Mystère Cathare ?

Le mystère cathare

Article du 9 juillet 1932 paru dans La Dépêche

Avertissement

Par Raymonde Reznikov

Cet article a servi à alimenter de manière substantielle le « sottisier cathare ». Certains charlatans, alors à l’œuvre dans le secteur, ont vu dans la fresque une représentation du mythe du Graal ; l’un d’eux a même réussi à suggérer que le château de Montréal aurait appartenu aux Templiers…

Explications à la fin de l’article

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En recherchant le trésor

Par Alex Coutet

Tarascon, 8 juillet

 On cherche toujours le « Trésor des Cathares ».

A Montségur, c’est l’ingénieur Arnaud qui sonde les flancs du pic, au sommet duquel s’érigent les ruines de l’acropole sainte.

Dans les grottes du Sabarthez, autour d’Ussat, c’est le spéléologue allemand Otto Rahn qui avance sur les traces des hérétiques, traqués, réfugiés, dans les souterrains rocheux de la « spoulga de Bouan ».

Après la chute de Montségur, les Cathares, on le sait, se reformèrent dans la haute Ariège, à l’abri des vieux châteaux, comme au plus profond des cavernes.

On retrouve leurs vestiges et ceux de leurs persécuteurs bien après Montségur jusqu’au commencement du quatorzième siècle. Le Sabarthez ne leur suffit point, les réfugiés cathares se disséminent au loin, s’installent dans tous les châteaux haut perchés des avances des Pyrénées ariégeoises.

Tarascon, Lordat, Montgrenier, Calamès, Miglos, Saleix, Rabat,  furent autant de bastides cathares dont il ne reste plus que des pans de murs. Partout, la grotte qui s’ouvre dans le rocher abrupt sous les remparts est l’auxiliaire du château, orifice des souterrains ou simplement poste de guet.

Curieuse persistance de sa fonction, c’est la même grotte qui a servi de refuge à l’homme depuis des siècles, depuis des millénaires, pourrait-on dire, sans se préoccuper de l’histoire cathare, les fervents de la préhistoire y sont venus chercher des empreintes de l’homme primitif. C’est ainsi que j’ai rencontré dans ses parages, un des apôtres de la paléontologie. Monsieur Joseph Mandement, qui fut un des précieux auxiliaires du grand Emile Carthaillar, c’est lui qui, le premier, à ses côtés, a pu tourner des films de cinéma à l’intérieur des cavernes.

Grâce à M. Mandement, on a pu voir sur l’écran les replis les plus profonds, les plus reculés des excavations accessibles aux seuls intrépides, qui ont le cœur bien accroché. C’est précisément, au fond de ces retraites que l’homme primitif s’est plu à graver dans l’argile les images les plus curieuses, les plus significatives.

Or, en cherchant des graffiti d’incantations aux bisons, M. Mandement s’est heurté aux reliques cathares. Je l’ai rencontré dans cette pittoresque vallée de Vicdessos, où il a fait la plus typique des découvertes, celle d’une peinture mystique du treizième siècle, tracée dans la roche d’une caverne.

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La grotte (photo R. R. Cathares et Templiers)

Nous avons entrepris l’ascension à hauteur de Goulier et Olbié, de l’éperon ardu, qui à 900 mètres d’altitude, porte les ruines imposantes du château de Montréal.

Montréal-de-Sos, ainsi dénommé au moyen-âge pour le distinguer de Montréal-du-Carcassès, fut un bourg de dimensions autrement vaste que Montségur. Ses seigneurs, des vassaux des comtes de Foix, y résidaient alors que l’inquisition était close depuis longtemps ; les murs étaient encore redoutables quand Richelieu les fit abattre comme tels.

Montréal fut hospitalier aux Cathares jusqu’à la fin du treizième siècle.

Ils n’en prirent pas moins, de tout temps, leurs précautions pour ne pas s’y laisser surprendre.

Au haut du pic, sur lequel fut si hardiment bâti le château, s’ouvrent deux grottes. L’une, de belles dimensions, son orifice ne mesure pas moins de 7 mètres, sert, aujourd’hui, d’abri aux troupeaux de béliers surpris par le mauvais temps.

L’autre, d’ouverture plus réduite, mais d’accès difficile et dangereux, sur cette paroi presque verticale, au-dessus de l’abîme, n’est guère approchée par l’excursionniste. Fort heureusement, car c’est là que M. Mandement, assisté dans ses explorations par deux instituteurs du pays : MM. Clastres et Rouzaud, a fait la précieuse découverte qui dépasse en intérêt pour le moment ce qu’on a pu trouver ailleurs.

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Le dessin

Il s’agit d’une composition cathare peinte sur la paroi lisse de la roche à l’intérieur de la petite caverne. C’est un travail en deux couleurs, rouge et blanche, qui ont pris aujourd’hui les tons brun rouge et gris céruse.

Le mystique artiste a tracé, d’abord, un carré au trait rouge, de 40 centimètres de côté environ, la dimension , nous fait observer M. Mandement, des « missels » ou des bibles cathares. Deux autres carrés, plus petits, sont inscrits à l’intérieur, l’un dans l’autre.

Des croix au double tracé, alternativement croix grecques et croix de Saint-André, forment comme un encadrement au plus petit carré inscrit, dans lequel sont figurées d’autres croix alternant avec des flammes rouges.

En dehors du carré et au-dessus, s’échappe une lance : à côté de la lance est tracé un cercle au pourtour rouge à l’intérieur gris blanc.

Six croix au simple trait sont dispersées en dehors du carré.

