Paulifolies

Philofolies

Pour le philosophe médiatique Michel Onfray, il ne fait aucun doute que le héros du christianisme est une fiction littéraire.

Dans la préface du « Jésus a-t-il existé » de Prosper Alfaric, dont il a parrainé une nouvelle édition, notre athéologue de service est affirmatif, il s’agit d’un personnage conceptuel, une fiction littéraire, je cite :

« Car Prosper Alfaric énonce clairement sa thèse : Jésus n’a jamais existé historiquement, il procède d’une forgerie humaine, très humaine, trop humaine. Et il en donne les détails : en dehors de ses thèses universitaires, son œuvre forte d’une douzaine de livres ne fut d’ailleurs que ça, détailler les mécanismes de cette affabulation, montrer par le menu la construction de cet édifice au destin incroyable sur des fondations de vent et de fumée… »

L’affaire est entendue, le ton est donné. Pourtant Michel Onfray, malgré sa connaissance apparente du sujet, semble admettre l’existence de Paul, personnage tout aussi imaginaire que le héros dont il vante les exploits :

« J’ai proposé un cours sur l’inexistence historique de Jésus et son rôle de personnage conceptuel, de fiction littéraire ; un autre sur l’hystérie de Paul de Tarse et son désir de névroser le monde afin de pouvoir (mieux) vivre avec sa tare psychique… »

Je soupçonne fort Michel Onfray d’avoir conservé un semblant de réalité à ce chantre du néant afin de pouvoir exploiter le filon des névroses engendrées par les élucubrations morbides semées dans les multiples missives dont il serait l’auteur. Ce qui a donné Le souci des plaisirs (Flammarion, Paris 2008). Aperçu de la quatrième de couverture :

« La névrose de Paul de Tarse, impuissant sexuel qui souhaite élargir son destin funeste à l’humanité tout entière, débouche sur la proposition d’un modèle à imiter : celui du corps du christ, à savoir un cadavre »

Ceux qui aiment la littérature porno-bobo ne seront pas déçus par l’ouvrage. Je préfère, pour ma part, suivre la voie ouverte dans la préface de l’ouvrage de Prosper Alfaric :

« Car connaître la  généalogie d’une fiction permet d’y mettre fin ; savoir comment marche une erreur autorise la production de nouvelles certitudes. »

Les Actes des apôtres

Les Actes des apôtres auraient été rédigés par un certain Luc, auteur présumé du troisième évangile. Luc, prétendu médecin syrien, aurait été le secrétaire de Paul. Un médecin secrétaire d’une allégorie sur le Shéol, royaume de la mort, on peut apprécier le sens de l’humour (voir article: Paul à Patras du 12/08/09). D’ailleurs le zélé secrétaire ne devait pas se sentir très bien dans sa tête non plus, car ses écrits divers sont totalement incohérents.

Exemples : au chapitre II de son évangile, il fait naître son héros en l’an 6, puis au chapitre III, il prétend que celui-ci a 30 ans « l’an XV du principat de Tibère César… » c’est à dire en l’an 28 ou 29 (versets 1 et 23).

Au chapitre I des Actes, il prétend que le ressuscité s’est fait voir 40 jours, alors qu’au chapitre XXIV de son évangile, l’apparition n’aurait duré qu’une seule journée.

Fâché avec les calculs les plus élémentaires, le toubib secrétaire est tout aussi nul en histoire. On lui doit une bourde monumentale, un anachronisme révélateur du caractère entièrement fictif des récits chrétiens. En effet au chapitre V, 36-37 des Actes on peut lire :

Avant ces jours-ci, en effet, Theudas s’est levé ; c’était soit-disant quelqu’un et un nombre d’environ quatre cents hommes penchaient pour lui ; il a été supprimé et tous ceux qui lui faisaient confiance ont été défaits et réduits à rien.

Après lui s’est levé Judas le Galiléen, dans les jours du recensement ….

(les citations des Actes proviennent du « Nouveau Testament » La Pléiade, éditions Gallimard 1971)

Or la révolte de Theudas eut lieu 40 ans après le soulèvement de Judas le Galiléen lors du recensement de l’an 6, et non avant. De plus, cette bavure de taille est mise dans la bouche du célèbre Gamaliel vers les années 30 ou 33, or ce grand Sage n’était pas voyant et il ne pouvait pas évoquer une révolte qui aura lieu 10 ans plus tard. En conclusion l’évangéliste, zélé secrétaire de Paul, est aussi une invention littéraire plus tardive. Et c’est par conséquent à une équipe de scribouillards que l’on doit l’introduction de Saül-Paul dans l’histoire de l’humanité.

800pxhebron001.jpg

Tombeau des Patriarches à Hébron

Saül fait son entrée

Le futur Paul fait son apparition au chapitre VII verset 58 des Actes. C’est un jeune homme, un ado à qui est confiée la garde de vêtements. Il n’est pas majeur puisque selon la Loi (Torah), il aurait du participer à lapidation de l’apôtre Etienne, sujet dudit chapitre.

De ce même chapitre, on peut d’ailleurs conclure que les rédacteurs du texte n’ont qu’une idée approximative de la Torah en question. Quelques versets plus haut (14-16), ils font proclamer au futur lapidé une preuve éclatante de leur inculture crasse. Je cite :

14 – Joseph a donc fait venir Jacob son père, et toute sa parenté : soixante-quinze âmes.

