Archive pour août, 2011

2012 à Montségur

En route pour de nouvelles aventures!

 

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2012 à Montségur

 

Photo montage: Desireless Clo

Publiée par Thierry Cayla

Le Livre des Damnés

Mars ou la Lune

Par Raymonde Reznikov

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Hier soir, 27 août 2011, le thème des plaisanteries entre amis sur Facebook tournait autour du célèbre canular récurrent concernant la planète Mars aussi grosse que la Lune. A milieu de liens dirigeant vers des sites scientifiques très sérieux, une amie, Micheline, glissa un article sur Charles Fort (1874-1932), le célèbre collectionneur de faits insolites, répertoriés dans ses ouvrages, dont Le Livre des Damnés.

Pluto Chien, en bon chien de chasse, a vite retrouvé l’ouvrage en question.

Voici, pour consoler de leurs espoirs déçus, les quelques irréductibles poètes, qui ont épié le ciel, un extrait du Livre des Damnés, concernant l’éruption du Krakatoa, dont le 28 août est justement le triste anniversaire.

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Krakatoa

En automne 1883, il y eut des couchers de soleil de teintes si vives, que nul auparavant n’en avait observé de semblables. Il y eut aussi des lunes bleues.

La seule mention de lunes bleues suffira sans doute à faire sourire les incrédules. Pourtant en 1883, les lunes bleues étaient aussi banales que les soleils verts.

Il fallait que la science s’explique. Les organisations les plus sérieuses reçurent un déluge de courrier. Je suppose qu’en Alaska et dans les Mers du Sud, tous les sorciers furent soumis à pareille épreuve. Il fallait trouver quelque chose.

Le 28 août 1883, le volcan Krakatoa, dans le détroit de la Sonde, avait explosé. Terrifiant. Le bruit, dit-on, se propagea à 3000 kilomètres de distance. Il y eut 36.380 morts. Ce détail me paraît assez peu scientifique : il est curieux qu’on ne mentionne pas 3218 kilomètres et 36.387 décès. Le volume de fumée déplacé du être visible aux planètes avoisinantes. Tourmentée par nos frétillements, nos allées et venues, la Terre dut se plaindre à la planète Mars : elle nous lança un vaste et noir juron.

Tous les rapports de l’époque notaient sans la moindre exception que les phénomènes atmosphériques de 1883 furent enregistrés pour la première fois vers la fin août ou le 1er septembre. Ceci complique les choses. On prétendait, en 1883, que ces phénomènes étaient causés par des particules de poussière volcanique que le Krakatoa avait rejetées.

Pourtant, les phénomènes se poursuivirent durant sept ans, après une pause de plusieurs années. Pendant tout ce temps-là, qu’était-il advenu de la poussière volcanique ?

Une telle question aurait du, pensez-vous, troubler les spécialistes.

Vous n’avez pas étudié les effets de l’hypnose. Vous n’avez pas tenté de démontrer à un hypnotisé qu’un hippopotame n’est pas une table. Donnez-lui mille raisons de le penser, vous finirez par convenir qu’une table non plus n’est pas une table, mais qu’elle en a seulement l’aspect. On ne peut opposer à une absurdité qu’une autre absurdité. Mais la science possède l’avantage d’être incongruité établie. Le Krakatoa : voilà l’explication que donnèrent les savants. Je ne connais pas celle des sorciers. (…)

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L’explication officielle est décrite dans le Rapport du Comité de la Société Royale sur le Krakatoa qui s’étend sur 492 pages avec 40 illustrations dont certaines magnifiquement rehaussées de couleurs. Il a été publié après cinq ans d’enquête efficiente, artistique et autoritaire. Les chiffres sont impressionnants : distribution de la poussière krakatoenne, vitesse du transport, proportion de la subsistance, altitude et persistance, etc.

Le malheur veut que, selon l’Annual Register 1883-105, les effets atmosphériques attribués au Krakatoa aient été aperçus à la Trinité avant la date de l’éruption, que selon le Knoledge, 5-418, on les ait observés à Natal, en Afrique, six mois auparavant.

Inhospitalité de l’inertie. On ne devrait jamais donner de la viande crue aux bébés.

