Archive pour mars, 2010

De Pâque à Pâques

 

De Pâque à Pâques

Par Raymonde Reznikov

Les évangiles et leur suite, Actes, Lettres etc. sont une fiction littéraire farcie de références astrologiques sur un arrière-plan historique. Les rédactions successives des épisodes du feuilleton s’échelonnent depuis l’époque d’Alexandre Jannée, 100 ans avant l’ère vulgaire, et se prolongent au delà de l’an 888 de Rome (révolte de Bar Koziba  en 135) au gré des évènements politiques et des polémiques.

L’ensemble des multiples éléments, après avoir été censuré, a été traduit en grec puis compilé sous Constantin par l’équipe du faussaire Eusèbe de Césarée. Les épisodes rejetés, échappés à la destruction, sont devenus ce qu’on appelle « les Apocryphes ».

Durant des siècles, l’Eglise Romaine a sévèrement veillé à ce que le « Vulgum pecus » n’ait pas accès à ses textes sacrés, et pour cause ! Au V° siècle, Augustin lui-même, n’hésitait pas à écrire : « S’il n’y avait pas l’autorité de l’Eglise, je ne croirais pas à l’Evangile ». Cependant vint un temps où la dite autorité n’a plus suffi, et parmi le troupeau bêlant des brebis se sont levés de combatifs béliers, heureux d’envoyer paître leurs pasteurs auto-proclamés. Les textes fondateurs ont été traduits, diffusés, puis étudiés, décryptés, et parfois même compris. Devant la menace de l’effondrement de sa puissance temporelle, l’Eglise Romaine, embarrassée de ces quatre évangiles, prétendus inspirés bien que contradictoires et inconciliables, a répondu par la terreur. (voir « L’imposture christique », article du 7/06/2009).

« S’il est une chose évidente entre toutes, mais où le plus puissant des intérêts théologiques fait que l’on s’aveugle inconsciemment ou volontairement, c’est l’incompatibilité profonde, irréductible, du quatrième évangile avec les synoptiques. Si Jésus a parlé et agi comme on le voit agir et parler dans les trois premiers évangiles, il n’a pas parlé et agi comme on le voit agir et parler dans le quatrième. »

Voilà ce qu’écrivait le 12 juin 1907, l’abbé Alfred Loisy, professeur d’hébreu excommunié, à un cardinal de la commission pontificale des études bibliques.

Laissons pour le moment de côté le quatrième évangile totalement inconciliable avec les trois autres dits synoptiques. Le héros n’a pas le même âge et les évènements ne peuvent avoir eu lieu la même année ; simple détail n’est-ce pas ?

Voyons ce que rapportent ces textes à propos du principal mythe fondateur du christianisme. (voir « Les Sacées » article du 28/10/2009).

templejerusalem2.jpg

Temple de Jérusalem, photo terredisrael.com

Chronologie des événements

Rappel : Le psychodrame se déroule à Jérusalem. Les acteurs sont des Juifs respectueux de la Loi (Torah). Or cette Loi sacrée précise le strict rituel à observer pour Pâque (Pessa’h) :

Exode XII, 16 : Le premier jour (il y aura) convocation sainte pour vous ; en ces jours il ne sera fait aucun ouvrage.

22 : … Quant à vous que personne ne sorte de sa maison jusqu’au matin.

24 : Vous observerez cette chose ; un statut pour toi et tes enfants à perpétuité

XIII, 8 : Tu diras en ce jour à ton fils, savoir : (ceci a lieu) à cause de ce que l’Eternel m’a fait quand je sortis d’Egypte.

12 : Tu observeras cette loi en son temps, d’année en année.

Voir aussi Nombres IX, 2-4

(Traduction de Samuel Cahen, éditions Les Belles Lettres)

25983101153803254308100000790666874285175776458n.jpg

Anomalies évangéliques

La fameuse soirée et sa suite burlesque sont décrites par Mathieu du chapitre XXVI, verset 17 au chapitre XXVIII ; par Marc, du chapitre XIV verset 1 au chapitre XVI ; par Luc, du chapitre XXII verset 1 au chapitre XXIV. Résumons :

Le jeudi 14 Nissan au soir, le héros et ses comparses se retrouvent dans une salle située à l’étage d’une auberge pour le repas pascal.

Où sont les épouses et les enfants de ces personnages, qui à leur âge, devaient être obligatoirement mariés et déjà pourvus de progéniture ?

25983101157546587267100000790666874286712461704n.jpg

Extravagant

Ce premier soir de Pâque au rituel inviolable, il faut le rappeler, interdisant formellement de quitter « son lieu », voici tout à coup que la bande décide d’aller prendre l’air au parc municipal. Plus grave encore, cette seconde énormité : en pleine nuit sacrée on voit, selon Marc XIV-43, débarquer dans ledit Jardin, Judas suivi :

… de la part des grands prêtres, des scribes et des anciens, une foule avec des sabres et des bâtons.

