Le Cygne des étoiles

LA CONSTELLATION DU CYGNE

 Par Raymonde Reznikov

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Notions d’astronomie

En septembre et octobre, si vous levez les yeux au ciel vers 22 heures, vous apercevrez au sommet du firmament, se détachant sur la Voie Lactée, une grande croix formée d’étoiles assez brillantes ; c’est la constellation du Cygne. Elle partage avec celle du Centaure le privilège de renfermer le plus grand nombre d’étoiles visibles, en principe, à l’œil nu, soit 150 dans d’excellentes conditions, ce qui dans notre atmosphère polluée est devenu rarissime.

Une description physique de la constellation du Cygne n’est pas inutile, car cette description va nous révéler d’étranges coïncidences entre les caractéristiques, la nature de certaines étoiles, et les légendes rapportées à leur propos.

Par exemple, une légende prétend que « Cycnos » était un fils du dieu Mars et de la nymphe Piréné. Ce héros fut tué par Hercule avant d’être métamorphosé en cygne, et placé au ciel. S’agit-il vraiment d’une légende, d’une coïncidence, ou d’un enseignement crypté ? En effet, l’axe des pôles de la planète Mars est dirigé vers un point très proche de l’étoile Deneb du Cygne, et Deneb est considérée comme la Polaire de Mars. En raison du phénomène dit de la précession des équinoxes, cette étoile deviendra la nôtre dans sept mille ans.

 L’astronome allemand, Johann Bayer (1572 – 1625) attribua aux plus brillantes étoiles du ciel les lettres de l’alphabet grec, suivies en cas de nécessité par celles de l’alphabet latin. Deneb du Cygne est alpha du Cygne, une super géante de couleur blanc-jaune, située à 1500 années de lumière de notre système. Son éclat absolu est dix mille fois supérieur à celui du soleil. Une année de lumière (al) est la distance parcourue par la lumière en un an, à la vitesse de 299.791 kilomètres par seconde.

 Deneb occupe le milieu du ciel à minuit vrai le 1er août, et passe au zénith des lieux situés à 45° de latitude nord.

 Les anciens astronomes arabes ayant préféré distinguer dans la constellation la poule égyptienne à la place d’un cygne, le nom de Deneb provient de l’expression : al Dhanab al Dajajah, la queue de la poule.

 Bêta du Cygne, Albireo, est une des étoiles doubles les plus faciles à observer, dans une petite lunette. Les deux astres qui la composent sont respectivement orangé et bleu. L’ensemble est distant de 320 al.

 Au milieu de la croix brille gamma du Cygne. Son nom, Sadir, provient de l’expression : al Sald al Dajajah, la poitrine de la poule.

Dans l’aile sud, epsilon du Cygne est une étoile géante distante de 80 al. Giena, son nom, est une déformation du mot al Janah, qui veut dire l’aile.

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North America

Nébuleuses , source de vie

Les nébuleuses diffuses, ou nébuleuses galactiques, sont des nuages de gaz et de poussières de notre galaxie, d’où leur nom. Elles rayonnent et réfléchissent la lumière d’étoiles voisines brillantes et très chaudes, ainsi dans le Cygne N.G.C. 7000 (New General Catalogue), visible près de Deneb avec d’excellentes jumelles. Cette nébuleuse fut baptisée « North America » en raison de sa ressemblance avec l’Amérique du Nord.

Sa voisine, N.G.C. 1 5070, a reçu le vocable d’inspiration très rosicrucienne de Nébuleuse du Pélican ; toutefois elle ne peut être perçue que par la photo.

Entre les étoiles alpha, bêta, gamma et epsilon du Cygne, s’étend une nébuleuse obscure, née dans le Scorpion, cachant les étoiles de la Voie Lactée qu’elle semble diviser en deux bras. Elle fut baptisée « Sac à charbon boréal » par opposition au Sac à charbon austral de la Croix du Sud.

A l’intérieur des nébuleuses galactiques se déroule un processus complexe de chimie pré biotique, où se forment des molécules organiques, matériaux fondamentaux de la vie. Les nébuleuses galactiques peuvent être comparées à des athanors dans lesquels s’élabore l’alchimie de la vie.

