Les Pléiades

 

Regard sur les Pléiades

Par Raymonde Reznikov

Les Pléiades situées près de l’écliptique font de nos jours officiellement partie de la constellation du Taureau. Les Anciens, dont Eudoxe, les considéraient comme une constellation à part entière. L’astronome Camille Flammarion leur consacra plus de quinze pages dans son livre sur les étoiles :

« Ce groupe classique et dont la célébrité historique surpasse celle des plus vastes constellations mérite notre attention spéciale, et nous devons nous y arrêter avec un soin particulier. »

(Les étoiles et les curiosités du ciel)

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(Futura-sciences)

Novembre 2011, la Lune conjointe aux Pléiades dans l’axe de l’Arc de Triomphe

 Astronomie

M 45, le plus illustre des amas ouverts du ciel, brille à 3h44 en ascension droite et à 24° en déclinaison. Pour en savoir plus sur ses caractéristiques physiques, consultez les liens suivants :

Ciel des Hommes

 

 http://www.cidehom.com/apod.php?_date=110921

Futura-Sciences 

http://www.futura-sciences.com/fr/definition/t/univers-1/d/pleiades_5212/

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/astronomie/d/planetes-en-formation-dans-lamas-des-pleiades_13652/

Les six étoiles que l’on distingue facilement à l’œil nu reproduisent en miniature l’image du Chariot de la Grande Ourse. La fin de l’automne et l’hiver sont les meilleures périodes pour les observer.

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(Ciel des Hommes)

Mythologie des Pléiades en Orient

Les  Puranas

La tradition védique a associé les sept Pléiades de l’astérisme « Krittica », aux sept étoiles de la Grande Ourse, demeure des sept Rishis, sept Sages nés du mental de Brahma.

 Arundhati (Alcyone) est l’épouse de Vasishtha, l’étoile Mizar, incarnation stellaire de Brahma lui-même.

Les Pléiades Sannati, Kshama, Prîti, Anasûya, Sambhûti, et Lajja sont respectivement associées aux Rishis Kratu, Pulaha, Pulyastya, Atri, Marichi et Angiras.

Les sept sœurs ont encore reçu d’autres noms : Amba, Doulâ, Nitatoui, Abrayanti, Maghâyanti , Varshayanti et Choupounika.

Dans les textes mythologiques de l’Inde, le dieu Skanda, la planète Mars, est donné soit pour un fils de Krittica et d’Agni (le feu),  soit pour un fils du seul Rudra-Shiva. C’est un chaste adolescent vêtu de rouge dont l’éducation fut confiée aux Pléiades, les Krittica, c’est pour cela qu’il fut appelé Kârtikeya.

Vue depuis la terre, la planète Mars semble séjourner périodiquement près des Pléiades. Deux mille trois cents  ans avant l’ère commune, des conjonctions exactes de Mars avec les Pléiades se produisaient environ tous les deux ans, car les Pléiades juste situées sur l’écliptique marquaient le point vernal et c’est justement près du point vernal que le parcours de la planète Mars croise la route du soleil. Ce fut sûrement à cette époque que naquit le mythe de Kârtikeya et de ses nourrices.

Krittica, le nom des Pléiades en sanscrit a le sens de « découpé »

 Voir:

http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/04/29/beltaine/

 

 http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/07/pleine-lune-de-mai/

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Retour en Occident

Sept Pléiades avaient  aussi reçu un nom dans l’antiquité classique, mais on n’a jamais su le nom respectif attribué à chaque étoile séparément. Une d’entre elles diminua d’éclat au point de disparaître, ce qui donna naissance au mythe de la Pléiade perdue.

C’est Riccioli qui en 1651 octroya les noms antiques aux étoiles et qui, avec une certaine logique donna le nom de Maia à la plus brillante d’entre elles, nom qu’il changea ensuite pour celui d’Alcyone.

Eta du Taureau, Alcyone donc, est une étoile multiple de magnitude 2,8. Il n’en n’a pas toujours été ainsi car l’astre en question n’apparaît dans les catalogues avec ses coordonnées actuelles qu’à partir de Tycho Brahé. L’astronome danois réalisa une carte des Pléiades à la suite de son observation du 24 décembre 1579.

