Fictions à Rennes-le-Château

A propos de L’Or du Diable

Une mise au point de Gérard de Sède

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En 1988, Gérard de Sède publia Rennes-le-Château, le dossier, les impostures, les fantasmes, les hypothèses.

En raison des interprétations rocambolesques, des thèses délirantes, que sa première enquête sur le sujet avait générées, cet écrivain de grand talent, à l’origine de toute l’affaire, avait jugé utile de présenter une sévère mise au point, étayée par de nouveaux éléments.

 En mars 1989, à l’occasion de la diffusion d’un feuilleton télévisé, issu d’un roman inspiré par ces thèses sans aucun fondement, Gérard de Sède envoya à la librairie Au Coin des Temps le courrier suivant:

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Très chers amis

Voici, en plusieurs exemplaires, le petit texte que m’a inspiré la lente ingestion de l’indigeste série télévisée « L’Or du Diable ». Non seulement elle est bien mauvaise, mais encore auteur et réalisateur en prennent vraiment trop à leur aise.

Ceci dit, cela plaira sûrement au public. Eh bien, tant pis !

Si mon bouquin était sorti après le feuilleton télévisé, j’y aurais sûrement ajouté ces deux feuillets.

Faites-en donc l’usage qui vous semblera le meilleur.

Je serai dans vos parages en avril. A tout bientôt, donc.

Très affectueusement comme toujours.

 

Voici donc le texte en question : A propos de l’Or du Diable

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FICTION OU ABUS DE CONFIANCE

Un romancier n’est pas tenu d’être un historien ; celui qui adapte un roman pour le petit écran pas davantage.

Dans la série télévisée « L’or du Diable », que viennent de diffuser la RTB-F puis FR 3, l’imagination coule à flots, et même déborde.

Ce pourrait être tout à la louange de l’auteur et du réalisateur, et nul ne songerait à leur en faire grief s’ils s’étaient installés franchement dans la fiction, où tout est permis.

Mais ce n’est point le cas. L’aventure qui leur sert de canevas a bien eu lieu, les personnages qu’ils mettent en scène ont bien existé, les noms sous lesquels on nous les présente sont bien les leurs, des familles les portent encore.

Dès lors, auteur et réalisateur devaient, ce me semble, quelques égards à leurs héros. C’est une question d’éthique et de respect pour le public. En effet, il est un peu trop commode de jouer sur les deux tableaux et de dire : « Je suis oiseau (historien), voyez mes ailes ; je suis souris (romancier), vivent les rats ! » On ne peut prétendre encaisser à la fois les dividendes d’une histoire vraie et ceux d’une œuvre d’imagination sans qu’il y ait tricherie quelque part.

Dans « L’or du Diable », faits et personnages sont un peu trop rudement malmenés.

Quiconque a pris la peine de s’informer sait que le trésor découvert par l’abbé Saunière le fut dans l’église de Rennes-le-Château et non pas dans on ne sait quelle caverne d’Ali Baba ; que ce trésor n’était nullement fabuleux, mais au contraire relativement modeste ; qu’il fut entièrement distribué à des amis dont les héritiers le possèdent encore ; que, par conséquent, ce n’est pas cette découverte qui peut expliquer en quoi que ce soit le soudain enrichissement d’un homme qui dépensa en moins de vingt ans très exactement l’équivalent de 20.079.455 francs actuels, ainsi qu’en font foi les documents comptables.

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Dans « L’or du Diable », Béranger Saunière, qui mourut en 1917, est manipulé par une toute-puissante société secrète, le Prieuré de Sion. Or ledit Prieuré de Sion, secte groupusculaire, n’a été fondé qu’en 1956 !

Inadvertances ? Non pas, car le romancier et le réalisateur ont beaucoup lu et se sont informés aux meilleures sources. C’est donc en pleine connaissance de cause qu’ils véhiculent des mythes, pour ne pas dire de flagrantes impostures ; quand on s’adresse à des millions de téléspectateurs, cela n’est pas inoffensif. Ils prennent ainsi le risque de concourir – sans le savoir, du moins on l’espère – à de grandes manœuvres de désinformation dont les inspirateurs et les buts ne sont pas difficiles à découvrir. La véritable aventure de l’abbé Saunière est pourtant assez insolite pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter.

Mais il y a pire : c’est la désinvolture avec laquelle on attaque les réputations de personnages qui ne sont plus là pour se défendre. Ainsi, on va jusqu’à prétendre que Saunière offrit le château de Cabrières à Emma Calvé. Cette grande artiste, qui le paya, à grand peine, de ses deniers est présentée comme une femme entretenue, et de surcroît ingrate. L’on n’a apparemment pas songé que le souvenir de la cantatrice est perpétué par une association qui pourrait demander compte de ces calomnies devant un tribunal.

Les personnages secondaires ne sont guère mieux traités. Le Père Hoffet, par exemple, est dépeint comme un habitué des boîtes de nuit, ce qui prête à rire quand on a connu cet homme, austère jusqu’à la raideur, qui ne vivait que pour ses archives.

A condition de s’avouer comme telle, la fiction a, certes, ses droits, sauf celui de patauger en gros sabots dans les cimetières. Mais le public a, lui aussi, les siens, et en premier lieu celui de n’être pas abusé.

                                                                          Gérard de Sède

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Gérard de Sède et quelques amis lors de la présentation de son dernier livre à Rennes-le-Château

 


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2 commentaires

  1. Thierry CAYLA dit :

    Bravo pour cet Article, il faudrait qu’il soit diffusé au Grand Public pour démystifier un peu le Mythe… mais bon toute les vérités ne sont pas bonnes à entendre …Merci Pluto

  2. Christian Attard dit :

    Si Gérard de Sède prétendait avoir cette éthique, on ne peut malheureusement pas en dire autant de ceux qu’il a cautionné par ses livres (Les Plantard et Cherisey) et qui eux firent parler et écrire les morts et, là est tout le paradoxe du personnage.
    Car ces livres sont signés De Sède et ne sont pas intitulés : « Romans » !

    Malheureusement, cette pratique s’est largement répandue aujourd’hui et pour certains, il suffit d’avoir porté soutane dans la région pour être, de près ou de loin, impliqués post mortem dans cette énigme.
    Ainsi, Nicolas Pavillon, Jean Jourde, Joseph Chiron et bientôt Blaise Pascal, pourquoi pas ?
    Comme le dit de Sède : « Mais il y a pire : c?est la désinvolture avec laquelle on attaque les réputations de personnages qui ne sont plus là pour se défendre. »

    Désinvolture et amateurisme de para-historiens sans scrupules.

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