Des nuages interstellaires de ce type sont particulièrement nombreux et denses dans la constellation du Taureau, près des Pléiades surtout.

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Le Pélican

La nova du Cygne

Invisible au nord, à la naissance du cou de l’oiseau, l’étoile cataloguée P par l’astronome Bayer en 1603, est celle qui surgit soudain le 18 août 1600. Ce fut Blaeu, un élève de Tycho Brahé, constructeur de globe céleste de son état, qui la remarqua le premier et qui la nota de troisième grandeur. Kepler l’observa de 1600 à 1618, et la décrivit comme « un peu moins brillante que celle de la poitrine et un peu plus que celle du bec ».

 En 1622, Blaeu voulut inscrire sa découverte sur le globe qu’il venait de construire, mais il remarqua qu’elle n’avait plus que la magnitude 5. L’étoile ressuscita en 1655, puis s’affaiblit de nouveau en 1680. De nos jours P du Cygne se comporte toujours aussi bizarrement. On sait maintenant qu’elle n’a pas droit à l’appellation de Nova, c’est une étoile variable, « type V ». Au XVII° siècle, l’astronome Christian Huygens la baptisa : « la revenante du Cygne ». Sa distance a été évaluée à 4700 al.

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Cygnus X-1

 Cygnus X-1

Un panorama astronomique de la constellation du Cygne ne serait pas satisfaisant sans une évocation de la radio-source Cygnus X-1, devenue le premier Trou noir officiellement recensé.

Détecté pour la première fois en 1965 par fusée-sonde, puis en 1971 par le satellite Uhuru, Cygnus X-1 fut localisée en 1972 par les astronomes Louise Webster et Paul Murdin, de l’observatoire de Greenwich. La source intense de rayons X provient du compagnon invisible d’une étoile super-géante très chaude et 25 à 30 fois plus massive que le soleil. Dans les catalogues, son nom est H.D.E. 226868. De magnitude 9, elle est visible au télescope à mi-chemin entre Sadir et Albireo. Son compagnon invisible, trop massif pour être une naine blanche ou une étoile à neutrons, ne peut être qu’un Trou noir. C’est en aspirant la matière de sa partenaire qu’il provoque un échauffement voisin du milliard de degrés, générateur de rayons X.

 Le vampire est désormais surveillé en permanence par une armée de satellites artificiels, et l’avenir nous apportera sûrement beaucoup d’éléments nouveaux sur sa personnalité. Stephen W. Hawking, le génial astrophysicien de Cambridge, le tient particulièrement à l’œil.

Une abondante littérature circule déjà sur son compte, et sur les Trous noirs en général. Sont-ils des vampires, des couloirs cosmiques, ou encore des créateurs d’univers parallèles ? Un film leur a été consacré et l’histoire de Cygnus X-1 figurera un jour dans les légendes relatives à la Constellation du Cygne à la suite de celles que nous allons maintenant aborder.

 

MYTHOLOGIE DU CYGNE

L’Oiseau

Eratosthène au troisième siècle avant notre ère dirigea la fameuse bibliothèque d’Alexandrie qui, à son époque, comptait plus de cinquante mille volumes, soit sept-cent mille rouleaux, renfermant les archives les plus anciennes de l’humanité.

 Que pouvait contenir ce trésor en plus des écrits des contemporains ?

Les huit cents rouleaux attribués à Zoroastre, qu’Hermippe a consultés. Peut-être des copies des vingt-mille livres d’Hermès mentionnés par Manéthon et Clément d’Alexandrie, ces ouvrages avaient disparu d’un temple de Thèbes ; peut-être encore les relevés astronomiques des prêtres d’Egypte que Diogène Laërce dit remonter à 48.863 ans, de toutes façons des documents d’une antiquité fabuleuse, comme en témoignent les étranges cartes du monde utilisées par les marins turcs et vénitiens de la Renaissance.