 Charles Fort

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Le Livre des Damnés

Traduit de l’anglais par Robert Benayoun

Eric Losfeld éditeur, Paris 1967

 

 

Castellaire

En direct du cosmos

Par Pluto Chien

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Mon ami Djedge est un chevalier faydit. Une nuit qu’il montait la garde au château de Montségur, il a rencontré des touristes extraterrestres qui lui ont proposé d’aller vivre chez eux. Depuis, il partage sa vie entre les deux mondes. Il m’a emmené en excursion…

Pour en savoir plus :

 http://djedge.skyrock.com/1.html

 

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Un OVNI dans l’Ariège

Météorites

Par Pluto Chien

Les météorites sont à la Une de l’actualité dans l’Ariège.

Dans la nuit du 2 août, l’une d’elles a créé une perturbation  entre Toulouse et Perpignan.

« Ainsi nous avons la clé de l’énigme sur le corps céleste qui a traversé le ciel de l’Ariège mardi matin à 3 h 30. C’était bien une météorite et non un OVNI. « 

(La Dépêche du 6 août 2011)

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La météorite du 19 juillet dans le ciel de Bretagne (fancesoir.fr)

Futura-Sciences a consacré un article au céleste visiteur:

Nous vous l’annoncions hier, une (probable) météorite s’est consumée de façon spectaculaire dans l’atmosphère sud de Toulouse le mardi 2 août vers 3 heures 30 du matin, sous le regard médusé de quelques vacanciers noctambules. Ce spectacle fait suite à celui qu’ont connu les Bretons quinze jours plus tôt. Une fréquence qui n’a rien d’anormal mais qui s’explique par la saison propice aux promenades nocturne sous le ciel étoilé.

Forums d’astronomie et journaux commencent à rapporter des témoignages intéressants. La Dépêche cite l’observation d’un agent de sécurité de l’aéroport militaire de Blagnac qui évoque le passage silencieux d’un « gros objet vert » suivi une trentaine de secondes plus tard d’une détonation. Autre témoignage précieux, celui d’un campeur hollandais actuellement à Aigues-Vives et habitué à contempler le ciel nocturne : il parle d’une boule très lumineuse et très rapide qui s’est brisée en quatre ou cinq morceaux et donne sa trajectoire avec précision.

En compilant les différents témoignages disponibles pour le moment, nous avons dressé une première carte (ci-dessous) qui indique la position des observateurs et la direction de l’observation que certains ont pu fournir.

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Première carte des observateurs du bolide qui a traversé le ciel du Sud-Ouest de la France la nuit du 1er au 2 août. © J.-B. Feldmann

 

En l’honneur de cette insolite voyageuse voici une nouvelle inédite de Maurice Magre, publiée pour la première fois dans le catalogue de l’exposition de livres rares et de manuscrits, à la librairie Au Coin des Temps à Montségur, en avril 1986.

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Sur le sentier qui monte à Montségur: Maurice Magre

Le double des aérolithes

Beaucoup de secrets sont transmis par hasard et ceux qui les transmettent sont des personnages ignorants qui souvent ont vu des choses merveilleuses sans savoir qu’elles étaient merveilleuses.

Il y avait il y a quelques années un homme qui venait offrir à domicile des curiosités d’Orient, de la soie, des objets en ivoire, qu’il vendait à vil prix, du moins il le disait, parce qu’il les avait achetés et rapportés lui-même, en les passant en contrebande. Je le questionnai plusieurs fois sur les beautés de la nature qu’il avait été à même de voir, notamment des forêts sauvages de l’Indo-Chine. Pressé de questions, il finissait par répondre.

En somme, c’est comme ici.

Et si ensuite je lui demandais des renseignements sur les Célèbes et sur Bornéo qu’il avait habité, il disait encore, avec un geste qui embrassait le paysage parisien

C’est comme ici.

Un jour qu’il était venu me voir et qu’il avait ouvert devant moi son sac de voyage, je lui demandai d’où provenait une pierre noirâtre et informe qui se trouvait entre différents bibelots.

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Météorite (Ciel et Espace)

 

 Cette pierre a une grande valeur, me dit-il, et vous le comprendrez quand vous saurez son origine. Elle est céleste. Elle est tombée du ciel. Je vais vous dire comment elle est venue en ma possession.

J’étais dans le Siam à Bangkok. Les affaires étaient mauvaises d’une façon persistante. J’avais, je ne sais comment, fait la connaissance d’un homme du pays qui se disait prêtre, bien qu’il n’eût aucun rapport avec les curés de chez nous. Là-bas on a l’habitude de mettre à l’entrée des pagodes, pour les garder, des géants de pierre avec un bâton, en pierre aussi, qui doit servir à éloigner les voleurs. Il paraît que, grâce à ces gardiens, on ne vole jamais rien.

