Archive pour juillet, 2010

Les Sarrasines

Les Sarrasines d’après Ammien Marcellin

Par Raymonde Reznikov

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Non, l’auteur n’est pas un ancien ministre de l’Intérieur. Ammien Marcellin est un historien latin, né vers 330-335 à Antioche. A l’origine son œuvre comprenait 31 livres qui relataient les événements dans l’empire romain, des années 96 à 398. Les 13 premiers livres manquent, en bloc. Ils n’en subsiste pas un feuillet. Ils ont été détruits car les faits aux époques concernées, de 96 à 353, même en résumé, devaient porter ombrage aux nouveaux inquisiteurs de l’empire christianisé sous Constantin, à coup de meurtres et de magouilles.

Pour la même raison, les « Histoires » de Tacite ont été amputées ; la partie conservée s’interrompt brusquement au Livre V, au début de l’année 70. Il manque les deux-tiers d’une œuvre qui comprenait 12 livres…. Disons que les témoignages allant de la destruction du Temple de Jérusalem jusqu’à l’avènement de Constantin ont été systématiquement détruits lorsque les faits rapportés par leurs auteurs étaient de nature à ternir l’image de marque de la nouvelle marotte des tenants du pouvoir.

Ammien Marcellin, historien païen et tolérant, était honnête. Une de ses remarques a quand même échappé à la censure d’église :

« Les bêtes sauvages ne sont pas plus ennemies des hommes que les chrétiens ne le sont les uns des autres ».

Il est vrai qu’il s’agissait là d’une remarque à propos de la guerre que se livraient différentes sectes.

Sa description des femmes gauloises « aux yeux pers… balançant d’énormes bras blancs » est célèbre. Moins connue, est celle des femmes arabes que voici (Livre XIV-4) :

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Photo: dinosoria.com

Irruptions et mœurs des Sarrasins

Cependant les Sarrasins, dont il ne faut jamais souhaiter l’amitié ni l’hostilité, dans leurs rezzous de-ci de-là dévastaient en un instant tout ce qu’ils pouvaient trouver….

Chez ces peuples qui commencent à l’Assyrie et s’étendent jusqu’aux Cataractes du Nil et aux frontières des Blemmyes, tous sont pareillement guerriers, à demi-nus, enveloppés jusqu’à la ceinture de courts manteaux de couleur ; ils se déplacent à l’aide de chevaux rapides et de maigres chameaux dans des directions opposées, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre. Nul parmi eux ne met jamais la main au manche de la charrue, ne cultive un arbre ou ne demande sa nourriture au travail de la terre, mais ils vont toujours à l’aventure, à travers les immensités, sans foyer, sans demeures fixes et sans lois. Ils ne supportent pas longtemps le même ciel et ne se plaisent jamais au soleil d’une seule contrée. Leur vie est une fuite continuelle.

Leurs femmes sont des mercenaires engagées pour un temps par contrat, mais, pour qu’il y ait une apparence de mariage, la future femme offre à son mari, à titre de dot, une lance et une tente, prête à le quitter au jour fixé si elle choisit ce parti. Incroyable est chez ces peuples l’ardeur avec laquelle les deux sexes s’abandonnent aux choses de l’amour. Pendant toute leur existence, ils sont si nomades qu’une femme se marie à un endroit, accouche à un autre, et elle élève ses enfants loin de là, sans qu’il lui soit permis de faire halte.

Tous ces peuples se nourrissent de gibier, de lait en grande quantité, qui est leur principal aliment, de plantes de toute sorte et des oiseaux qu’ils réussissent à prendre à la chasse. La plupart de ceux que nous avons vus ignoraient totalement l’usage du blé et du vin.

En voilà assez sur cette nation dangereuse…..

(Texte établi et traduit par Edouard Galletier, éditions Les Belles Lettres, 1978)

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Photo: Poste de Veille

Livres pour l’été

Le ciel et l’espace pour les vacances

Parmi les ouvrages proposés et présentés par la revue Ciel et Espace sur son site internet et sa page facefook, le Coin des Temps « aime »:

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Anaximandre de Milet

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Carlo Rovelli

Éditions Dunod, 190 p., 19,50 €

Voilà un excellent ouvrage que quiconque s’intéresse à la science devrait lire ! Écrit par un physicien reconnu, co-inventeur de la théorie de la gravité quantique à boucle (l’une des pistes explorées pour unifier la physique quantique à la théorie de la relativité générale), Anaximandre de Milet, ou la naissance de la pensée scientifique est bien plus qu’une plongée dans la vie et l’œuvre d’un penseur grec méconnu.
Anaximandre fut un personnage fascinant. Né sur la côte ionienne il y a 26 siècles, ce « géant de la pensée » est le premier à défendre l’idée d’une Terre flottant dans l’espace (quand tous les autres systèmes du monde la font reposer sur un socle). À une époque où les dieux sont omniprésents, il est aussi le premier à rechercher des causes naturelles aux phénomènes. Enfin, il est à l’origine de la tradition critique qui fonde la pensée scientifique : continuer la voie de son maître (en l’occurrence Thalès, probablement), mais reconnaître en même temps qu’il s’est trompé. Carlo Rovelli ne se contente pas de mettre en lumière les révolutions conceptuelles (longtemps sous-estimées, semble-t-il) que l’on doit à Anaximandre. Dans un style d’une grande clarté, il livre aussi sa propre vision de la science. « L’aventure humaine qui consiste à explorer les modes de pensée du monde, prête à subvertir certaines des certitudes que nous avions jusqu’ici », est ici superbement défendue.

David Fossé

Le mythe climatique

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Benoît Rittaud

Éditions du Seuil, Collection « Science ouverte », 207 p., 20 €

Le moins que l’on puisse dire c’est que cet ouvrage a le mérite de la clarté : « Le livre que vous avez entre les mains, écrit son auteur, soutient le point de vue que la science actuelle ne permet pas d’affirmer l’origine humaine du réchauffement climatique observé au cours d’une partie du XXe siècle. » Et d’enfoncer le clou : « Nous avons intérêt à cesser de consacrer temps, argent et matière grise à ce faux problème du réchauffement climatique. » Quelques semaines après l’échec du sommet de Copenhague, et en pleine montée en puissance des voix des climato-sceptiques, l’auteur apporte un peu de grain à moudre au moulin à vent de Claude Allègre. Benoît Rittaud, qui est mathématicien, passionné par la vulgarisation de sa discipline, entend montrer la fragilité des données statistiques mises en avant par les climatologues et analyser l’arrière-plan épistémologique d’une science en pleine évolution. Ses arguments, qui visent le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) – « cet enfant de la science et de la politique » – intéresseront tous ceux qui s’interrogent sur la nature des critiques apportées par « l’armée des scientifiques sceptiques du climat ». Le problème, c’est que Benoît Rittaud, qui compare « la déferlante carbocentriste » à l’invention des canaux martiens de Percival Lowell, adopte un ton de procureur pour dénoncer ce qu’il considère comme un mythe, une croyance moderne. Avec une telle foi, qu’il donne l’impression de vouloir nous recruter dans un nouveau clan… de croyants : le sien.

Alain Cirou

La science des trous noirs

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Jean-Pierre Lasota

Éditions Odile Jacob, 200 p., 22 €

Vulgariser les trous noirs n’est pas chose aisée, tant la physique liée à ces corps de l’extrême est complexe. Jean-Pierre Lasota, directeur de recherche émérite à l’Institut d’astrophysique de Paris, s’est attaqué à cet exercice délicat. Il jongle entre des concepts ardus de physique et des exemples tirés de la vie quotidienne (la chute d’une pomme, ou encore l’utilité de la théorie de la relativité dans le système GPS). En résulte un ouvrage pour lequel son lecteur devra au préalable être un familier de certaines notions scientifiques, comme la gravité ou la relativité. L’auteur en profite pour tordre le cou à quelques idées reçues. On apprend par exemple que les trous noirs ne sont pas toujours d’une densité extrême. Dans le cas d’un trou noir supermassif de 3 milliards de kilomètres (comme on en trouve au centre de certaines galaxies), la densité n’est que de 70 kg/m3. On regrettera juste quelques erreurs de chiffres (sur la densité de l’air, ou encore le rayon du Soleil « 24 milliards de fois plus grand que son rayon de Schwarzschild », au lieu de 240 000 fois…).

Jean-Luc Dauvergne

L’atome au pied du mur et autres nouvelles

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Étienne Klein

Éditions Le Pommier, 86 p., 10 €

Dans un style fluide, Étienne Klein nous fait vivre des aventures cocasses et délicieusement fantaisistes. Au bout du chemin : toucher du doigt les dilemmes philosophiques que cache tout concept physique.

Aude Pétin

L’image du monde, des Babyloniens à Newton

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Joëlle Fontaine et Arkan Simaan

Édition Vuibert, 250 p., 27 € (réédition)

Cet ouvrage retrace l’évolution des représentations du monde de l’Antiquité jusqu’à Newton. Accessible et éclairé par un regard historique, scientifique et philosophique, il constitue une bonne synthèse. Il complète L’image du monde, de Newton à Einstein, sorti en 2005.

Jean-Luc Dauvergne

Rappel:

Jean-Pierre Luminet, La Perruque de Newton

(voir article: A la découverte de Newton du 23/03/2010)

Merci Ciel et Espace et Bonne lecture

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