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Mystère dans les Pléiades

L’éclat respectif des étoiles des Pléiades, ainsi que leur place dans le ciel, sont des phénomènes sujets à de multiples variations. Camille Flammarion a recensé tout ce qui a concerné le groupe depuis Ptolémée et il s’est aperçu que les astronomes de l’antiquité et du Moyen-âge ont noté des positions en longitude et en latitude qui ne correspondent plus à celles d’aujourd’hui. Là où les anciens voyaient l’astérisme, il n’y a rien.

Les positions de quatre étoiles données par Ptolémée sont toutes en dehors de la figure moderne, et Flammarion se pose la question :

 « Est-ce à dire pour cela, que Ptolémée ou Hipparque ont bien observé, et que leurs étoiles existaient réellement là, tandis que les nôtres n’existaient pas ? Non, assurément, car d’une part nous savons qu’il y avait déjà six ou sept Pléiades, et d’autre part, la rédaction de Ptolémée concorde assez bien avec la réalité, si les mesures ne concordent pas. »

Continuant son enquête, Flammarion étudia alors les observations de Al Sûfi, qui reprenait Ptolémée en précisant toute fois :

«  Il est vrai que les étoiles des Pléiades sont au nombre de plus de quatre ; mais je me borne à citer celles-ci parce qu’elles sont très proches l’une de l’autre et que ce sont les plus apparentes. »

Et Camille Flammarion de noter :

« La plus brillante des Pléiades n’était pas Alcyone. A moins d’admettre que Hipparque, Ptolémée et Al Sûfi n’ont pas su voir et reproduire le groupe comme un enfant saurait le faire  aujourd’hui, nous sommes forcés de conclure que de grands changements se sont opérés dans cette région du ciel. »

Au XVe  siècle, Ulu-Beg observa les Pléiades. Il ne trouva pas les mêmes coordonnées que ses prédécesseurs, et son groupe commença à ressembler à ce que l’on connaît. Pourtant, au XVIe siècle, Copernic reprenant encore les quatre étoiles de Ptolémée, redonnait des positions totalement incohérentes.

« Ce serait peine perdue d’essayer aucune identification : les positions ne correspondent même pas au texte de la description ! Il est certain que l’immortel astronome n’a pas fait ici d’observation personnelle ; il a seulement reproduit le Catalogue de Ptolémée en faisant la correction de précession et avec des fautes nouvelles. Cette figure ne ressemble pas plus aux Pléiades qu’à n’importe quoi. »

Enfin apparut l’honnête Tycho Brahé, qui à la manière de ses devanciers, ne signala pourtant que quatre Pléiades.

C’est Bayer, qui le premier, en mentionna six de cette étrange façon :

Eta – la brillante des Pléiades – nature de Mars et de la Lune.

q – la petite des Pléiades – nature de la Lune et de Mars ou de la Lune et de Jupiter.

Puis curieusement ensemble :

Quatre Pléiades – nature de la Lune et de Mars ou de la Lune et de Jupiter.

Dans son commentaire, Bayer ajoute :

« L’étoile η avec q jointes aux quatre autres sont appelées Pléiades, on les dit sept, mais six seulement sont visibles. »

 

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(Ciel des Hommes)

 Dès la découverte de la lunette astronomique par Galilée, l’histoire des Pléiades entra dans sa phase contemporaine. On put constater enfin officiellement les variations d’éclat à l’intérieur de ce groupe mouvementé. La plus brillante étoile des Anciens, celle « située au nord vers les Ourses » s’est effacée ; encore une Pléiade perdue ! Mais pour une de perdue, combien de retrouvées, ne seraient-ce que les compagnes d’Alcyone !

Comme tous les astres du ciel, l’amas des Pléiades est animé par un mouvement propre. Il se dirige vers le sud-est mais de manière relativement lente par rapport à nous. Ce phénomène a conduit au XIXe siècle l’astronome allemand Mädler à émettre l’hypothèse, sûrement inspirée par les récits mythologiques et les traditions de tous les peuples de la terre, que les Pléiades seraient le système central autour duquel graviterait le soleil. On sait depuis que ce n’est pas le cas.

Pourtant les Pléiades sont bien, comme les nommaient les Sumériens, Temennu, la Pierre fondamentale du ciel. Leur rôle dans l’histoire du monde semble avoir été d’une importance incalculable.

Ce tout petit astérisme composé d’étoiles à peine visibles à l’œil nu, a inspiré des pages et des pages de commentaires, de mythes et de légendes chez tous les peuples du monde entier sans exception. Dans le monde gréco-latin, les Pléiades sont les sept filles d’Atlas le Titan, et pour cette raison elles sont appelées les Atlantides.