Mon nouvel ami me montra devant une pagode, deux géants un peu plus petits que les autres et il me dit qu’ils avaient été taillés tous les deux dans ce genre de pierre qui tombe quelquefois du ciel et qu’on appelle aérolithe. Il ajouta que cette chute donne à la pierre un caractère sacré et la rendait précieuse.

L’état de ma bourse était si misérable que je vis là la possibilité d’une affaire de petite envergure mais suffisante pour m’aider momentanément.

Profitant du sommeil qui frappe tout l’Orient pendant l’après-midi, j’allai m’asseoir, muni d’un outil, auprès d’un des géants, celui qui était à droite de la porte, et je détachai un fragment de son pied. Un fragment ordinaire que je ne pouvais malheureusement faire authentifier par aucune pièce d’identité. Le soir, j’errais au hasard et, sans y penser, j’atteignis les faubourgs de Bangkok. De la vase, des terrains vagues, le même genre qu’ici.

N’ayant rien à faire, je m’assis sur le sol. Et au bout de quelques minutes j’eus une étrange impression. Je n’étais plus seul. A droite et à gauche de moi se tenaient les deux géants.

L’expression de leur visage qui est déjà terrible l’était encore davantage. Ils allaient et venaient de façon menaçante et je remarquai qu’il y en avait un qui boitait. Cela me causa d’abord une certaine émotion. Mais je me suis toujours refusé à croire au surnaturel et ce n’est pas parce que je voyais une chose de mes yeux que j’allais changer d’opinion. Puis je remarquai que les géants étaient légèrement transparents et en quelque sorte fluides. Ce qui ôtait toute importance à la menace de leur bâton de pierre.

A la fin, je me levai et je rentrais dans Bangkok.

Je rencontrai l’homme de ma connaissance qui se disait prêtre et qui, en somme, devait l’être. Je lui demandai :

Qu’est-ce que vous voyez derrière moi ?

Il me répondit sans hésiter :

Je vois deux géants faits de la pierre tombée du ciel. Je les rencontre presque tous les soirs. Ils vont et viennent. Mais s’ils vous suivent c’est qu’ils ont une raison.

Alors je lui demandai si tout le monde les voyait. Il me dit que non et que même il n’y avait pas beaucoup de gens qui en étaient capables. Je possédais une qualité que je devais cultiver. Je le questionnai pour savoir quels avantages cela me procurerait.

Aucun me dit-il

Et je lui demandai encore, mais en souriant, si j’avais quelque chose à craindre des géants.

Absolument rien.

Ce n’était, d’après ce prêtre, que des apparences, des formes inconscientes. Les pierres dont ils étaient sculptés venaient d’un autre monde et possédaient des doubles sans analogie avec tout ce qu’il y a sur la terre dans cet ordre d’idées. Toutes les pierres tombées du ciel avaient des doubles.

Dans le cas actuel, ajouta cet homme, je ne serais pas étonné que ces géants ne subissent l’attirance d’une petite partie d’eux-mêmes qui leur a été dérobée.

Il m’était arrivé, dans des circonstances très difficiles, de ne pas rendre ce qui ne m’appartenait pas, à des hommes bien vivants et qui étaient de ma race. Je n’allais pas restituer un morceau de pierre à cause de géants transparents et inoffensifs et d’un soi-disant prêtre Siamois. J’ai gardé cette pierre tombée du ciel et, du reste, personne n’a jamais voulu me l’acheter.

 Je fus tenté de dire à mon interlocuteur que son prêtre Siamois n’était pas le seul à attribuer aux pierres tombées du ciel une puissance de se dédoubler que n’avaient pas les pierres terrestres. Je ne sais plus quel auteur avait mentionné dans un temple de Sicile l’existence d’un aérolithe qui portait des caractères inconnus dont le sens passait pour divin mais demeurait indéchiffrable. D’après ce récit, ceux qui avaient vu cette pierre étaient accompagnés par son image en quittant le temple. Ils continuaient à voir le double de la pierre.

 Ce qui est fâcheux, me dit encore le marchand de curiosités orientales en fermant sa valise, c’est que rien ne distingue cette pierre des autres pierres. Pourtant elle est tombée du ciel. Il faut croire que ce qui est là-haut est comme ce qui est ici.