15 – Et Jacob est descendu en Egypte, où il est mort, ainsi que nos pères ;

16 – ils ont été transférés à Sichem et déposés dans le tombeau qu’Abraham avait acheté à prix d’argent aux fils d’Emmôr à Sichem.

Trois versets, trois âneries…

1 – C’est soixante-dix individus de la maison de Jacob qui se trouvèrent réunis en Egypte, pas soixante-quinze (Gen. XL, 27)

2 – Les restes de Jacob ont été transférés non pas à Sichem mais à Hébron, dans la caverne du Champ de Makhpéla (Gen. L,13)

3 – C’est Abraham qui avait acheté cet emplacement comme possession funéraire à Ephron le Héthéen (Gen. XXIII, 16-20).

Seul Joseph, comme Josué ultérieurement,  sera enterré à Sichem, là où Jacob avait acheté un champ pour cent « qessita » (Gen. XXXIII, 19).

A défaut d’erreurs dues à une méconnaissance incroyable des Ecritures, on peut voir dans ces trois versets, une tentative de captation d’héritage.

mtgarizimetmtebalvusdelesttbn011300wr.jpg

Sichem (Aschkel.info/)

Paul

Au chapitre VIII des Actes, le gamin gardien de vêtements prend soudain du culot :

3 – Quant à Saül, il malmenait l’église, entrant dans les maisons etc..

Au chapitre IX, il s’enhardit jusqu’à demander au grand prêtre des lettres « pour les synagogues de Damas, afin de lier hommes et femmes qu’il trouverait dans cette voie et de les amener à Jérusalem. »

Sur le plan purement historique voilà une totale incohérence ; dans les années 30, jamais un Grand Prêtre de Jérusalem n’aurait pu légitimement et légalement déléguer un émissaire, pour aller exercer une opération de police à caractère religieux, dans une province de l’Empire appartenant à une autre juridiction.

Les rédacteurs des Actes ne sont pas à une anomalie près, comme en témoigne la suite :

Actes IX

3 – Il y alla et, comme il approchait de Damas, une lumière du ciel l’éblouit soudain

4 – et, tombant par terre, il entendit une voix qui disait : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu ?

7 – Les hommes qui l’accompagnaient s’étaient arrêtés, stupéfaits d’entendre la voix et de ne voir personne.

La même mésaventure rapportée en Actes XXII

9 – Ceux qui étaient avec moi ont bien vu la lumière mais ils n’ont pas entendu la voix de celui qui me parlait.

Puis en Actes XXVI

14 – Nous sommes tous tombés par terre et j’ai entendu une voix qui me disait en hébreu : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu …

Récapitulation :

1) Saül tombe à terre ; ses copains entendent la voix et se posent des questions.

2) Les copains n’ont rien entendu mais ils ont vu la lumière.

3) Tout le monde par terre, et seul Saül entend une voix.

Trois versions différentes du même épisode capital dans les Actes des apôtres. Par contre, dans l’épître aux Galates dans laquelle le personnage raconte sa vie, il évoque des visites à Damas sans aucune allusion à l’événement : pas de lumière, pas de voix ni de conversation avec un fantôme.

Le sujet est inépuisable. Parmi les anomalies sur ce personnage allégorique on peut remarquer qu’il est à la fois jeune et vieux, grand et petit, beau ou laid. Malgré son secrétaire médecin, il est toujours malade, mais il guérit les autres.

b40dd3396e.jpg

La mer Adriatique (futura-sciences)

 

L’auteur ou les auteurs des Actes, aussi nuls en géographie qu’en histoire ou en calcul, situent l’île de Malte dans l’Adriatique.

Paul prétend qu’il est citoyen romain parce qu’il est né à Tarse en Cilicie. Or Tarse ne sera colonie romaine que 100 ans plus tard. A ce propos, Jérôme cite une tradition qui indique que les parents de Paul auraient été originaires de Gischala, bourgade de Galilée qu’en bon chrétien cultivé, il situe en Judée.

Paul supposé élève de Gamaliel (Actes XXII,3) n’est pas fichu de reconnaître et d’identifier son successeur (XXIII,5), par les attributs de sa fonction, costume et ornements rituels.

Les Actes se terminent sur une scène psychédélique et irréaliste où l’on voit le personnage, vulgaire prisonnier, dialoguer avec le gouverneur, le roi Agrippa et la reine Bérénice… avant d’être embarqué pour Rome, via l’île de Malte dans l’Adriatique, bien entendu.

cartemalte.gif

L’île de Malte, loin de l’Adriatique

Une invention nommée Paul

« Comme celle de Jésus, la biographie de Paul contient contradictions, invraisemblances, références aux Ecritures et arrière-pensées théologiques. La littérature chrétienne primitive a produit de faux écrits de Paul comme elle a produit les évangiles »  (Nicolas Bourgeois)

Raymonde Reznikov

Bibliographie

Prosper Alfaric, Jésus a-t-il existé, Coda 2005

Nicolas Bourgeois, Une invention nommée Jésus, Aden, Bruxelles 2008

Maurice Mergui, Paul à Patras, Objectif Transmission, Paris 2008

Voir les articles: Paul à Patras et de Saül à Paul (12 et 16 août 2009)

Sur Sichem voir: aschkel.info/ (A la découverte d’Israël)

 


Autres articles

Répondre

Fanatique d'esprit |
Scravic |
New EVENING Newcastle CHRON... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Archives Montségur 09
| Paroles de Soie
| club des alices noire