De Pâque à Pâques

 

De Pâque à Pâques

Par Raymonde Reznikov

Les évangiles et leur suite, Actes, Lettres etc. sont une fiction littéraire farcie de références astrologiques sur un arrière-plan historique. Les rédactions successives des épisodes du feuilleton s’échelonnent depuis l’époque d’Alexandre Jannée, 100 ans avant l’ère vulgaire, et se prolongent au delà de l’an 888 de Rome (révolte de Bar Koziba  en 135) au gré des évènements politiques et des polémiques.

L’ensemble des multiples éléments, après avoir été censuré, a été traduit en grec puis compilé sous Constantin par l’équipe du faussaire Eusèbe de Césarée. Les épisodes rejetés, échappés à la destruction, sont devenus ce qu’on appelle « les Apocryphes ».

Durant des siècles, l’Eglise Romaine a sévèrement veillé à ce que le « Vulgum pecus » n’ait pas accès à ses textes sacrés, et pour cause ! Au V° siècle, Augustin lui-même, n’hésitait pas à écrire : « S’il n’y avait pas l’autorité de l’Eglise, je ne croirais pas à l’Evangile ». Cependant vint un temps où la dite autorité n’a plus suffi, et parmi le troupeau bêlant des brebis se sont levés de combatifs béliers, heureux d’envoyer paître leurs pasteurs auto-proclamés. Les textes fondateurs ont été traduits, diffusés, puis étudiés, décryptés, et parfois même compris. Devant la menace de l’effondrement de sa puissance temporelle, l’Eglise Romaine, embarrassée de ces quatre évangiles, prétendus inspirés bien que contradictoires et inconciliables, a répondu par la terreur. (voir « L’imposture christique », article du 7/06/2009).

« S’il est une chose évidente entre toutes, mais où le plus puissant des intérêts théologiques fait que l’on s’aveugle inconsciemment ou volontairement, c’est l’incompatibilité profonde, irréductible, du quatrième évangile avec les synoptiques. Si Jésus a parlé et agi comme on le voit agir et parler dans les trois premiers évangiles, il n’a pas parlé et agi comme on le voit agir et parler dans le quatrième. »

Voilà ce qu’écrivait le 12 juin 1907, l’abbé Alfred Loisy, professeur d’hébreu excommunié, à un cardinal de la commission pontificale des études bibliques.

Laissons pour le moment de côté le quatrième évangile totalement inconciliable avec les trois autres dits synoptiques. Le héros n’a pas le même âge et les évènements ne peuvent avoir eu lieu la même année ; simple détail n’est-ce pas ?

Voyons ce que rapportent ces textes à propos du principal mythe fondateur du christianisme. (voir « Les Sacées » article du 28/10/2009).

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Temple de Jérusalem, photo terredisrael.com

Chronologie des événements

Rappel : Le psychodrame se déroule à Jérusalem. Les acteurs sont des Juifs respectueux de la Loi (Torah). Or cette Loi sacrée précise le strict rituel à observer pour Pâque (Pessa’h) :

Exode XII, 16 : Le premier jour (il y aura) convocation sainte pour vous ; en ces jours il ne sera fait aucun ouvrage.

22 : … Quant à vous que personne ne sorte de sa maison jusqu’au matin.

24 : Vous observerez cette chose ; un statut pour toi et tes enfants à perpétuité

XIII, 8 : Tu diras en ce jour à ton fils, savoir : (ceci a lieu) à cause de ce que l’Eternel m’a fait quand je sortis d’Egypte.

12 : Tu observeras cette loi en son temps, d’année en année.

Voir aussi Nombres IX, 2-4

(Traduction de Samuel Cahen, éditions Les Belles Lettres)

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Anomalies évangéliques

La fameuse soirée et sa suite burlesque sont décrites par Mathieu du chapitre XXVI, verset 17 au chapitre XXVIII ; par Marc, du chapitre XIV verset 1 au chapitre XVI ; par Luc, du chapitre XXII verset 1 au chapitre XXIV. Résumons :

Le jeudi 14 Nissan au soir, le héros et ses comparses se retrouvent dans une salle située à l’étage d’une auberge pour le repas pascal.