                                                                                            Maurice Magre

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A Bangkok (photo holidaysqueeze.com)

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Mystère cathare (2)

En marge de l’histoire locale

Article publié par Joseph Mandement dans le quotidien La Dépêche du 21 novembre 1932

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Le « pog » de Montréal

Les peintures cathares du Vicdessos

Dans « La Dépêche » du 2 juillet dernier, Alex Coutet écrivait :

(Voir article précédent, depuis « Nous avons entrepris… » jusqu’à « …qu’il n’appartient pas à la main de l’homme de reproduire. »)

Je dois à la vérité de dire que cet article m’a valu de nombreuses lettres, tant sont nombreux, à cette heure, les chercheurs de documents ayant trait à l’histoire de la croisade des Albigeois et à l’agonie de notre patrie romane.

L’une d’elles, émanant d’un magistrat de l’Aude, m’a signalé qu’il y a dans un manuscrit du treizième siècle de la Bibliothèque nationale, une figure analogue à celle que nous avons trouvée et dans laquelle les croix de Saint-André et les croix grecques (signes très répandus dans l’ornementation des églises depuis le cinquième siècle et qui représentent la croix et la première lettre du chrisme) sont remplacées par huit grands cercles et dix petits cercles rangés dans le même ordre.

Il est facile de se rendre compte, par l’application de la symbolique des nombres, que le sens de ces deux décorations est identique. En effet, la croix grecque et la croix de Saint-André superposées nous donnent l’étoile à huit pointes, à huit rayons, l’étoile du matin et du soir, celle qui est représentée dans les catacombes et qui guidait la marche des rois Mages ; huit étant le symbole des béatitudes, des vertus triomphatrices, indique la marche vers la perfection.

 Dix est le nombre parfait. Il est inscrit au-dessus de nos têtes, dans les dix sphères concentriques du ciel ; il traduit la connaissance de Dieu et la création.

Les six flammes et les six croix latines, peintes sur la roche de la petite caverne de Montréal, témoignent du même désir d’arriver à la perfection. Mais il y a encore une autre explication à donner à la représentation de ces symboles. On la trouve dans le registre de Geoffroy d’Albis, (sic) inquisiteur, et dans la « Practica » de Bernard Gui, inquisiteur également.

Nous savons qu’après le siège et la prise de Montségur, les tribunaux de l’Inquisition, siégeant à Toulouse, à Carcassonne et à Béziers, traquèrent les hérétiques et leur imposèrent le port de divers insignes permettant de les reconnaître et de les surveiller en tous lieux. Or, ces insignes se composaient de croix, de cercles, de flammes, de lances et de marteaux. Or nous avons trouvé aussi dans cette caverne, une peinture représentant un marteau que nous n’avions pu distinguer sous la stalagmite, lors de notre premier examen. Voici d’ailleurs, quelques textes qui peuvent éclairer la question :

« Nous vous imposons de porter, sans cesse, sur tous vos vêtements – excepté la chemise – deux croix de feutre de couleur jaune, l’une devant la poitrine, l’autre derrière entre les épaules, et d’avoir soin qu’elles soient très apparentes, soit que vous demeuriez dans l’intérieur de votre maison, soit que vous en sortiez. Ces croix doivent avoir les dimensions suivantes : deux palmes et demi pour un bras, deux palmes pour l’autre qui est le bras transversal, avec trois doigts de large pour chacun. Vous les séparerez ou vous les remplacerez sans retard si elles viennent à se déchirer ou à disparaître par usure »

(Concile de Béziers, 1246)

Le concile de Toulouse décrétait que le port de ces « croix d’infamie et de déshonneur » devait se faire à gauche et à droite de la poitrine. Elles devaient être de couleur différente de celle du vêtement. Un autre imposait le port sur le chapeau.

« Ceux qui seront retombés dans l’hérésie ou qui auront poussé les autres mettront, au-dessus des deux croix qu’ils portent déjà l’une par devant et l’autre par derrière, un bras transversal de la longueur d’une palme et de la même étoffe. » ‘Concile de Béziers).

C’est cette croix à deux barres inégales qui a été considérée et indiquée à tort comme la croix cathare. Elle n’est qu’un des signes de reconnaissance et d’infamie imposés aux hérétiques persévérants.