Atlas

Qui était Atlas ?

D’après Hésiode, Atlas était le fils du Titan Japet et de l’Océanide Clyméné. Il eut pour illustres frères Prométhée et Epiméthée.

Japet était fils d’Ouranos, le Ciel, et de Gaïa, la Terre. Parmi ses frères figure Cronos-Saturne qui engendra Zeus. Il ne faut pas confondre Cronos, le régent de la planète Saturne avec Chronos, le maître du Temps. En grec, Cronos s’écrit : Κρόνος, et Chronos s’écrit : Χρόνος. Il serait bon de se souvenir de ce détail, même si les cycles de Saturne ont servi à mesurer le temps.

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Lorsque Zeus voulut s’emparer du pouvoir en détrônant Cronos, il eut à combattre ses oncles et ses cousins Titans. Ceux-ci conduits par Atlas furent vaincus et pour châtiment Zeus les exila et les emprisonna aux confins de l’Occident, ou à l’extrême Nord. Atlas, leur chef fut condamné à porter la voûte du ciel sur ses épaules.

Dans le mythe Pélasge de la Création, les Titans sont les régents des planètes. Atlas et la Titanide Phoébé président à la Lune.

Les Pélasges étaient-ils un peuple de la mer ? Leur origine est restée inconnue. Ils n’ont jamais abandonné le culte des Titans pourtant symbole d’une ère révolue. Ils continuèrent à croire en un Paradis situé dans l’extrême nord, devant lequel Atlas soutenait le Ciel, souvenir d’une « Atlantide » disparue peut-être.

En Genèse X – 25, il est dit que Héber ( עבר) engendra Peleg (פלג) parce que de son temps la terre fut partagée.

Péleg est l’ancêtre d’Abraham.

La valeur du mot PeLeG est 113, et 355 nombre de jours de l’année lunaire, divisé par 113 égale 3,14159292.

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C’est un autre Atlas, fils de Poséïdon, qui régna plus tard sur l’île rendue célèbre par Platon.

Les deux personnages mythiques du même nom ont en commun la fantomatique Atlantide disparue. Ils symbolisent l’un et l’autre le continent perdu et sa brillante civilisation, laquelle pour les Anciens, était à l’origine des religions et des sciences.

Atlas savait que la terre était ronde :

« La sphère avait été découverte longtemps auparavant par Atlas. »

(Pline l’Ancien, Histoire naturelle, II-31)

Comme l’Asuramaya de l’Inde, il enseignait l’astronomie et passait pour un maître en toutes disciplines. Mais si les deux personnages mythiques du même nom ont été confondus, on doit considérer que seul le Titan, dieu ancien détrôné, est bien le père des Pléiades.

Leur mère est Pléioné, fille d’Océan et de Thetys, qu’Hyginus appelle aussi Aethea. D’après certains auteurs, ce serait de Pléioné que les Pléiades tireraient leur nom : pleïn en grec signifiant naviguer. A une certaine époque, il est vrai que les Pléiades indiquaient par leur lever matinal le commencement de la période de navigation, mais cette situation ne fut que temporaire, et les Pléiades n’avaient jamais porté un autre nom antérieurement.

Ce nom semblerait provenir de préférence du terme pleion et de ses dérivés, et signifier : nombreux, davantage, ce qui est supérieur, ce qui est un grand nombre en groupe.

Bien que six étoiles seulement soient visibles, les Pléiades sont effectivement très nombreuses vues dans un instrument d’optique ; faut-il toutefois en posséder un pour s’en rendre compte !

Une appellation populaire retransmise par Homère : Boutros, le grappe, pourrait confirmer cette hypothèse, les grappes portant en général plus de six grains pour mériter ce titre.

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Temple de Palenque

Chez les Mayas, les Pléiades figurent les 400 jeunes gens, dieux des boissons fermentées, qui après leur mort « entrèrent dans la constellation nommée à cause d’eux l’Amas », c’est à dire les Pléiades. Leur image est représentée sur les murs du temple de Palenque au Mexique.

Cortez a rapporté une très ancienne tradition mentionnant qu’une destruction du monde avait eu lieu dans un passé lointain à leur culmination nocturne (actuellement vers le 20 novembre).

