Mystère cathare (2)

En marge de l’histoire locale

Article publié par Joseph Mandement dans le quotidien La Dépêche du 21 novembre 1932

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Le « pog » de Montréal

Les peintures cathares du Vicdessos

Dans « La Dépêche » du 2 juillet dernier, Alex Coutet écrivait :

(Voir article précédent, depuis « Nous avons entrepris… » jusqu’à « …qu’il n’appartient pas à la main de l’homme de reproduire. »)

Je dois à la vérité de dire que cet article m’a valu de nombreuses lettres, tant sont nombreux, à cette heure, les chercheurs de documents ayant trait à l’histoire de la croisade des Albigeois et à l’agonie de notre patrie romane.

L’une d’elles, émanant d’un magistrat de l’Aude, m’a signalé qu’il y a dans un manuscrit du treizième siècle de la Bibliothèque nationale, une figure analogue à celle que nous avons trouvée et dans laquelle les croix de Saint-André et les croix grecques (signes très répandus dans l’ornementation des églises depuis le cinquième siècle et qui représentent la croix et la première lettre du chrisme) sont remplacées par huit grands cercles et dix petits cercles rangés dans le même ordre.

Il est facile de se rendre compte, par l’application de la symbolique des nombres, que le sens de ces deux décorations est identique. En effet, la croix grecque et la croix de Saint-André superposées nous donnent l’étoile à huit pointes, à huit rayons, l’étoile du matin et du soir, celle qui est représentée dans les catacombes et qui guidait la marche des rois Mages ; huit étant le symbole des béatitudes, des vertus triomphatrices, indique la marche vers la perfection.

 Dix est le nombre parfait. Il est inscrit au-dessus de nos têtes, dans les dix sphères concentriques du ciel ; il traduit la connaissance de Dieu et la création.

Les six flammes et les six croix latines, peintes sur la roche de la petite caverne de Montréal, témoignent du même désir d’arriver à la perfection. Mais il y a encore une autre explication à donner à la représentation de ces symboles. On la trouve dans le registre de Geoffroy d’Albis, (sic) inquisiteur, et dans la « Practica » de Bernard Gui, inquisiteur également.

Nous savons qu’après le siège et la prise de Montségur, les tribunaux de l’Inquisition, siégeant à Toulouse, à Carcassonne et à Béziers, traquèrent les hérétiques et leur imposèrent le port de divers insignes permettant de les reconnaître et de les surveiller en tous lieux. Or, ces insignes se composaient de croix, de cercles, de flammes, de lances et de marteaux. Or nous avons trouvé aussi dans cette caverne, une peinture représentant un marteau que nous n’avions pu distinguer sous la stalagmite, lors de notre premier examen. Voici d’ailleurs, quelques textes qui peuvent éclairer la question :

« Nous vous imposons de porter, sans cesse, sur tous vos vêtements – excepté la chemise – deux croix de feutre de couleur jaune, l’une devant la poitrine, l’autre derrière entre les épaules, et d’avoir soin qu’elles soient très apparentes, soit que vous demeuriez dans l’intérieur de votre maison, soit que vous en sortiez. Ces croix doivent avoir les dimensions suivantes : deux palmes et demi pour un bras, deux palmes pour l’autre qui est le bras transversal, avec trois doigts de large pour chacun. Vous les séparerez ou vous les remplacerez sans retard si elles viennent à se déchirer ou à disparaître par usure »

(Concile de Béziers, 1246)

Le concile de Toulouse décrétait que le port de ces « croix d’infamie et de déshonneur » devait se faire à gauche et à droite de la poitrine. Elles devaient être de couleur différente de celle du vêtement. Un autre imposait le port sur le chapeau.

« Ceux qui seront retombés dans l’hérésie ou qui auront poussé les autres mettront, au-dessus des deux croix qu’ils portent déjà l’une par devant et l’autre par derrière, un bras transversal de la longueur d’une palme et de la même étoffe. » ‘Concile de Béziers).

C’est cette croix à deux barres inégales qui a été considérée et indiquée à tort comme la croix cathare. Elle n’est qu’un des signes de reconnaissance et d’infamie imposés aux hérétiques persévérants.

Autres punitions destinées aux faux témoins, à ceux qui font des maléfices en se servant de l’hostie, et aux condamnés à la prison perpétuelle et délivrés momentanément :

« Exposition publique le dimanche, mains liées, tête nue, en simple tunique, sans ceinture, attachés au sommet d’une échelle depuis le matin jusqu’à la fin de l’après-midi. Les vêtements doivent porter quatre langues rouges, deux par devant, deux par derrière. Le condamné doit conserver cette marque même dans sa prison. Le condamné aura deux morceaux d’étoffe jaune en forme d’hostie fixés aux vêtements de dessus, l’un sur la poitrine, l’autre entre les épaules. Il portera l’image d’un marteau découpé dans une étoffe rouge, devant et derrière, etc.. »

Ces signes furent imposés dans notre région jusqu’en 1320, époque où prit fin avec l’arrestation de Pierre Authier (d’Ax) considéré par les inquisiteurs comme « le fléau du Midi », le dernier mouvement cathare. Il est permis d’admettre que la caverne de Montréal a pu servir d’asile à des hérétiques pourchassés.

Donc, par ces peintures, ils ont voulu nous laisser le souvenir de leur passage en ce lieu et nous léguer les images de tous les signes d’ignominie qu’ils avaient été condamnés à porter. Le tan (sic) ensanglanté tracé à la veille de la sortie d’Egypte sur les demeures des Israélites que devait épargner l’Ange exterminateur (d’après Ezéchiel), était devenu au treizième siècle le signe qui désignait les Israélites et les Cathares à la torture, à l’in-pace ou au bûcher purificateur.