Autres punitions destinées aux faux témoins, à ceux qui font des maléfices en se servant de l’hostie, et aux condamnés à la prison perpétuelle et délivrés momentanément :

« Exposition publique le dimanche, mains liées, tête nue, en simple tunique, sans ceinture, attachés au sommet d’une échelle depuis le matin jusqu’à la fin de l’après-midi. Les vêtements doivent porter quatre langues rouges, deux par devant, deux par derrière. Le condamné doit conserver cette marque même dans sa prison. Le condamné aura deux morceaux d’étoffe jaune en forme d’hostie fixés aux vêtements de dessus, l’un sur la poitrine, l’autre entre les épaules. Il portera l’image d’un marteau découpé dans une étoffe rouge, devant et derrière, etc.. »

Ces signes furent imposés dans notre région jusqu’en 1320, époque où prit fin avec l’arrestation de Pierre Authier (d’Ax) considéré par les inquisiteurs comme « le fléau du Midi », le dernier mouvement cathare. Il est permis d’admettre que la caverne de Montréal a pu servir d’asile à des hérétiques pourchassés.

Donc, par ces peintures, ils ont voulu nous laisser le souvenir de leur passage en ce lieu et nous léguer les images de tous les signes d’ignominie qu’ils avaient été condamnés à porter. Le tan (sic) ensanglanté tracé à la veille de la sortie d’Egypte sur les demeures des Israélites que devait épargner l’Ange exterminateur (d’après Ezéchiel), était devenu au treizième siècle le signe qui désignait les Israélites et les Cathares à la torture, à l’in-pace ou au bûcher purificateur.

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Reconstitution artistique de la fameuse fresque

Note :

Là s’arrêtent les délires du magistrat de l’Aude

Conclusion de Joseph Mandement :

Il est bon de jeter parfois un regard scrutateur sur ces tristes souvenirs d’un âge de tourmente et de flammes, ne serait-ce que pour y apprendre à la lueur des autodafés combien il est injuste, ridicule et inhumain d’accabler son prochain parce qu’il n’est pas de votre opinion, en religion ou en politique. Comme l’a dit Voltaire : « l’intolérance est absurde et barbare ; c’est le droit des tigres, et c’est bien plus horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger et nous, nous sommes exterminés « pour des paragraphes »… ». Et c’est pourquoi, traduites de l’hébreu au grec, du grec au latin et au roman, des paroles de miséricorde et de pardon sont devenues au treizième siècle, des cris de haine et d’intolérance.

                                                                                          Joseph Mandement

 

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Commentaires

Par Raymonde Reznikov

1) Fumistes et charlatans.

Ce qui caractérise une majorité de charlatans identifiés comme tels, est souvent une position sociale élevée, leur conférant une autorité suffisante pour réduire au silence d’éventuels contestataires.

Vers 1900, le magistrat de l’Aude, dont je tairai le nom (qu’il soit oublié !), fut le disciple de Jules Doinel, un individu tourmenté,  » Patriarche » d’une Eglise Gnostique créée par ses soins, à la suite d’une séance de spiritisme au cours de laquelle des Parfaits cathares lui auraient conféré l’investiture. Sous l’influence de cet allumé, le jeune futur magistrat, alors étudiant, alla jusqu’à publier une éphémère revue, Le réveil des Albigeois, organe officiel de l’Eglise gnostique de France, à laquelle collabora évidemment le Patriarche. Ce dernier avait fondé sa secte en 1888 alors qu’il était Archiviste départemental du Loiret. Contraint d’abandonner son poste en raison d’un scandale, il fut nommé à Carcassonne en 1896, aux Archives de l’Aude, où le futur magistrat le rencontra.

Très ouvert à tous les courants de pensée ésotérique, l’étudiant s’affilia à l’Ordre Martiniste du mage Papus, il entra dans la Franc-Maçonnerie à la loge du Grand-Orient de Carcassonne, et plus tard il entretint des contacts avec la Fraternité Blanche Universelle du Bulgare Peter Deunov, en qui il voyait un héritier des Bogomiles. En, 1922, il rencontra enfin le maître de ses rêveries en la personne de Rudolf Steiner, fondateur de la Société Anthroposophique, dont il s’enticha au point de refondre le Catharisme dans le moule de l’anthroposophie….

Au début des années trente, l’apprenti gnostique, disciple de Jules Doinel, est devenu un magistrat respecté, mais dans le privé, il se consacre toujours à ses manies, et travaille à propager les idées de son nouveau gourou, Rudolf Steiner.

