L’esprit Gaulois

Les Gaulois

Par Cûchulainn

Voici l’éditorial publié le samedi 17 mars 1917 par Jean Roche, Directeur politique de La République Française, journal fondé par Léon Gambetta.

Bien que notre pays ne soit pas « en guerre », en ce moment, il faut reconnaître que ce texte est toujours d’actualité, et pas seulement pour les supposés descendants de Gaulois….

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Le défaut de la race

Il m’était doux, récemment, de préciser ici les magnifiques qualités de notre race Gauloise, particulièrement de la branche « gallo-romaine », aux-quelles le monde entier rend aujourd’hui le plus glorieux et le plus légitime hommage ; – l’intérêt du « salut public » exige que nous reconnaissions aussi en toute clairvoyante sincérité les défauts du revers de notre médaille ethnique. Ils nous causèrent, dans notre histoire, trop souvent, bien des mots, et risqueraient d’être plus que jamais nuisibles, si nous ne savions prendre sans plus tarder l’énergique résolution de les vaincre.

Assurément, ils ne sont pas la seule explication de l’incontestable incohérence qui trouble notre situation politique ; elle ne s’explique que trop clairement par les vices de notre organisation des Pouvoirs Publics ; mais nos défauts de race jouent aussi leur rôle. Les circonstances nous empêchent invinciblement de changer, en ce moment, notre désastreux mécanisme constitutionnel, mais il dépend d’un simple effort de notre patriotisme, de notre libre volonté, de triompher sur l’heure de nos faiblesses psychologiques héréditaires personnelles.

Frappons-nous la poitrine, guérissons-nous de nos vices, mais attribuons cependant à nos aïeux la part de responsabilité qui leur revient dans le patrimoine moral que nous tenons d’eux-mêmes au  passif, comme à l’actif.

Rappelons-nous donc ce qu’ils furent aux jours les plus lointains de notre histoire ; par où ils furent, malgré leur incomparable courage, vaincus et asservis par les Romains : vous verrez que rien n’est changé !

Trait pour trait, nous sommes encore, après deux mille ans, ce qu’étaient les Gaulois, dont César décrivit les mœurs, livrant lui-même franchement le secret de ses victoires, qui se trouva bien plus encore dans les défauts de nos intrépides aïeux que dans la puissance de son génie

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Carte des tribus gauloises (lexilogos.com)

Ecoutez-le le « divin Jules », le triomphateur sans rival, dans son langage de conquérant philosophe :

« Dès qu’il eut appris ces événements – (il s’agit de la quatrième campagne, l’an 55 avant notre ère)- César, qui connaissait la légèreté des Gaulois et savait combien ils sont prompts à changer d’avis et avides de nouveautés dans la plupart des circonstances, estima qu’il ne fallait en rien se reposer sur eux. C’est, en effet, une habitude des Gaulois de forcer les voyageurs à s’arrêter partout où ils passent, et de demander à chacun d’eux de raconter tout ce qu’il a pu entendre dire, tout ce qu’il peut savoir sur quelque sujet que ce soit. Dans les villes mêmes, la foule entoure les colporteurs et les oblige de lui dire de quels pays ils viennent et quelles nouvelles quelconques ils y ont apprises.

Souvent, il suffit de l’impression que leur cause  ces récits, ces rumeurs, pour les déterminer à prendre les résolutions les plus importantes, dont ils ne tardent pas à se trouver forcés de se repentir, parce qu’ils se sont dirigés d’après les bruits les plus incertains, et que même, fort souvent, les personnes qu’ils ont interrogées, connaissant leurs goûts, leur ont répondu par des mensonges qui les flattent. Connaissant bien ces habitudes, César, ne voulant point s’exposer, etc.. »

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Dans bien d’autres passages de ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, César revient encore sur cette légèreté des Gaulois, qu’il appelle même une « maladie », – infirmitatem Gallorum, l’infirmité des Gaulois, – et cognitâ Gallorum, infirmitate… C’est sous sa plume, une expression en quelque sorte proverbiale. En vérité, aurait-il aujourd’hui, le moindre changement à apporter dans son jugement ? Sommes-nous moins « légers », moins prompts à nous décider sur les apparences, moins mobiles dans nos impressions et dans nos projets, moins crédules, moins « badauds », moins faciles à tromper, moins aisément dupes des charlatans, des flatteurs, des fabricateurs de nouvelles ? Qui donc oserait le prétendre ?

