Tammouz et Sirius

Tammouz et Sirius

Par Raymonde Reznikov

canismap.jpg

Le culte et les fêtes d’Adônis-Thammouz dans l’Orient antique

(Charles Vellay, Annales du Musée Guimet, Paris 1904)

Citations

Le calendrier syro-phénicien et le calendrier hébreu portent un mois du nom de Thammouz, qui correspond à juillet, et qui formait le quatrième mois de l’année syro-chaldéenne, commençant elle-même à l’équinoxe de printemps, et le dixième mois de l’année syro-macédonienne, dont Tisri (octobre) était le premier. A Paphos, en Cypre, un mois était appelé Aôos, un des noms d’Adônis.

Le nom spécial du dieu solaire, désigné dans les temps postérieurs par la seule épithète d’Adôn ou seigneur, était Thammouz, et c’est d’ailleurs sous ce nom que les plus anciens textes nous en parlent. Nous lisons dans Ezéchiel : « Et il m’introduisit par la porte de la maison du Seigneur, qui regardait l’aquilon ; et là étaient des femmes assises pleurant sur Thammouz. »

C’est sous ce dernier nom d’Adônis que les Grecs l’ont toujours connu, transformant ainsi la dénomination générale d’Adôn en un nom particulier, et le dieu tout-puissant des peuples syriens en un jeune et gracieux héros, qui n’est plus qu’une image effacée et lointaine de Thammouz.

adonis.jpg

Adônis (Wikipedia)

Adônis-Thammouz et le christianisme

Le même phénomène, la même évolution logique qui transforme le Thammouz indécis de l’antique Phénicie en une divinité aux formes arrêtées, aux contours précis, se retrouve dans la conception chrétienne, où le dieu se dégage peu à peu, avec lenteur, avec effort, de la mythologie païenne, pour condenser, dans ses traits personnels, par un syncrétisme instinctif, les traditions qui surnagent encore dans le scepticisme alexandrin (…)

Dans la Syrie où règne Adônis, la grotte de Bethléem est le théâtre des mystères et des fêtes du dieu androgyne. Les femmes viennent y pleurer sa mort mystique (…)

La grotte d’Adônis devient la grotte de jésus : une divinité succède à l’autre sans que la croyance populaire en soit sensiblement troublée, et sans qu’elle puisse même distinguer, dans cette succession de formes divines, les éléments d’une religion qui s’élabore. La même foule qui était venue célébrer Adônis dans la grotte de Bethléem, y vint célébrer jésus avec le même enthousiasme, la même foi, sans y voir autre chose que l’éternel symbole solaire qui ressuscitait sous un nom nouveau. (…)

Saint Jérôme de son côté, nous donne un témoignage précis, dans une lettre à saint Paulin : « Bethléem, dit-il, qui est pour nous aujourd’hui le lieu le plus auguste de toute la terre, fut ombragé jadis par un bois sacré de Thammouz, c’est-à-dire d’Adônis ; et dans la grotte où le christ petit enfant a vagi, on pleurait l’amant de Vénus. »

Triste déchéance sur le plan esthétique, on en vient à regretter le bel adolescent…

mtgarizimetmtebalvusdelesttbn011300wr.jpg

La ville de Sichem (Naplouse) – aschkel.info

Eshmun et Sichem

Le soin pris par le christianisme naissant de faire concorder ses dogmes et ses fêtes avec les dogmes et les fêtes du paganisme a singulièrement favorisé la transmission et la persistance de ces dernières traditions. Non seulement  le christianisme a si habilement confondu ses cérémonies et ses mystères avec ceux des cultes antérieurs que ceux-ci semblaient survivre et se prolonger dans un rajeunissement triomphant, mais encore, il leur a, le plus souvent, emprunté leurs formules et leurs symboles…

(fin des citations de Charles Vellay)

C’est ainsi que Eshmun, nom sous lequel Adônis-Thammouz était honoré à Sichem, se verra transformer en Simon le Mage

Le Thammouz syrien, l’Eshmun phénicien, l’Adônis grec et Attis le phrygien étaient tous des répliques du berger-chasseur sumérien Doumou-zi-ab-zou, l’amant de la déesse Innana. Ce nom signifiait « le fils fidèle de l’océan ». On peut lire dans un hymne babylonien concernant Thammouz que celui-ci :

Etant enfant reposait dans un bateau coulé

Le mythe du principe de vie flottant sur les eaux célestes ou terrestres sera repris dans la légende d’Attis exposé par son grand-père parmi les roseaux d’un fleuve pour y périr.

Tous ces héros semi-divins meurent et ressuscitent chaque année après un séjour dans le royaume de la mort.

inanna.jpg

Innana (lost-history.com)

Innana, Ishtar, Astarté, Cybèle et Aphrodite, amantes du jeune et beau berger, étaient associées à la planète Vénus et avaient pour symboles la colombe et le poisson

Eshmun dont le nom signifie « le huitième » ( huit = ShMoNeH, שמנה en hébreu), était donné pour le fils de Tsedeq, le Juste, père des Cabires. Tsédeq est le nom de la planète Jupiter. Jupiter et Vénus sont les régents astrologiques du signe des Poissons.

Berger, poisson, colombe, ont été récupérés comme symboles dans la mythologie du christianisme

Tsédeq, le Juste, est un des surnoms du patriarche biblique Joseph, dont le tombeau régulièrement saccagé par les Palestiniens, se trouve à Sichem, comme celui de son descendant Josué fils de Noun (eau-poisson) d’ailleurs…

Un tradition fait naître et mourir Joseph le 2 du mois de Tammouz ; une autre le 27.