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Reconstitution artistique de la fameuse fresque

Note :

Là s’arrêtent les délires du magistrat de l’Aude

Conclusion de Joseph Mandement :

Il est bon de jeter parfois un regard scrutateur sur ces tristes souvenirs d’un âge de tourmente et de flammes, ne serait-ce que pour y apprendre à la lueur des autodafés combien il est injuste, ridicule et inhumain d’accabler son prochain parce qu’il n’est pas de votre opinion, en religion ou en politique. Comme l’a dit Voltaire : « l’intolérance est absurde et barbare ; c’est le droit des tigres, et c’est bien plus horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger et nous, nous sommes exterminés « pour des paragraphes »… ». Et c’est pourquoi, traduites de l’hébreu au grec, du grec au latin et au roman, des paroles de miséricorde et de pardon sont devenues au treizième siècle, des cris de haine et d’intolérance.

                                                                                          Joseph Mandement

 

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Commentaires

Par Raymonde Reznikov

1) Fumistes et charlatans.

Ce qui caractérise une majorité de charlatans identifiés comme tels, est souvent une position sociale élevée, leur conférant une autorité suffisante pour réduire au silence d’éventuels contestataires.

Vers 1900, le magistrat de l’Aude, dont je tairai le nom (qu’il soit oublié !), fut le disciple de Jules Doinel, un individu tourmenté,  » Patriarche » d’une Eglise Gnostique créée par ses soins, à la suite d’une séance de spiritisme au cours de laquelle des Parfaits cathares lui auraient conféré l’investiture. Sous l’influence de cet allumé, le jeune futur magistrat, alors étudiant, alla jusqu’à publier une éphémère revue, Le réveil des Albigeois, organe officiel de l’Eglise gnostique de France, à laquelle collabora évidemment le Patriarche. Ce dernier avait fondé sa secte en 1888 alors qu’il était Archiviste départemental du Loiret. Contraint d’abandonner son poste en raison d’un scandale, il fut nommé à Carcassonne en 1896, aux Archives de l’Aude, où le futur magistrat le rencontra.

Très ouvert à tous les courants de pensée ésotérique, l’étudiant s’affilia à l’Ordre Martiniste du mage Papus, il entra dans la Franc-Maçonnerie à la loge du Grand-Orient de Carcassonne, et plus tard il entretint des contacts avec la Fraternité Blanche Universelle du Bulgare Peter Deunov, en qui il voyait un héritier des Bogomiles. En, 1922, il rencontra enfin le maître de ses rêveries en la personne de Rudolf Steiner, fondateur de la Société Anthroposophique, dont il s’enticha au point de refondre le Catharisme dans le moule de l’anthroposophie….

Au début des années trente, l’apprenti gnostique, disciple de Jules Doinel, est devenu un magistrat respecté, mais dans le privé, il se consacre toujours à ses manies, et travaille à propager les idées de son nouveau gourou, Rudolf Steiner.

Tous les témoins sont formels, l’individu a bien connu l’allemand Otto Rahn, mais il ne l’a pratiquement jamais évoqué dans ses publications. Plus même, il semble avoir pris en grippe le jeune chercheur allemand, qui en venant chasser sur ses plates-bandes, allait offrir de surcroît un superbe piédestal à son rival Antonin Gadal.

Pour d’autres raisons, Joseph Mandement détestait aussi Otto Rahn. Il voyait en lui « un sale espion », peut-être à juste titre en raison de la présence du complexe sidérurgique de Sabart et de la proximité de la frontière avec l’Espagne.

Au mois de décembre 1932, décidé à publier lui-même un ouvrage, il confiait à Paul Bernadac :

« Il est trop tard maintenant pour couper l’herbe sous le pied de ce blanc-bec allemand, qui va publier son ramassis de légendes et d’inventions. Je n’ai aucune confiance en lui : quand il n’a pas de preuves, il en invente… »

(Cité par Christian Bernadac, Le mystère Otto Rahn, éditions France-empire, 1978)

Joseph Mandement et le « magistrat » se sont-ils associés pour lancer un contre-feu aux thèses d’Otto Rahn ?

Au début, les deux complices s’entendirent pour attribuer la petite fresque de Montréal aux Cathares, mais un an plus tard, suite à la publication en Allemagne du livre d’Otto Rahn, La croisade contre le Graal, le magistrat de l’Aude en attribua la composition aux Templiers, contredisant ainsi ses démonstrations précédentes…

Or Joseph Mandement, comme de nombreux érudits ariégeois, savait pertinemment qu’il n’y avait jamais eu de Templiers dans le secteur, et que la Commanderie de Capoulet-Junac, propriétaire de biens et de droits seigneuriaux à Montréal-de-Sos, avait appartenu, dès le XIIèmesiècle, à l’Ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. En 1177, le seigneur W. d’Alsen avait donné à l’Hôpital, à son frère Pierre, Prieur de Saint-Jean de Toulouse, ses droits sur la terre de Saos….(Notons à ce propos que la croix à 8 pointes des Hospitaliers symbolise les « huit béatitudes »)

 Qu’importe, le faussaire n’hésita pas et transforma les Hospitaliers en Templiers. La fin justifie les moyens.

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Croix de Sem, village proche de Montréal

On peut encore y voir la lance, le glaive, le marteau

2) Les croix de la passion.

Il est évident que la petite fresque reproduit la symbolique des croix en fer forgé nombreuses dans le secteur de Montréal. La présence du marteau en donne la confirmation

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Date de la croix de Sem au symbolisme identique à la peinture de Montréal:

1773

Voir aussi :

 http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/05/richard-wagner-a-montsegur/

 http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/03/de-montsalvat-a-montsegur/

 http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/04/templiers-a-montsalvat/

 

 


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