Ptolémée prétendait que la Nouvelle Lune et la Pleine Lune près des Pléiades, causaient des tremblements de terre.

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Le 11/11/2011

Dans le traité du Talmud Berakhot, il est aussi question des Pléiades, Kima :

« La Guemara explique comment la constellation de Kima a reçu ce nom :

Quelle est la raison pour laquelle cette constellation a été nommé Kima ?

Chemouël dit : elle a reçu ce nom car elle est comme cent (כמאה) étoiles.

La Guémara rapporte un désaccord concernant ces étoiles : certains disent qu’elles sont rassemblées, et certains disent qu’elles sont éparpillées »

(Traité Bérakhot, ch. 9 – 58b5, éditions Artscroll)

Un amas ouvert d’une centaine d’étoiles ? Les traités du Talmud furent rédigés entre le premier et le huitième siècle, rappelons-le.

Dans la tradition de l’Avesta, les Pléiades sont  Satavaêsa. Ce nom signifie : « qui a cent habitations ».

Et Satavaêsa fait aller ses eaux vers les sept Karshvares, et arrivé là, il s’arrête, bel et apportant la joie sur les régions qui auront une bonne année…

(Avesta, Yasht 8 – V, 9)

Satavaêsa a sous sa surveillance la planète Vénus.

Certaines légendes mythologiques font de la planète Vénus, la Pléiade perdue qui serait arrivée dans notre système solaire sous forme de comète. Cela ne repose sur aucune base astronomique, Vénus étant beaucoup plus âgée que les Pléiades.

Ce rapport entre la planète et l’astérisme peut avoir son origine dans le mot grec Pelias qui signifie colombe, oiseau consacré à Vénus.

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(oiseau.net)

Etoiles de la mer (pelagaios), colombes, astres de la navigation (alcyon), amas sont des explications possibles du mot Pléiades.

Oiseau, Tsippor, צפור, est à l’origine de Tsiporah (et non Séphora), nom d’une des sept filles de Yithro, le prêtre de Midian aux sept noms que Moïse, le tiré des eaux, épousa.

L’astérisme des Pléiades, rappelons-le sépare les constellations et les signes astrologiques du Taureau et du Bélier, voir :

http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2010/11/03/zodiaque/

« La Guemara présente deux réponses contradictoires :

Certains disent que c’est la queue du Bélier, et certains disent que c’est la tête du Taureau. »

Dans cet extrait de Berakoth, le groupe d’étoiles est appelé aussi Yota.

Dans ce même traité, Les Pléiades , כימה (KYMaH), telles des Atlantides sont, comme chez les Mayas, associées au déluge :

« Car au moment où le Saint Béni soit-il a voulu amener le Déluge sur le monde, il a pris deux étoiles de Kima et a amené le déluge sur le monde. »

Au Japon, le jour de la pleine lune de novembre, c’est la fête des lanternes qui rappelle le souvenir du déluge.

Les adeptes de la religion jaïne célèbrent chaque année à ce même moment la Fête des Lampes qui commémore l’anniversaire de la mort de leur maître Mahâvîra.

Dans l’hémisphère nord, les filles d’Atlas semblent avoir eu une fâcheuse réputation. Par contre, dans l’hémisphère austral, elles sont signe de joie. :

« Jusqu’à l’introduction du christianisme au XIXe siècle, les insulaires de la Polynésie vouèrent un véritable culte aux Pléiades. L’heureux événement de leur apparition déclenchait d’exubérantes festivités ; à croire qu’elles n’avaient pas toujours été visibles depuis les latitudes australes, que leur première apparition avait amélioré les conditions de vie des indigènes, mais qu’elles risquaient un jour de redisparaître ! »

(Les Celtes et le Druidisme)


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Le disque de Nebra

Ce disque en bronze de 32 cm de diamètre a été découvert à Nebra sur Unstrut en Allemagne. Il date de 3600 ans. Il représente le ciel avec le soleil, la lune et les Pléiades

Bibliographie

Avesta : traduction de James Darmesteter, Adrien-Maisonneuve, 1960

Traité Berakhot, L’édition Edmond J. Safra, Artscroll.

James George Frazer, Le Rameau d’Or, Bouquins, Robert Laffont, 1983

Camille Flammarion, Les étoiles et les curiosités du ciel, Flammarion , 1882.

Raymonde Reznikov, Les Celtes et le Druidisme, Dangles, 1994.

 


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