Tous les témoins sont formels, l’individu a bien connu l’allemand Otto Rahn, mais il ne l’a pratiquement jamais évoqué dans ses publications. Plus même, il semble avoir pris en grippe le jeune chercheur allemand, qui en venant chasser sur ses plates-bandes, allait offrir de surcroît un superbe piédestal à son rival Antonin Gadal.

Pour d’autres raisons, Joseph Mandement détestait aussi Otto Rahn. Il voyait en lui « un sale espion », peut-être à juste titre en raison de la présence du complexe sidérurgique de Sabart et de la proximité de la frontière avec l’Espagne.

Au mois de décembre 1932, décidé à publier lui-même un ouvrage, il confiait à Paul Bernadac :

« Il est trop tard maintenant pour couper l’herbe sous le pied de ce blanc-bec allemand, qui va publier son ramassis de légendes et d’inventions. Je n’ai aucune confiance en lui : quand il n’a pas de preuves, il en invente… »

(Cité par Christian Bernadac, Le mystère Otto Rahn, éditions France-empire, 1978)

Joseph Mandement et le « magistrat » se sont-ils associés pour lancer un contre-feu aux thèses d’Otto Rahn ?

Au début, les deux complices s’entendirent pour attribuer la petite fresque de Montréal aux Cathares, mais un an plus tard, suite à la publication en Allemagne du livre d’Otto Rahn, La croisade contre le Graal, le magistrat de l’Aude en attribua la composition aux Templiers, contredisant ainsi ses démonstrations précédentes…

Or Joseph Mandement, comme de nombreux érudits ariégeois, savait pertinemment qu’il n’y avait jamais eu de Templiers dans le secteur, et que la Commanderie de Capoulet-Junac, propriétaire de biens et de droits seigneuriaux à Montréal-de-Sos, avait appartenu, dès le XIIèmesiècle, à l’Ordre de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem. En 1177, le seigneur W. d’Alsen avait donné à l’Hôpital, à son frère Pierre, Prieur de Saint-Jean de Toulouse, ses droits sur la terre de Saos….(Notons à ce propos que la croix à 8 pointes des Hospitaliers symbolise les « huit béatitudes »)

 Qu’importe, le faussaire n’hésita pas et transforma les Hospitaliers en Templiers. La fin justifie les moyens.

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Croix de Sem, village proche de Montréal

On peut encore y voir la lance, le glaive, le marteau

2) Les croix de la passion.

Il est évident que la petite fresque reproduit la symbolique des croix en fer forgé nombreuses dans le secteur de Montréal. La présence du marteau en donne la confirmation

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Date de la croix de Sem au symbolisme identique à la peinture de Montréal:

1773

Voir aussi :

 http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/05/richard-wagner-a-montsegur/

 http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/03/de-montsalvat-a-montsegur/

 http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/05/04/templiers-a-montsalvat/

 

Mystère Cathare ?

Le mystère cathare

Article du 9 juillet 1932 paru dans La Dépêche

Avertissement

Par Raymonde Reznikov

Cet article a servi à alimenter de manière substantielle le « sottisier cathare ». Certains charlatans, alors à l’œuvre dans le secteur, ont vu dans la fresque une représentation du mythe du Graal ; l’un d’eux a même réussi à suggérer que le château de Montréal aurait appartenu aux Templiers…

Explications à la fin de l’article

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En recherchant le trésor

Par Alex Coutet

Tarascon, 8 juillet

 On cherche toujours le « Trésor des Cathares ».

A Montségur, c’est l’ingénieur Arnaud qui sonde les flancs du pic, au sommet duquel s’érigent les ruines de l’acropole sainte.

Dans les grottes du Sabarthez, autour d’Ussat, c’est le spéléologue allemand Otto Rahn qui avance sur les traces des hérétiques, traqués, réfugiés, dans les souterrains rocheux de la « spoulga de Bouan ».

Après la chute de Montségur, les Cathares, on le sait, se reformèrent dans la haute Ariège, à l’abri des vieux châteaux, comme au plus profond des cavernes.

On retrouve leurs vestiges et ceux de leurs persécuteurs bien après Montségur jusqu’au commencement du quatorzième siècle. Le Sabarthez ne leur suffit point, les réfugiés cathares se disséminent au loin, s’installent dans tous les châteaux haut perchés des avances des Pyrénées ariégeoises.