Eratosthène, à la tête de ce musée fantastique, sut tirer partie du trésor confié à sa garde. Il détermina la mesure du méridien terrestre qu’il évalua à 250.000 stades, soit 40.000 kilomètres, exactitude étonnante qu’il convient de saluer, bien qu’il délivrât son information assortie d’une démonstration douteuse. Un siècle plus tard Hipparque confirma l’évaluation d’Eratosthène sur la dimension de la terre, mais curieusement il lui reprocha de ne pas avoir utilisé la trigonométrie dans l’élaboration de l’abominable carte du monde que le bibliothécaire avait osé dessiner. Or les historiens ont toujours prétendu qu’à l’époque d’Eratosthène, la trigonométrie n’était pas connue puisque ce serait justement Hipparque qui l’aurait découverte… On ne rit pas ! Les ouvrages d’Hipparque ayant été perdus, comme par hasard, on ne peut pas savoir de quelle façon et où, le Rhodien avait « découvert » la trigo, et la précession des équinoxes pour faire bonne mesure ; précession des équinoxes présente dans tous les mythes de l’antiquité, à condition de savoir les lire. Quant à l’horrible carte d’un savant pourtant capable de mesurer la terre, elle nous montre un détail stupéfiant : la mer Caspienne ouverte sur l’océan Arctique, comme nos ancêtres pouvaient la voir… il y a plus de 15.000 ans. A l’heure actuelle, des phoques et d’autres espèces marines des mers froides, innocents témoins de bouleversements géologiques inconnus, nagent toujours dans le paradis des esturgeons .

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Carte du monde d’Erathostène

 Dans son Uranographie chinoise, publiée en 1875, l’orientaliste Gustave Schlegel a fait état de traditions de l’Extrême Orient concernant une mer séparant l’Asie de l’Europe, il écrit :

 « Plusieurs géologues croient que l’Asie a été séparée de l’Europe par une vaste mer pendant la dernière époque géologique. Suivant de Humboldt, la mer d’Aral peut, dans les derniers temps géologiques, avoir formé avec la mer Caspienne, un tout communiquant d’un côté avec le Pont Euxin et de l’autre avec la mer glaciale.

Les Chinois ont des traditions semblables relativement à une mer qui aurait séparé l’Asie de l’Europe. »

 C’est à Eratosthène, dont l’œuvre est également perdue, encore un malheureux hasard, que l’on doit la première mention du Cygne concernant la constellation que les Grecs appelaient déjà depuis longtemps : Ornis, l’Oiseau.

L’origine de ce premier oiseau imprécis est inconnue. Sa représentation pourrait avoir été rapportée d’Egypte, car Manéthon, grand prêtre d’Héliopolis, a cité une Poule dans ce secteur du ciel, probablement «la Grande Poule qui chante », celle qui a pondu l’œuf d’où le dieu Seb sortit sous la forme d’un faucon , comme l’enseigne le Livre des Morts.

Pourtant, au bord du Nil, on voyait plutôt au même emplacement céleste, un homme aux bras étendus, image que l’on retrouve strictement identique chez les Gaulois, et cela bien avant l’apparition du christianisme. Aussi, au VI° siècle, Grégoire de Tours n’hésitera pas, dans son ouvrage De cursu stellarum, à reprendre le thème en baptisant la constellation du Cygne, Crux Major, la Grande Croix. Cette Grande Croix, dans le Grand Purana de lumière écrit par Brahmâ, rappelle celle de Vittoba, un aspect du dieu Vishnou, crucifié dans l’espace.

 Quant à notre oiseau, continuons à chercher l’éventuelle patrie de sa naissance. Les Babyloniens, héritiers infidèles des Sumériens, imaginaient à son emplacement une panthère. La pseudo-panthère sumérienne était plus exactement un monstre ailé, une créature fabuleuse mi-griffon, mi-félin tacheté, Mulud-Ka-Duh-A, localisé précisément dans la zone où sévit Cygnus X-1. Dans les mystères antiques l’animal tacheté a souvent symbolisé le positif et le négatif, le yin et le yang. Dionysos était vêtu d’une peau de panthère et cette peau de panthère figurait dans le rituel de bien des Mystères, à Eleusis en particulier. 