M. Mandement nous fournit le glossaire suivant qui s’inspire du dogme cathare :

Le rouge, c’est l’esprit, plus particulièrement symbolisé par les flammes, le Saint-Esprit qui descendit sur les apôtres sous forme de « langues de feu ». Le cercle bordé de rouge, c’est celui du Paraclet. La lance à lame rouge rappelle celle qui frappa le flanc du christ déjà mort sur la croix. Il en coula du sang et de l’eau  - rouge et blanc – encore le symbole cathare.

Les croix au simple trait gravées dans les roches, de-ci, de-là, commémorent des « parfaits » ou de simples « faidits » morts pour le dogme.

Et maintenant, ce sensationnel document est-il authentique ?

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A l’entrée de la grotte en 2009 (photo Djedge)

Effectivement, au premier aspect et même après un examen attentif, il s’impose : le ton des vieilles choses vous impressionne – il y a fort longtemps, dirait-on, que ce travail a du être exécuté.

Mais on imite si bien le vieux et je pense à Glozel. M. Mandement me fournit un argument d’authenticité difficile à réfuter.

Le tiers environ du carré et de l’ensemble du dessin est recouvert de concrétions calcaires, des coulées issues du sommet de la roche qui le cachent pour parties. Ces concrétions représentent le travail des siècles, et, sous elles, doit persister le dessin. Il y a là une œuvre longue et patiente de la nature qui n’appartiendrait pas à la main de l’homme d’imiter et de reproduire.

L’artiste cathare qui a composé cette configuration devait être le guetteur placé à ce poste favorable aux avancées du château de Montréal : il occupait ses heures de veille.

Quel poste exceptionnel, en effet ! En bas, à 600 mètres sous nous, les toits de Vicdessos apparaissent minuscules comme un jouet d’enfant ; nul mouvement ne peut se dessiner dans les chemins ou les prés d’alentour sans qu’un œil exercé ne le distingue. A plus forte raison, pas un groupe, pas un homme ne pourraient approcher de la base du pic sans être aperçus.

En face se dresse, verticale, une sorte de dent de granit surmontée d’un menhir. La mystique est partout dans ces parages et de tous les temps, quelle merveilleuse retraite pour méditer.

Nous en aurons le loisir. Un violent orage se préparait depuis quelque temps ; il éclate soudain. Grondements de tonnerre formidables répercutés par tous les échos de la montagne, éclairs éblouissants accompagnés d’une averse pénétrante, nous assaillent dans le repaire cathare. Le ciel veut-il nous punir ou bien se réjouir de ce que nous avons approché le mystère ?

                                                                                                                Alex Coutet 

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La peinture en 1975 (photo R. R.)

Voilà comment la presse écrit l’histoire ; il lui faut du sensationnel à tous prix…

La fresque en question ne peut en aucun cas être d’origine cathare, en effet :

1) Il a été démontré qu’il s’agit d’une peinture relativement récente, malgré ce que prétend le journaliste. La fresque s’est considérablement dégradée depuis sa découverte par Joseph Mandement, donc elle ne peut avoir été peinte au XIIIème siècle. Ce que j’ai photographié en 1975 n’apparaît déjà plus.

2) Ce que cette fresque représente provient de l’imagerie la plus primaire de la christolâtrie. . Or on sait que les Cathares haïssaient les croix, jamais l’un d’eux n’aurait pu s’inspirer d’un tel symbolisme qu’il rejetait.

Nous sommes en présence d’une figuration inspirée par les croix dites de la passion, nombreuses dans ce secteur en raison de la présence de forges à la catalane

Au XVIIIème siècle, lors de l’expansion de ces forges à la catalane, on planta des croix en fer forgé dans tous les villages.

On y retrouve figurés la couronne d’épines (le cercle), la lance, le glaive et ce que le journaliste a omis volontairement dans sa description, le porte éponge, mais aussi parfois des clous, des tenailles, un marteau, parfois même le soleil et la lune. En gros tout un bric à brac dont une partie figure sur cette gravure.

Les cinq prétendues flammes sont en réalité les cinq gouttes de sang du folklore. Inutile de préciser que jamais le rouge et le blanc n’ont appartenu à une quelconque symbolique chez les cathares et que les « missels et les bibles » cathares de 40 cm de côté n’ont existé que dans l’imagination de M. Mandement, éminent préhistorien certes, mais aussi Président du Syndicat d’Initiatives du Pays de Tarascon sur Ariège.

En 1932, parmi les chercheurs honnêtes, des poètes ou des mystiques qui vinrent se ressourcer dans l’atmosphère magique du Sabarthès, se glissèrent des faussaires, des fumistes, des charlatans et même des menteurs. Or si les Cathares haïssaient le symbole de la croix, ils détestaient et rejetaient tout autant le mensonge. Certains charlatans contemporains devraient s’en souvenir.

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La grotte en 2009 (photo Djedge)

 

 


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2 commentaires

  1. souvenirs19 dit :

    Le site historique est émouvant…
    Trésor ou pas …
    D’ailleurs le véritable joyau n’est-il pas l’Amour que chacun devrait garder en son coeur ?
    Bonne continuation
    Cordialement

    Dernière publication sur Je me SOUVIENS... : FRERES ennemis etc...

  2. CLAUDE DUBOIS dit :

    La pureté Cathare dérange tellement le Vatican et sa clique,, les gens délaissent l’église de Rome ,car les femmes les enfants déjà, pour pas dire toujours, étaient violés par les curés et les moines , combien de pédophiles en soutane??? CELA dure depuis longtemps.

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