De Carnac à Shambhala

De Shambhala à Carnac ?

Présenté par Raymonde Reznikov

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Portrait de Nicholas Roerich par Svetoslav Roerich

 

Entre 1924 et 1929, le peintre Nicholas Roerich (1874 – 1947) parcourut diverses contrées de l’Asie Centrale.  L’expédition, à but scientifique, financée par le Roerich Museum de New-York, était dirigée par l’orientaliste Georges de Roerich, fils de Nicholas. En 1930, celui-ci publia le récit des aventures extraordinaires que vécut l’expédition. Dans la préface de l’édition française de son rapport , Louis Marin écrit :

«Du Tibet, Georges de Roerich rapporte un tableau scientifique de la vie et de la civilisation des nomades des Hauts Plateaux. Au cours de ses recherches, il a précisé l’existence d’un style artistique particulier aux nomades, ce style – surtout animalier – est nettement apparenté à celui des anciens Scythes et des Goths. (…)

Une découverte des plus intéressantes devait récompenser les efforts de l’intrépide explorateur. Dans le Haut Tibet et dans la région des Trans-Himalayas, Georges de Roerich a minutieusement étudié et photographié de nombreux monuments mégalithiques (cromlechs, alignements, menhirs) dont l’existence n’avait pas été signalée et dont la structure permet des comparaisons très intéressantes avec nos monuments occidentaux, notamment, ceux de Bretagne. (…)

Au cours de ces cinq années d’exploration, le professeur Nicholas de Roerich a peint près de cinq cents tableaux, dont l’ensemble se présente comme un panorama unique des régions les moins connues du grand continent asiatique. »

(Sur les pistes de l’Asie Centrale, Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris 1933)

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Le Grand Esprit de l’Himalaya

 

Au cours de cette expédition, le peintre prit lui aussi des notes. Il les publia à son retour dans son livre, Shambhala .  En voici un extrait :

Les peuples de l’intérieur de la terre

Dans le Trans-himalaya, à une altitude de quinze mille ou seize mille pieds, nous avons trouvé plusieurs groupes de menhirs. Personne au Tibet ne connaît ses menhirs. Un jour, après une journée entière de voyage à travers les collines nues et les rochers du Trans-himalaya, nous avons vu, de loin, des tentes noires préparées pour notre camp. Au même moment nous avons remarqué, non loin dans la même direction, ces longues pierres qui ont tant de signification pour l’archéologue. Même de loin, nous pouvions distinguer la forme particulière de leur construction.

« Quelles sortes de pierres voyons-nous sur ces pentes, avons-nous demandé à notre guide tibétain.

Oh, répondit-il, ce sont des Doring – des pierres longues ; c’est un ancien endroit sacré. Il est très utile de mettre de la graisse au sommet des pierres. Alors les déités de l’endroit aident les voyageurs.

Qui a ainsi rassemblé ces pierres ?

Personne ne le sait. Mais depuis les temps anciens, ce district a été appelé Doring – les pierres longues. Les gens disent que des inconnus sont passés ici il y a longtemps.

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Emplacements des mégalithes

A travers le relief du Trans-himalaya, nous avons vu distinctement les longues rangées de pierres verticales. Ces allées se terminent dans un cercle avec trois hautes pierres au centre, l’ensemble étant orienté d’ouest en est. (…)

Lorsqu’on me demanda : « Pourquoi vous réjouissez-vous au sujet de ces menhirs ? », je répondis : « Parce que ma carte géographique des contes de fées est vérifiée. Lorsque, dans une main, à Carnac, vous tenez un bout de la corde enchantée, n’est-ce pas une joie de trouver son début dans le Trans-himalaya ? »

On peut argumenter que, peut-être, les bâtisseurs des menhirs voyageaient vers le Trans-himalaya et que le Trans-himalaya peut bien avoir été l’endroit où il se sont arrêtés plutôt que leur demeure originale. Naturellement, peut-être en a-t-il été ainsi. C’est pourquoi, moins les conclusions que nous en tirons sont définies, moins nous entretenons d’attentes, meilleur sera le futur. (…)

Mais je me réjouis du fait que sur les hauteurs du Trans-himalaya, j’ai vu l’incarnation de Carnac.

(Shambhala, traduit par M.-M. Dionne, Les éditions du IIIè millénaire, 1989).

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Photo prise le 22 mars 1928 lors de la découverte des alignements de mégalithes

 

Voici comment Georges de Roerich, le scientifique, décrivit la même découverte :

Le 22 mars, avec une température de  -13° C. et un vent terrible d’ouest, nous gravîmes la Lung-mar La, puis redescendant par une route que le Tachi Lama suivit dit-on pendant sa fuite en 1923, nous arrivâmes dans une vallée où nous attendait une découverte du plus vif intérêt.

A l’endroit appelé Do-ring (Do-ring signifie « longue pierre »), situé à environ trente miles au sud du grand lac salé de Pangong tsho-tcha, nous trouvâmes un alignement considérable formé de dix-huit rangées de dalles de pierre, posées droites. Chacun de ces alignements est orienté de l’Est à l’Ouest et terminé à son extrémité occidentale par un cromlech ou cercle de pierres consistant en plusieurs « menhirs » rangés en un cercle plus ou moins parfait. L’intérieur du cercle est occupé par plusieurs « menhirs » ou obélisques grossiers plantés verticalement en terre et devant lesquels s’élève une table de pierre ou autel plus ou moins informe. (…)

Il est intéressant de noter que presque tous les monuments mégalithiques découverts sont situés le long de la grande route des pèlerinages qui passe au sud des Grands Lacs et conduit au Mont Kailâsa, la demeure des dieux, et aux lieux sacrés de la frontière du Népal.