 En Chine, la petite constellation voisine du Dauphin avait reçu les noms de T’ien-Tchi, le Faisan céleste, et de T’ien-Ki, la Poule céleste. Les Arabes suivirent cette inspiration sino-égyptienne en baptisant la constellation, Al Dajajah, la Poule ; image qui survivra dans les catalogues et les éphémérides jusqu’au retour triomphal du Cygne gréco-latin, à l’époque de la Renaissance.

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Une autre Poule qui couve resta néanmoins dans le ciel en tant que symbole des Pléiades, près desquelles, comme dans le Cygne, des nébuleuses galactiques couvent des étoiles en formation, et des molécules de vie qui seront un jour lointain dispersées dans l’espace intersidéral.

 Dans la tradition hindoue, le palmipède céleste, Hamsa (cygne, oie ou canard), est le support de Brahmâ, l’Oiseau de Sagesse dont le mouvement des ailes produit la Vie.

Joseph Justus Scaliger (1540-1609) a relevé parmi les noms donnés à la constellation, celui de Al Ridhadh, devenu ensuite El Rided, Selon un dictionnaire arabo-latino-espagnol du Moyen-Âge, ce terme semble désigner : une fleur au parfum agréable. Dans la même optique, l’édition latine de l’Almageste publiée en 1515, mentionne Eurisim ; celle des Tables Alphonsines de 1521 : Hyrezym et Hierizim. Tous ces termes désignent une fleur, qui selon L’Almageste : « Quasi redolens ut lilium ab ireo » (exhalant comme un parfum d’iris). C’est ce lilium ab ireo  qui a donné son nom à l’étoile bêta du Cygne : Albireo.

Pour Bayer, cette fleur mystérieuse est une Rose, « quasi rosa redolens lilium » ; ainsi que pour Riccioli : « quasi Galli rosa ».

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Léda et le Cygne, tableau de Gustave Moreau

La naissance des Gémeaux

  « De l’autre côté, elle (la Lyre) regarde l’Oiseau, le cygne qui appartint jadis à Phébus ou celui qui frauduleusement se glissa dans la couche de Léda pour cacher sous une apparence trompeuse les amours coupables de Jupiter. Entre la constellation accablée (Hercule) et le Cygne éclatant prend place la Lyre de Mercure. Vous verrez dans le Cygne des zones vides d’étoiles et en revanche des zones flamboyantes ou d’un éclat modéré. Ses deux ailes sont radieuses ; la droite est voisine du bras royal de Céphée, mais de la gauche il fuit l’assaut de Pégase. »

C’est ainsi que Germanicus nous a retransmis la vision d’Aratos concernant le Cygne. Dans L’astronomie, Hyginus, astronome et bibliothécaire de l’empereur Auguste, s’inspira pour sa part d’Eratosthène et présenta une autre version du sujet :

« Le Cygne doit son nom aux Grecs ; beaucoup, dans l’ignorance de sa légende, l’ont appelé Ornis, nom général de la gent ailée. Voici, à son sujet, l’explication traditionnelle : Jupiter s’était épris d’amour pour Némésis et n’avait pu obtenir d’elle qu’elle partageât sa couche ; il assouvit sa passion grâce à ce stratagème. Sur son ordre, Vénus prend l’apparence d’un aigle et le poursuit tandis qu’il s’est changé en cygne ; comme s’il fuyait l’aigle, il se réfugia auprès de Némésis et s’installa dans son sein. Némésis, loin de le repousser, le tenait enveloppé de ses ailes et s’endormit ; pendant son sommeil Jupiter abusa d’elle. Puis il s’envola et parce que les hommes le voyaient planer haut dans le ciel, on le dit établi parmi les constellations. Pour éviter un démenti, Jupiter le plaça effectivement volant dans le ciel, ainsi que l’aigle à sa suite (…) Selon d’autres récits, c’est Léda qui reçut dans sa couche Jupiter changé en cygne ; mais nous laisserons en suspens ce débat. »

 Et cela vaut peut-être mieux. Pour être aller plus loin dans le développement de mythes cosmiques, Ovide, accusé d’avoir profaner les Mystères, fut condamné à l’exil.