Où sont les épouses et les enfants de ces personnages, qui à leur âge, devaient être obligatoirement mariés et déjà pourvus de progéniture ?

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Extravagant

Ce premier soir de Pâque au rituel inviolable, il faut le rappeler, interdisant formellement de quitter « son lieu », voici tout à coup que la bande décide d’aller prendre l’air au parc municipal. Plus grave encore, cette seconde énormité : en pleine nuit sacrée on voit, selon Marc XIV-43, débarquer dans ledit Jardin, Judas suivi :

… de la part des grands prêtres, des scribes et des anciens, une foule avec des sabres et des bâtons.

Ensuite au cours de cette même nuit, la plus sainte de l’année, tout ce monde de noctambules rapplique chez le Grand Prêtre :

 et tous s’y rassemblent : grands prêtres, anciens et scribes selon Marc XIV-53 ;

ou selon Mathieu XXVI-57 :  chez Caïphe le grand prêtre, où les scribes et les anciens s’étaient rassemblés.

C’est à dire selon ces reporters inspirés, les 70 juges du Sanhédrin, les plus hautes autorités du Judaïsme de l’époque, auraient ainsi quitté leur demeure et leur famille, la nuit en pleine célébration de la plus sacrée des fêtes, pour s’occuper d’un hurluberlu qui aurait pu sans problème croupir en prison en attente d’un jugement.

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Le procès

L’histoire tourne à la pantomime. Alors que la loi interdisait les séances nocturnes d’un tribunal jugeant en matière criminelle, Mathieu et Marc font comparaître le prévenu la nuit même pour une première audition, puis dans la foulée le matin du jour sacré et chômé de Pâque, pour une seconde audience (Mat. XXVII-1 et Mc. XV-1). Pour Luc, il n’y a qu’une seule comparution (XXIII-66) avec ensuite un transfert chez Pilate, puis ce brillant chroniqueur fait promener tout le monde de chez Pilate à chez Hérode avec un retour chez Pilate ; des impossibilités historiques totales.

Mais l’affaire est entendue : condamnation à mort. Or la procédure en vigueur interdisait la proclamation d’une sentence de mort le jour même de l’interrogatoire. Quant au motif de la condamnation, le blasphème, il est inconsistant. Se prétendre « Fils du Béni » ou fils de dieu, chez les Juifs ou chez les Romains de cette époque, n’a jamais été considéré comme un blasphème.

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En résumé, le mythe fondateur du christianisme a été édifié sur une accumulation d’anomalies, d’invraisemblances et de contradictions. On comprend mieux l’acharnement des autorités du christianisme contre les Juifs, ces témoins gênants capables en quelques mots de démontrer la supercherie et l’inconsistance de ces fables. On comprend mieux aussi pourquoi les papes ont voulu à plusieurs reprises faire disparaître le Talmud dont une lecture, même superficielle, mettait en évidence les incohérences des textes chrétiens. On comprend aussi pourquoi la lecture des « Ecritures » a été longtemps interdite aux simples fidèles.

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Les reproductions du célèbre tableau de Léonard de Vinci proviennent du site: tranchesdunet.com

 Ne pas hésiter à cliquer sur les images pour les agrandir, ça vaut la peine…

Commentaire de Neutrinos:

Relevée dans l’ouvrage de Michel Gozard: Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l’histoire, cette belle invraisemblance:

“En voici une seule de belle taille. Matthieu (27, 62-66) nous raconte ceci: pour ne pas que les disciples dérobent le corps de Jésus afin de faire croire à sa résurrection, des grands prêtres et des pharisiens seraient allés voir Pilate pour réclamer une garde auprès du tombeau. Quand cela se passe-t-il ? “le lendemain, qui était le jour après la Préparation”, c’est à dire le jour du sabbat!
A qui fera-t-on croire que ce jour-là (où il ne faut se livrer à aucune activité profane), des grands prêtres (censés être au Temple à ce moment-là) et des pharisiens (gens obsédés par les interdits rituels) ont pu s’assembler chez Pilate (alors que la fréquentation des non-Juifs est à éviter), se rendre ensuite avec des gardes romains auprès d’un tombeau (lieu d’un haut degré d’impureté) pour y mettre des scellés ? Et ça après avoir vérifié la présence du corps et son identité, sinon toute l’opération est inutile. En faisant violer le sabbat par des autorités religieuses le rédacteur a oublié le bon sens le plus élémentaire et, avec lui, des générations de lecteurs, car peu de monde a relevé la consternante naïveté de cet épisode.”