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Carte de la région des alignements

Les monuments mégalithiques découverts par l’Expédition étaient absolument inconnus de la population moderne. (…)

Le 23 mars, entre des dunes de sable encadrant le lit desséché d’un petit ruisseau, nous trouvâmes un autre groupe de monuments mégalithiques : trois menhirs entourés de dalles de pierres formant un carré ; la table d’offrande manquait devant le plus grand menhir, le sanctuaire devait être abandonné depuis longtemps. (…)

La plaine que l’on traverse en quittant ces montagnes est le fond d’une mer desséchée, ainsi qu’en témoigne la présence de coquillages fossiles.

Pour information : la plaine en question se trouve à 4000 mètres d’altitude sinon plus.

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Parmi les évènements marquants de cette expédition, Georges de Roerich a rapporté l’étrange apparition d’un cavalier somptueusement vêtu, porteur d’un message de mise en garde, et sa disparition subite sitôt sa mission remplie…. Son père Nicholas, pour sa part mentionne un autre type d’apparition :

Lumière dans le désert

Un énorme vautour noir fonce sur le camp.

Mais qu’est-ce que cela, au-dessus, dans les airs ? Un objet brillant, volant du nord au sud. Les jumelles sont à portée de la main. C’est un gros objet. Un côté scintille sous le soleil. Sa forme est ovale. Puis il se tourne d’une certaine façon dans une autre direction et disparaît vers le sud-ouest, derrière Ulan Davan, le col rouge de la chaîne des glaciers. Toute la caravane discute avec animation de cette apparition. Un ballon dirigeable ? Un Ebolite ? Un appareil inconnu ? Pas une vision, parce que vous ne pouvez pas avoir de visions à travers plusieurs jumelles. Puis le lama murmure : « Un bon signe. Un très bon signe. Nous sommes protégés. Rigden-jyepo lui-même s’occupe de nous ! ». Dans le désert, vous pouvez voir des choses merveilleuses et vous pouvez sentir des parfums odoriférants. Mais ceux qui vivent dans le désert ne sont jamais surpris. (…)

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Près du ruisseau, au-dessus même du précipice, la silhouette d’un cheval se dessine vaguement dans la brume. Et quelque chose, semble-t-il, étincelle étrangement sur sa selle. Peut-être est-ce un cheval perdu par une caravane. Ou peut-être ce cheval a-t-il désarçonné son cavalier en sautant au-dessus d’un abîme. Ou peut-être est-ce un cheval abandonné parce qu’il était faible et sans force, et qui cherche maintenant son maître.

Ainsi parle le mental, mais le cœur se souvient d’autre chose. Le cœur se souvient que, de la grande Shambhala, depuis les belles et hautes montagnes, à l’heure prédestinée, descendra un cheval solitaire et, sur sa selle, au lieu du cavalier, brillera le joyau du monde : Norburinpoché – Chintamani – la pierre miraculeuse qui doit sauver le monde.

Ce temps n’est-il pas venu ? Le cheval solitaire ne nous apporte-t-il pas le Joyau du Monde.

(Gantok, 1928)

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Bibliographie

Georges de Roerich : Sur les pistes de l’Asie Centrale

Texte français de M. de Vaux-Phalipau ; préface de Louis Marin

Librairie orientaliste Paul Geuthner, Paris, 1933

Nicholas Roerich : Shambhala

Traduction Marie-Andrée Dionne

Les Editions du IIIè millénaire, Sherbrooke (Québec) 1989

Illustrations

Nikolay Roerich

Aurora Art Publisher, Leningrad, 1976

Cartes

Zhonghua Renmin Gongheguo Fen Sheng Dituji

Ditu Chubanshe

Zhongguo Beijing (Pékin, 1971)

 

 


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4 commentaires

  1. Dady dit :

    Je donne une précision au sujet du mot Tibet ….Il vient du cachemirien Tibbat, corruption du tibétain Teu-Peu qui désigne le haut Tibet, sa partie contiguë au Cachemire et au Ladakh…

  2. R. R dit :

    Suite à une discussion sur facebook, à propos du mot Tibet avec ou sans h, j’ai retrouvé la précision suivante dans « Mystiques et magiciens du Tibet » de Alexandra David-Neel, édition de 1969:
    « On remarquera que dans la nouvelle édition, j’ai écrit Tibet au lieu de Thibet.
    J’avais employé cette dernière orthographe afin de ne pas causer d’embarras aux lecteurs qui allaient la trouver dans la plupart des auteurs de cette époque. …Depuis lors, l’orthographe Tibet sans h a prévalu, c’est pourquoi je l’emploie dans cette nouvelle édition.
    Toutefois, ni Tibet, ni Thibet ne sont le nom que les indigènes donnent à leur pays. Ils l’appellent Bod Yul (prononcé Peu Youl) et eux-mêmes se dénomment Peu Pa. Poétiquement le pays est appelé Kkang Yul – Pays des Neiges – bien qu’il neige peu au Tibet, et que les neiges perpétuelles ne se rencontrent qu’au-dessus de 6000 m. d’altitude »
    Voilà qui confirme et complète la remarque de Dady

  3. Dady dit :

    …et jadis, il y a plus de mille ans, on l’appelait : Khawachèn, le Pays des Neiges !!!!Mais je crois que se sont les Anglais qui ont pris ce nom qui est plus facile à prononcer – pour les Occidentaux – que « Peu » avec l’accent Tibétain !!!…

  4. R. R. dit :

    Voir aussi sur le même thème: Benjamin de Tudèle au Tibet
    http://akhsahcalebunblogfr.unblog.fr/2013/05/15/benjamin-de-tudele-au-tibet/

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