 Enfin, toujours sous le règne d’Auguste, l’astrologue Marcus Manilius, dans son ouvrage Les Astrologiques, nous raconte :

 « Près de là est le cygne ; c’est Jupiter même qui l’a placé au ciel, en retour de la forme de cet oiseau, qu’il avait empruntée, pour séduire l’objet de son amour. Descendu du ciel, il prit l’extérieur d’un cygne plus blanc que la neige, et prêta son dos couvert de plumes à l’imprudente Léda. Le cygne étend encore, comme pour voler, ses ailes parsemées d’étoiles. »

 D’autres versions du mythe prétendent que des bergers auraient offert à la reine de Sparte l’œuf pondu par Némésis, d’où seraient nés Hélène et les Dioscures. Ce nom, d’après les philologues, signifierait : Fils de Zeus en grec. En effet le mot Kouros veut dire enfant, jeune garçon ; mais il existe aussi un autre mot grec, Kûros, qui a le sens de puissance, pouvoir ou force ; ainsi les Dios kouros, les fils de Zeus, seraient des Dios kûros, des pouvoirs divins. Les cabalistes n’ont pas été les seuls à jouer avec les mots.

 Némésis, fille de Nyx, la Nuit, fut une des divinités représentant l’Espace,  dans lequel germa l’Oeuf du Monde. Par la suite elle fut considérée comme une déesse de la Vengeance, c’est à dire du Karma. C’est donc en tant que nécessité karmique, que l’espace couva cet œuf du Monde d’où naquirent le positif et le négatif, le pôle mâle et le pôle femelle de l’électromagnétisme. Dans la tradition astrologique grecque, issue de la tradition égyptienne, Némésis gouverne le troisième décan de la Balance. La tradition hébraïque, celle des cabalistes, prétend que la Balance fut le premier signe qui régna sur le Monde, et le premier du mois de Tishry, (jour de la nouvelle lune après l’équinoxe d’automne) serait l’anagramme du premier mot de la Genèse « Bereshith ». 

 Le Cygne et le pôle

La région nord de la constellation du Cygne, celle comprise entre l’étoile delta et Déneb, est sur la route suivie par notre pôle au cours de sa ronde de 25.760 ans.

Lorsque l’axe des pôles terrestres pointe vers le Cygne, le point vernal marquant l’équinoxe de printemps, se trouve entre les constellations du Scorpion et du Sagittaire, proche de l’étoile thêta du Serpentaire, là où précisément apparut la supernova de 1604. Le point indiquant le solstice d’hiver est alors à la frontière entre les constellations de la Vierge et du Lion. Lorsqu’en raison du lent déplacement du pôle, le solstice d’hiver entre dans la constellation du Lion, c’est la fin de l’Age d’Or, au cours duquel la Vierge céleste enfantait chaque année le Soleil Nouveau.

 Existait-il, il y a plus de 18.000 ans, une civilisation capable de nous transmettre le souvenir de cette époque bénie ?

 Pour l’orientaliste du siècle dernier, Gustave Schlegel, cela ne faisait aucun doute, et son ouvrage sur l’Uranographie chinoise en est une démonstration.

 La Voie Lactée, dont les deux branches se réunissent près de Déneb, figurait pour les anciens Chinois un grand fleuve, T’ien-han, la Rivière céleste, Vin-ho, le Fleuve argenté etc. On trouve à son propos dans les écrits d’un philosophe du IV° siècle, Pao-Po-Tzse, cette phrase curieuse à notre époque :

 « Le Fleuve Céleste se divise en deux bras près du pôle nord et va de là jusqu’au pôle sud. »

Or, depuis 8 à 10.000 ans, le pôle nord est bien loin de Déneb. De nos jours, il est à 45° de cette étoile ; il y a plus de 5.000 ans, il en était à 48°. Le pôle nord avoisinait la division en deux branches de la Voie Lactée, il y a plus de 15.000 ans, et 18 à 19.000 ans nous séparent de l’époque où Déneb indiquait le pôle nord.