Hélas ! les siècles ont passé : il ne nous ont rien appris !

Poursuivez la description psychologique des Gaulois par César. Que voyez-vous encore ?

L’esprit de discorde, de querelles locales, l’esprit de division poussé aux dernières limites.

« Dans la Gaule, – dit encore César, – ce n’est point seulement dans toutes les cités, dans tous les bourgs et dans tous les quartiers de ces cités et de ces bourgs, mais aussi presque dans chaque famille, qu’on trouve des factions….. »

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Cette profonde et incurable division fut une des plus cruelles faiblesses de la Gaule dans sa lutte contre l’invasion romaine, et Vercingétorix lui-même le constatait avec la plus saisissante éloquence dans l’appel qu’il adressait aux Gaulois, après la chute d’Avaricum (Bourges), pour les conjurer de s’unir dans la défense de la patrie commune :

« Ce n’est point par leur bravoure – s’écriait l’indomptable héros , - ce n’est pas dans une bataille rangée que les Romains ont remporté la victoire… Que toutes les cités gauloises s’unissent ! Que la Gaule tout entière ne poursuive que l’accomplissement d’un seul dessin, et quand elle sera d’accord, le monde entier ne pourra lui résister !… »

Vains efforts ! L’admirable chef ne put triompher du vice de sa race ; la Gaule entière n’entendit pas sa voix, et il dut succomber, entraînant l’indépendance nationale dans sa chute, devant la fortune de César !

Plus d’un siècle plus tard, Tacite, à son tour, constatait les mêmes défauts dans le caractère gaulois.

« Lorsque les Romains entrèrent dans les Gaules, - dit Cérialis aux Lingons, - ils vinrent à la prière de vos ancêtres, que fatiguaient les dissensions meurtrières…

On vous éblouit, aujourd’hui, des beaux noms de liberté et d’affranchissement, mais ces grands mots furent toujours l’artifice des ambitieux avides de dominer !… Il y eut toujours des factions et des guerres civiles dans les Gaules, jusqu’au jour où vous acceptâtes nos lois !… »

Bien plus, lorsque la lutte s’engagea entre Vitellius et Vespasien ; lorsque cent vingt-cinq ans après la conquête de César, les circonstances devinrent si favorables au soulèvement général des Gaulois pour la reconquête de leur liberté, les « députés » venus de toutes les cités se réunissent à Reims et délibèrent sur le parti à prendre.

Alors, de toutes parts, dans cette assemblée, que doit uniquement préoccuper l’indépendance nationale perdue, s’élèvent des rivalités et des querelles intérieures, jadis si funestes, se réveillent avec fureur les anciennes jalousies mortelles !

Lisez ce terrible compte rendu de la séance des Parlementaires de l’an 70 :

« Qui va conduire la guerre ? Qui donnera les ordres et les auspices ? Qui possédera, après le succès, le siège de l’empire ? Ils n’ont pas encore la victoire, et déjà la discorde les déchire : Tantôt, ce sont leurs alliances, tantôt leurs richesses et leurs forces, tantôt l’antiquité de leur origine, qu’ils font valoir avec vigueur. Enfin, dégoûtés d’avance de l’avenir, ils se résignent à préférer le présent… »

C’en fut fait ! Le couvercle du sépulcre, un instant soulevé, retomba pour jamais, abandonné par la main des Gaulois eux-mêmes, sur la Gaule expirée.

L’heure est vraiment venue de nous délivrer de ces vices de nos aïeux, - ils ne reparurent que trop dans les fatales discordes de la Révolution ; on croirait presque parfois, les entendre gronder sourdement au fond de certaines inexplicables et dangereuses querelles .

Obéissons enfin à l’appel de Vercingétorix : – « Que toute la Gaule soit unie !… et le monde entier ne pourrait la vaincre !… »

Jules Roche

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Et c’est ainsi que la Gaule, liée à Rome, dut subir le « karma » de son vainqueur. Elle fut la victime des erreurs politiques commises par des empereurs démagogues et sombra en même temps que l’Empire moribond….

Rien de nouveau sous le soleil

 

 


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