Tarascon, Lordat, Montgrenier, Calamès, Miglos, Saleix, Rabat,  furent autant de bastides cathares dont il ne reste plus que des pans de murs. Partout, la grotte qui s’ouvre dans le rocher abrupt sous les remparts est l’auxiliaire du château, orifice des souterrains ou simplement poste de guet.

Curieuse persistance de sa fonction, c’est la même grotte qui a servi de refuge à l’homme depuis des siècles, depuis des millénaires, pourrait-on dire, sans se préoccuper de l’histoire cathare, les fervents de la préhistoire y sont venus chercher des empreintes de l’homme primitif. C’est ainsi que j’ai rencontré dans ses parages, un des apôtres de la paléontologie. Monsieur Joseph Mandement, qui fut un des précieux auxiliaires du grand Emile Carthaillar, c’est lui qui, le premier, à ses côtés, a pu tourner des films de cinéma à l’intérieur des cavernes.

Grâce à M. Mandement, on a pu voir sur l’écran les replis les plus profonds, les plus reculés des excavations accessibles aux seuls intrépides, qui ont le cœur bien accroché. C’est précisément, au fond de ces retraites que l’homme primitif s’est plu à graver dans l’argile les images les plus curieuses, les plus significatives.

Or, en cherchant des graffiti d’incantations aux bisons, M. Mandement s’est heurté aux reliques cathares. Je l’ai rencontré dans cette pittoresque vallée de Vicdessos, où il a fait la plus typique des découvertes, celle d’une peinture mystique du treizième siècle, tracée dans la roche d’une caverne.

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La grotte (photo R. R. Cathares et Templiers)

Nous avons entrepris l’ascension à hauteur de Goulier et Olbié, de l’éperon ardu, qui à 900 mètres d’altitude, porte les ruines imposantes du château de Montréal.

Montréal-de-Sos, ainsi dénommé au moyen-âge pour le distinguer de Montréal-du-Carcassès, fut un bourg de dimensions autrement vaste que Montségur. Ses seigneurs, des vassaux des comtes de Foix, y résidaient alors que l’inquisition était close depuis longtemps ; les murs étaient encore redoutables quand Richelieu les fit abattre comme tels.

Montréal fut hospitalier aux Cathares jusqu’à la fin du treizième siècle.

Ils n’en prirent pas moins, de tout temps, leurs précautions pour ne pas s’y laisser surprendre.

Au haut du pic, sur lequel fut si hardiment bâti le château, s’ouvrent deux grottes. L’une, de belles dimensions, son orifice ne mesure pas moins de 7 mètres, sert, aujourd’hui, d’abri aux troupeaux de béliers surpris par le mauvais temps.

L’autre, d’ouverture plus réduite, mais d’accès difficile et dangereux, sur cette paroi presque verticale, au-dessus de l’abîme, n’est guère approchée par l’excursionniste. Fort heureusement, car c’est là que M. Mandement, assisté dans ses explorations par deux instituteurs du pays : MM. Clastres et Rouzaud, a fait la précieuse découverte qui dépasse en intérêt pour le moment ce qu’on a pu trouver ailleurs.

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Le dessin

Il s’agit d’une composition cathare peinte sur la paroi lisse de la roche à l’intérieur de la petite caverne. C’est un travail en deux couleurs, rouge et blanche, qui ont pris aujourd’hui les tons brun rouge et gris céruse.

Le mystique artiste a tracé, d’abord, un carré au trait rouge, de 40 centimètres de côté environ, la dimension , nous fait observer M. Mandement, des « missels » ou des bibles cathares. Deux autres carrés, plus petits, sont inscrits à l’intérieur, l’un dans l’autre.

Des croix au double tracé, alternativement croix grecques et croix de Saint-André, forment comme un encadrement au plus petit carré inscrit, dans lequel sont figurées d’autres croix alternant avec des flammes rouges.

En dehors du carré et au-dessus, s’échappe une lance : à côté de la lance est tracé un cercle au pourtour rouge à l’intérieur gris blanc.

Six croix au simple trait sont dispersées en dehors du carré.

M. Mandement nous fournit le glossaire suivant qui s’inspire du dogme cathare :

Le rouge, c’est l’esprit, plus particulièrement symbolisé par les flammes, le Saint-Esprit qui descendit sur les apôtres sous forme de « langues de feu ». Le cercle bordé de rouge, c’est celui du Paraclet. La lance à lame rouge rappelle celle qui frappa le flanc du christ déjà mort sur la croix. Il en coula du sang et de l’eau  - rouge et blanc – encore le symbole cathare.