Les étoiles alpha, omicron, delta, epsilon, upsilon, tau et nu du Cygne dessinaient pour les Fils de l’Empire Céleste, l’astérisme T’ien-Tsin, le Gué du ciel, appelé encore Ke-Sing, l’astérisme ultime. Sept étoiles à l’est du Gué du Ciel, formaient Tche-Fou, la Remise. Cette « Remise » servait de garage au char du soleil…

Apollon, dieu hyperboréen polaire et solaire, circule sur un char tiré par des cygnes. On le voit aussi parfois représenté chevauchant un griffon, dont le pays d’après Hérodote, jouxte celui des Hyperboréens. Les monnaies de la cité thrace d’Abdère, patrie de Démocrite, étaient ornées de griffons.

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Le cygne est universellement l’attribut des divinités de la lumière, alors que le dragon est celui des dieux des ténèbres. Si l’on observe attentivement une carte du ciel, on s’aperçoit que Déneb du Cygne s’oppose exactement, par rapport au pôle de l’écliptique, à l’étoile alpha du Dragon. Cette dernière était polaire il y a 6.000 ans. Le point vernal, 4.000 ans avant l’ère commune, était proche de l’étoile dzêta du Taureau. Le collure solsticial, c’est à dire le cercle fictif méridien du ciel qui coupe l’écliptique aux deux solstices, rencontrait le zodiaque précisément à la jonction entre les constellations du Lion et de la Vierge, avant de traverser au sud la constellation de la Coupe.

Les savants de l’antiquité disposèrent dans le ciel la Vierge couchée sur l’écliptique, sa tête frôlant l’arrière-train du Lion. Le Sphinx égyptien, tête humaine sur corps de Lion, indiquerait-il un mystérieux point du zodiaque séparant ou unissant les deux constellations ? Savaient-ils aussi que la Voie Lactée, notre galaxie, appartient au super amas « Virgo » de la constellation de la Vierge, d’où nous parviennent quelques rarissimes mais étranges particules cosmiques, chargées d’énergies gigantesques de plusieurs centaines de milliards de milliards d’électronvolts ; un électronvolt équivaut à 10 000 degrés.

  Dans les légendes médiévales du Graal, issues de la tradition celtique, le collure solsticial, reflet de l’axe des pôles, fut symbolisé par la Lance, le long de laquelle s’écoule le sang divin du cosmos : les particules de haute énergie non piégées par le champ magnétique terrestre, et qui ne peuvent nous parvenir que par l’entonnoir polaire, sas unique ouvert sur le firmament.

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 Ein Soph

En hébreu Ein, אין (AYiN), veut dire « sans » et סוף (SWPh), a le sens de fin. Ein Soph est donc l’Infini, le sans borne, la seule réalité toujours existante, l’origine de tout ce qui est. Cette expression a pour valeur 207, soit 61 + 146 ; or 207 est aussi la valeur du mot  אור (Aor), lumière. Pourtant Ein Soph n’est pas la lumière matérielle, visible, il est même pour nous absence totale de lumière, une  obscurité insondable, un mystère רז (Raz), dont le total des lettres reish et zain s’élève aussi à 207. Dans la tradition védique son nom est Kâlahamsa, le Cygne noir de l’éternité.

 Il y a 15 milliards d’années environ (d’après les estimations des astrophysiciens) lorsque vint le moment de la manifestation d’un univers,  Ein Soph créa d’abord un vide en libérant une zone de la présence de sa sombre et trop puissante énergie. Pour « dégager le terrain » , il en concentra une partie en un seul point, tel une grenade d’une densité fabuleuse, un point de Non-Etre, un sosie de Trou Noir ou un anti-Trou Noir; c’est le Tsimtsoum (la rétraction) du Sage Isaac Louria. Une onde se propagea alors et un phénomène d’implosion explosion de type supernova provoqua le Big Bang. Ein Soph Aor, la lumière d’Ein Soph, se répandit et les lettres formant le mot Ayin, aleph, yod et noun permutèrent pour former le mot ANY, « Je », ou l’Etre.

 Le Cygne représente aussi l’Esprit flottant sur les eaux primordiales, l’origine de toute matière, c’est à dire l’hydrogène à la fois feu, אש (Ash), et eau, מים (Maïm).