 

Commentaire de Perahya

Je veux bien que les 72 juges du Sanhedrin, indispensables pour juger dans un procès qui pouvait finir en condamnation à mort, aient abandonné le seder de Pessah en plein milieu.

Je veux bien qu’ils aient siégé au Temple un jour férié quand le tribunal a l’interdiction de siéger. Je veux bien qu’il n’aient pas respecté les procédures les plus élémentaires et qu’il aient expédié les témoins en deux coups de cuillère à pot.

Je veux bien que le soit disant blasphème d’un rigolo ait mis sens dessus dessous tout le way of life d’un peuple, en commençant par les plus hautes autorités.

Par contre, un détail me chagrine. Comment ont-ils fait les 72 juges pour communiquer entre eux à la vitesse de la lumière et arriver des quatre coins du territoire pour profaner allègrement toutes ces lois…. à l’époque où les fax, les portables, les voitures de course et les hélicoptères n’étaient pas encore l’apanage des super héros?

Ces personnages romanesques ne sont même pas de la mythologie, ils sont carrément de la science fiction!

 


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2 commentaires

  1. Neutrinos dit :

    Relevée dans l’ouvrage de Michel Gozard: Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l’histoire, cette belle invraisemblance:
    « En voici une seule de belle taille. Matthieu (27, 62-66) nous raconte ceci: pour ne pas que les disciples dérobent le corps de Jésus afin de faire croire à sa résurrection, des grands prêtres et des pharisiens seraient allés voir Pilate pour réclamer une garde auprès du tombeau. Quand cela se passe-t-il ? « le lendemain, qui était le jour après la Préparation », c’est à dire le jour du sabbat!
    A qui fera-t-on croire que ce jour-là (où il ne faut se livrer à aucune activité profane), des grands prêtres (censés être au Temple à ce moment-là) et des pharisiens (gens obsédés par les interdits rituels) ont pu s’assembler chez Pilate (alors que la fréquentation des non-Juifs est à éviter), se rendre ensuite avec des gardes romains auprès d’un tombeau (lieu d’un haut degré d’impureté) pour y mettre des scellés ? Et ça après avoir vérifié la présence du corps et son identité, sinon toute l’opération est inutile. En faisant violer le sabbat par des autorités religieuses le rédacteur a oublié le bon sens le plus élémentaire et, avec lui, des générations de lecteurs, car peu de monde a relevé la consternante naïveté de cet épisode. »

  2. perahya dit :

    Je veux bien que les 72 juges du Sanhedrin, indispensables pour juger dans un procès qui pouvait finir en condamnation à mort, aient abandonné le seder de Pessah en plein milieu. Je veux bien qu’ils aient siégé au Temple un jour férié quand le tribunal a l’interdiction de siéger. Je veux bien qu’il n’aient pas respecté les procédures les plus élémentaires et qu’il aient expédié les témoins en deux coups de cuillère à pot. Je veux bien que le soit disant blasphème d’un rigolo ait mis sens dessus dessous tout le way of life d’un peuple, en commençant par les plus hautes autorités. Par contre, un détail me chagrine. Comment ont-ils fait les 72 juges pour communiquer entre eux à la vitesse de la lumière et arriver des quatre coins du territoire pour profaner allègrement toutes ces lois…. à l’époque où les fax, les portables, les voitures de course et les hélicoptères n’étaient pas encore l’apanage des super héros? Ces personnages romanesques ne sont même pas de la mythologie, ils sont carrément de la science fiction!

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