Les croix au simple trait gravées dans les roches, de-ci, de-là, commémorent des « parfaits » ou de simples « faidits » morts pour le dogme.

Et maintenant, ce sensationnel document est-il authentique ?

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A l’entrée de la grotte en 2009 (photo Djedge)

Effectivement, au premier aspect et même après un examen attentif, il s’impose : le ton des vieilles choses vous impressionne – il y a fort longtemps, dirait-on, que ce travail a du être exécuté.

Mais on imite si bien le vieux et je pense à Glozel. M. Mandement me fournit un argument d’authenticité difficile à réfuter.

Le tiers environ du carré et de l’ensemble du dessin est recouvert de concrétions calcaires, des coulées issues du sommet de la roche qui le cachent pour parties. Ces concrétions représentent le travail des siècles, et, sous elles, doit persister le dessin. Il y a là une œuvre longue et patiente de la nature qui n’appartiendrait pas à la main de l’homme d’imiter et de reproduire.

L’artiste cathare qui a composé cette configuration devait être le guetteur placé à ce poste favorable aux avancées du château de Montréal : il occupait ses heures de veille.

Quel poste exceptionnel, en effet ! En bas, à 600 mètres sous nous, les toits de Vicdessos apparaissent minuscules comme un jouet d’enfant ; nul mouvement ne peut se dessiner dans les chemins ou les prés d’alentour sans qu’un œil exercé ne le distingue. A plus forte raison, pas un groupe, pas un homme ne pourraient approcher de la base du pic sans être aperçus.

En face se dresse, verticale, une sorte de dent de granit surmontée d’un menhir. La mystique est partout dans ces parages et de tous les temps, quelle merveilleuse retraite pour méditer.

Nous en aurons le loisir. Un violent orage se préparait depuis quelque temps ; il éclate soudain. Grondements de tonnerre formidables répercutés par tous les échos de la montagne, éclairs éblouissants accompagnés d’une averse pénétrante, nous assaillent dans le repaire cathare. Le ciel veut-il nous punir ou bien se réjouir de ce que nous avons approché le mystère ?

                                                                                                                Alex Coutet 

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La peinture en 1975 (photo R. R.)

Voilà comment la presse écrit l’histoire ; il lui faut du sensationnel à tous prix…

La fresque en question ne peut en aucun cas être d’origine cathare, en effet :

1) Il a été démontré qu’il s’agit d’une peinture relativement récente, malgré ce que prétend le journaliste. La fresque s’est considérablement dégradée depuis sa découverte par Joseph Mandement, donc elle ne peut avoir été peinte au XIIIème siècle. Ce que j’ai photographié en 1975 n’apparaît déjà plus.

2) Ce que cette fresque représente provient de l’imagerie la plus primaire de la christolâtrie. . Or on sait que les Cathares haïssaient les croix, jamais l’un d’eux n’aurait pu s’inspirer d’un tel symbolisme qu’il rejetait.

Nous sommes en présence d’une figuration inspirée par les croix dites de la passion, nombreuses dans ce secteur en raison de la présence de forges à la catalane

Au XVIIIème siècle, lors de l’expansion de ces forges à la catalane, on planta des croix en fer forgé dans tous les villages.

On y retrouve figurés la couronne d’épines (le cercle), la lance, le glaive et ce que le journaliste a omis volontairement dans sa description, le porte éponge, mais aussi parfois des clous, des tenailles, un marteau, parfois même le soleil et la lune. En gros tout un bric à brac dont une partie figure sur cette gravure.

Les cinq prétendues flammes sont en réalité les cinq gouttes de sang du folklore. Inutile de préciser que jamais le rouge et le blanc n’ont appartenu à une quelconque symbolique chez les cathares et que les « missels et les bibles » cathares de 40 cm de côté n’ont existé que dans l’imagination de M. Mandement, éminent préhistorien certes, mais aussi Président du Syndicat d’Initiatives du Pays de Tarascon sur Ariège.

En 1932, parmi les chercheurs honnêtes, des poètes ou des mystiques qui vinrent se ressourcer dans l’atmosphère magique du Sabarthès, se glissèrent des faussaires, des fumistes, des charlatans et même des menteurs. Or si les Cathares haïssaient le symbole de la croix, ils détestaient et rejetaient tout autant le mensonge. Certains charlatans contemporains devraient s’en souvenir.

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La grotte en 2009 (photo Djedge)

 

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