 D’après le Zohar, la lettre Aleph symbolise la lumière de l’Ancien Sacré, le Mystère de tous les Mystères, celui de l’origine, l’inconnaissable Atoum des Egyptiens. Aleph est une consonne muette imprononçable, et comme le nombre Un, c’est une abstraction. Le mot aleph écrit en toutes lettres vaut 111; le Alif arabe également, et dans cette langue parente de l’hébreu, Qutb, le pôle, a aussi la même valeur (100 + 9 + 2 = 111). Aleph, un et triple, représente le développement du point central de l’Univers comme la triskèle des druides, « la roue qui tourbillonne sans se déplacer entre trois éléments » évoquée dans le Hanes Taliesin des bardes gallois. En Egypte, le son correspondant à la lettre aleph ou alif  était représenté par un grand oiseau blanc.

Un article paru dans le numéro 1108 de la revue scientifique La Recherche  résume ainsi la situation précédant l’instant zéro :

 « Cette ère, dite de Planck, à durée indéterminée, est dominée par les champs quantiques . Le temps, l’espace et toutes les grandeurs physiques usuelles se mêlent inextricablement, au point de perdre tout leur sens actuel. Seul règnerait le vide quantique, bouillonnant d’énergie et de particules virtuelles dont les relations seraient régies par une super force unique, et qui serait doté d’une propension à l’expansion. La super force universelle se scinderait en deux : la gravitation, et une interaction « électroforte » gouvernant les relations entre particules. »

 Cygne, oie sauvage ou encore pélican, le palmipède aux plumes blanches, migrateur et aquatique, sert dans toutes les traditions initiatiques et religieuses, d’intermédiaire privilégié avec le monde divin.

Aux Indes, Brahmâ lui-même chevauche un cygne ou une oie, Hamsa. Pour cette raison, il est appelé Hamsa-Vâhama, le Cavalier au Cygne, et Kâlahamsa, le Cygne de l’Eternité, mais aussi le Cygne Noir. En sanscrit, le mot Kâla pouvant signifier à la fois le temps et la couleur bleu-noir, Kâlahamsa est donc le Cygne Noir de l’Eternité, celui qui devint blanc quand la lumière fut créée. L’oiseau représente la Sagesse divine à l’origine de la Création. Mais le sanscrit, comme l’hébreu étant une langue sacrée,  Hamsa, le Cygne, est aussi A-ham-sa, ou encore Sa-Ham, « Je suis Cela ».

  Les Maîtres de la cabale ont retrouvé cette Sagesse dans le décodage chiffrée du premier mot de la Genèse : בראשית (Bereshith ) ;  hypothèse confirmée par le Zohar (II – 20a) : « C’est par cette pensée qui est aussi la Sagesse que furent créés et ce monde et le monde céleste ». Le mot  חכמה (‘Hokhmah), sagesse, vaut 73. La somme des lettres du premier verset de la Genèse vaut 2701, or ce nombre est précisément la somme des 73 premiers nombres, c’est à dire sa valeur triangulaire.

  Le G de la Franc-Maçonnerie

« Aleph couvre de sa lumière le גמל (GiMeL : la lettre G), qui est le symbole de la récompense des justes » dit encore le Zohar. La lettre ג figure le nombre trois, mais le mot GiMeL a pour valeur 73, comme ‘Hochmah, la Sagesse. Là est la véritable signification du G dans le Triangle  ou l’Etoile de la Franc-Maçonnerie.

Le cygne est le véhicule de l’émanation du Rayon Primordial, dont seront issus sept autres rayons créateurs, les sept oisillons que l’on retrouve dans divers mythes à propos du cygne et du pélican.

Le pélican ressuscitant ses petits figure l’esprit divin, la sagesse ; comme le cygne, il est l’ennemi du serpent. La constellation du Cygne est en opposition avec celle du Dragon.

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Revoir:

http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/10/11/triangle-de-feu-et-supernova/

 

http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2009/10/14/mystere-des-constellations/

 

           

           

 

 


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