est ainsi que par le biais d’associations, non pas cultuelles mais faussement culturelles, la Loi est de nos jours contournée.

Un autre opposant, M. Méline, sénateur des Vosges, fit remarquer :

M. Méline, – « Vous aviez un mur très solide : le Concordat. Vous y substituez une toile d’araignée et vous appelez ça un progrès.

Vous êtes dupes de beaucoup d’illusions. Les associations cultuelles ne vous inspirent, à cause des précautions que vous avez prises, que peu de défiance. Je vois, pour ma part, qu’elles vont devenir l’état-major des partis catholiques. (…) »

M. Méline ne pouvait pas imaginer d’autres dangers.

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Emile Combes

A ces objections, venues de son camp, un des auteurs de la Loi, M. Emile Combes, ancien président du Conseil, répondit :

M. Combes, – « Nous nous sommes abstenus de déposer aucun amendement, mais nous voulons indiquer les motifs de notre attitude.

Nous avons hâte de mettre fin à la situation officielle des cultes reconnus et de réaliser enfin la neutralité de la République française.

Nous votons la loi parce que nous la considérons comme une loi de liberté, d’affranchissement moral et de paix sociale. »

Un autre « son de cloche »

Dans le camp opposé, on hurle et on dénonce le coupable, le despotisme maçonnique, responsable d’une législation inspirée par la haine

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A la Une de La Croix

Extrait de l’article de l’académicien Albert de Mun publié dans le journal La Croix daté du vendredi 8 décembre 1905 :

C’est fait « Prisonniers de leur parti », comme l’a dit M. Clemenceau, les sénateurs, courbés sous le despotisme maçonnique, ont, malgré les courageux efforts d’une éloquente minorité, enregistré le décret du Grand-Orient, formulé par les députés en texte législatifs. (…)

Ainsi, par la volonté de 341 députés et de 181 sénateurs, dont les trois quarts maudissaient au fond de leur cœur cette détestable aventure, grâce à la coupable faiblesse de trois hommes qui en condamnaient la folie, l’apostasie officielle de la France est proclamée.

(L’apostasie en question consistant surtout à ne plus entretenir des parasites aux frais de l’Etat)

Les noms de MM. Loubet, Rouvier et Delcassé resteront, comme ceux des coupables sur l’écriteau du pilori, gravés sur l’écrit officiel qui consacre ce grand attentat.

M. Combes, sans doute, en prépara l’exécution ; mais son successeur, maître après lui de la puissance publique, armé par les circonstances d’un pouvoir incontesté, en fut l’auteur véritable. Il porte ainsi devant le pays une responsabilité, dont un avenir trop prochain fera connaître l’écrasant fardeau.

Le comte Albert de Mun, réactionnaire, intégriste et antisémite, écrivit un ouvrage en 2 volumes: « Contre la Séparation« . Après le vote de la Chambre, il manifesta ainsi son dépit:

Le sort en est jeté. Mise en demeure de déclarer sa volonté, la majorité de la France a répété le « Tolle crucifige » du peuple déicide, et lorsque, le lundi 3 juillet, 341 députés français venaient de signer l’apostasie officielle de leur pays, les socialistes révolutionnaires acclamèrent avec transport cette étonnante victoire.

(M. Piou, Le Comte Albert de Mun et sa vie publique, Editions Spes, Paris, 1925)

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Albert de Mun

La Loi fut promulguée le 9 décembre 1905,

En voici quelques extraits :

TITRE PREMIER

Principes

Article premier. – La république assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

Art. 2 – La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.

TITRE IV

Des associations pour l’exercice des cultes

Art. 17 : (…)

Elle ne pourront, sous aucune forme que ce soit, recevoir des subventions de l’Etat, des départements ou des communes.

TITRE V

Police des cultes

Art. 24. – Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte.

Art. 25 – Les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte continueront à être réglées en conformité des articles 95 à 97 de la loi municipale du 5 avril 1884. (…)

Art. 26 – Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème  religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépultures dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions.

Art. 32 – Si un discours prononcé ou un écrit affiché, ou distribué publiquement dans les lieux où s’exerce le culte, contient une provocation directe à résister à l’exécution des lois ou aux actes légaux de l’autorité publique, ou s’il tend à soulever ou à armer une partie des citoyens contre les autres, le ministre du culte qui s’en sera rendu responsable sera puni d’un emprisonnement de trois mois à deux ans, sans préjudice des peines de la complicité, dans le cas où la provocation aurait été suivie d’une sédition, révolte ou guerre civile.

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 Cette loi protège la liberté de conscience de tous. Ne la laissons pas contourner au profit de quelques superstitions venues d’ailleurs. 

 


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