C’est le 3 que Josué fit arrêter le soleil et la lune dans leur course

burningyoseftomb1.jpg

Destruction du tombeau de Joseph (aschkel.info)

Le mois de Tammouz

Les textes parlent souvent de « pleurs » dans le mois de Tammouz et dans l’épopée de Gilgamesh le héros reproche à la déesse Ishtar, « de pleurer chaque année Tammouz, son ami de jeunesse ».

(O. E. Brien, Les sociétés secrètes de mystères, Payot 1951)

Excepté en Egypte où le mois, celui de la crue du Nil annoncée par le lever héliaque de Sirius, est considéré comme bénéfique, il n’en est pas de même chez les peuples du Moyen-Orient. Tammouz est un mois de déséquilibre, de chaleur accablante, un mois propice aux catastrophes, surtout dans sa seconde quinzaine, en particulier le fameux 17 Tammouz. Ce jour est un jour de deuil et de jeûne dans la tradition hébraïque. En effet, si c’est un 17 Tammouz que Noé lâcha la colombe hors de l’arche, ce jour est également l’anniversaire de plusieurs catastrophes majeures :

1) Les premières Tables de l’Alliance furent brisées par Moïse suite à l’affaire du Veau d’Or

2) Lors du premier siège de Jérusalem les sacrifices cessèrent au Temple

3) Prise de Jérusalem par Titus

Curieusement, dans la sourate XX du Coran qui traite de Moïse, c’est un certain « al sâmirî », le samaritain, qui est à l’origine de la confection de l’idole bovine. Cet anachronisme flagrant est gommé dans les traductions où « al sâmirî » devient le nom propre d’un personnage. Des gloses tardives ont brodé autour de ce Samaritain encombrant pour tenter de noyer « le poisson ». Il ne faut pas oublier, que durant leur traversée du désert, les Hébreux transportaient avec eux le corps de Yoseph ha-Tsadiq, qui devait être inhumé dans le champ que son père Jacob avait acheté à Sichem, future capitale de la province de Samarie.

La période tragique se poursuit pendant 21 jours, jusqu’au 9 Av, c’est à dire durant la Canicule en relation avec Sirius du Grand Chien.

Adônis-Thammouz en tant que berger ou chasseur est souvent représenté accompagné par un ou deux chiens.

01830113venusundadonis.jpg

Vénus et Adônis par Le Titien

Le nom sumérien de l’étoile est Ban, l’arc. Or l’arc est un attribut de Joseph, béni en ces termes par son père Jacob :

Son arc est demeuré dans la vigueur, les bras de ses mains sont demeurés fermes. Par les mains du Puissant de Jacob, de là (il est) berger, rocher d’Israël.

(Genèse 49, 24)

A l’époque gréco-romaine, Joseph sera assimilé à Osiris-Osarsiph, et par extension à Adônis-Tammouz, mais aussi à Eshmun le Cabire artisan de Sichem.

Quel enseignement se cache-t-il dans tous ces mythes regroupés autour de l’étoile Sirius ?

Probablement plus que de simples allusions à des problèmes de végétation, de sécheresse et d’irrigation.

Les événements de l’histoire de la terre et des hommes sont-ils à l’image d’évènements célestes ? Ou plus exactement, les Sages ont-ils crypté dans les récits le parallélisme existant entre les premiers et les seconds ?

Un message nous a été légué codé. Dans certaines traditions, les poètes s’en sont emparé et en ont fait exploser le sens en de multiples interprétations possibles. Des Maîtres plus prudents n’ont pas accepté de livrer les clefs au vulgaire, et le message incompris a été trahi par ceux qui ont voulu se l’approprier. Ces derniers n’ont pu qu’adapter à leur vision erronée les rituels populaires indéracinables du culte exotérique ; ou encore glisser dans leurs textes fondateurs des allusions relatives à l’enseignement premier. Ainsi on peut lire, à propos d’Allah, dans la sourate LIII du Coran dite de l’Etoile

Verset 33 : a-fa-ra’ayta (ne vois-tu pas)

Verset 49 : wa-anna-hu rabb ash-shi`râ (qu’il est le Seigneur de Sirius).

Après la conquête de la Syrie par les guerriers omeyyades, le nom du fleuve Adônis, dont l’eau se teintait en rouge autour du 17 Tammouz, prendra le nom de fleuve d’Abraham, Nahr Ibrahim. Doit-on voir là une allusion à la planète Vénus avec laquelle le patriarche possède  certaines affinités numériques ?

Le fleuve Adônis, devenu Nahr Ibrahim, se jette dans la Méditerranée à Byblos. Plus au nord, à Beyrouth, il reste cependant un témoin du mystérieux passé légendaire de la région, un témoin qui a su garder son nom, c’est le Nahr el Kalb, le Fleuve du Chien.

jeita02.jpg

Source du Nahr el Kalb (levanoneembassy.ca)

Bibliographie

Jacqueline Chabbi, Le Coran décrypté, Fayard 2008 et Le Seigneur des tribus, Noêsis 1997 et CNRS 2010.

Voir les articles : Le point de vue de Sirius du 1 juillet 2009 et Autour du Catharisme, § Plovdiv à l’ère chrétienne, du 15 février 2010.

 

 

 


Autres articles

Répondre

Fanatique d'esprit |
Scravic |
New EVENING Newcastle CHRON... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Archives Montségur 09
| Paroles de Soie
| club des alices noire