Ensuite au cours de cette même nuit, la plus sainte de l’année, tout ce monde de noctambules rapplique chez le Grand Prêtre :

 et tous s’y rassemblent : grands prêtres, anciens et scribes selon Marc XIV-53 ;

ou selon Mathieu XXVI-57 :  chez Caïphe le grand prêtre, où les scribes et les anciens s’étaient rassemblés.

C’est à dire selon ces reporters inspirés, les 70 juges du Sanhédrin, les plus hautes autorités du Judaïsme de l’époque, auraient ainsi quitté leur demeure et leur famille, la nuit en pleine célébration de la plus sacrée des fêtes, pour s’occuper d’un hurluberlu qui aurait pu sans problème croupir en prison en attente d’un jugement.

25983101153793254309100000790666874285141243547n.jpg

Le procès

L’histoire tourne à la pantomime. Alors que la loi interdisait les séances nocturnes d’un tribunal jugeant en matière criminelle, Mathieu et Marc font comparaître le prévenu la nuit même pour une première audition, puis dans la foulée le matin du jour sacré et chômé de Pâque, pour une seconde audience (Mat. XXVII-1 et Mc. XV-1). Pour Luc, il n’y a qu’une seule comparution (XXIII-66) avec ensuite un transfert chez Pilate, puis ce brillant chroniqueur fait promener tout le monde de chez Pilate à chez Hérode avec un retour chez Pilate ; des impossibilités historiques totales.

Mais l’affaire est entendue : condamnation à mort. Or la procédure en vigueur interdisait la proclamation d’une sentence de mort le jour même de l’interrogatoire. Quant au motif de la condamnation, le blasphème, il est inconsistant. Se prétendre « Fils du Béni » ou fils de dieu, chez les Juifs ou chez les Romains de cette époque, n’a jamais été considéré comme un blasphème.

2598310115455658756610000079066687428524608569n.jpg

En résumé, le mythe fondateur du christianisme a été édifié sur une accumulation d’anomalies, d’invraisemblances et de contradictions. On comprend mieux l’acharnement des autorités du christianisme contre les Juifs, ces témoins gênants capables en quelques mots de démontrer la supercherie et l’inconsistance de ces fables. On comprend mieux aussi pourquoi les papes ont voulu à plusieurs reprises faire disparaître le Talmud dont une lecture, même superficielle, mettait en évidence les incohérences des textes chrétiens. On comprend aussi pourquoi la lecture des « Ecritures » a été longtemps interdite aux simples fidèles.

25983101157783253910100000790666874286762789353n.jpg

Les reproductions du célèbre tableau de Léonard de Vinci proviennent du site: tranchesdunet.com

 Ne pas hésiter à cliquer sur les images pour les agrandir, ça vaut la peine…

Commentaire de Neutrinos:

Relevée dans l’ouvrage de Michel Gozard: Jésus ? Une histoire qui ne peut pas être de l’histoire, cette belle invraisemblance:

“En voici une seule de belle taille. Matthieu (27, 62-66) nous raconte ceci: pour ne pas que les disciples dérobent le corps de Jésus afin de faire croire à sa résurrection, des grands prêtres et des pharisiens seraient allés voir Pilate pour réclamer une garde auprès du tombeau. Quand cela se passe-t-il ? “le lendemain, qui était le jour après la Préparation”, c’est à dire le jour du sabbat!
A qui fera-t-on croire que ce jour-là (où il ne faut se livrer à aucune activité profane), des grands prêtres (censés être au Temple à ce moment-là) et des pharisiens (gens obsédés par les interdits rituels) ont pu s’assembler chez Pilate (alors que la fréquentation des non-Juifs est à éviter), se rendre ensuite avec des gardes romains auprès d’un tombeau (lieu d’un haut degré d’impureté) pour y mettre des scellés ? Et ça après avoir vérifié la présence du corps et son identité, sinon toute l’opération est inutile. En faisant violer le sabbat par des autorités religieuses le rédacteur a oublié le bon sens le plus élémentaire et, avec lui, des générations de lecteurs, car peu de monde a relevé la consternante naïveté de cet épisode.”

 

Commentaire de Perahya

Je veux bien que les 72 juges du Sanhedrin, indispensables pour juger dans un procès qui pouvait finir en condamnation à mort, aient abandonné le seder de Pessah en plein milieu.

Je veux bien qu’ils aient siégé au Temple un jour férié quand le tribunal a l’interdiction de siéger. Je veux bien qu’il n’aient pas respecté les procédures les plus élémentaires et qu’il aient expédié les témoins en deux coups de cuillère à pot.

Je veux bien que le soit disant blasphème d’un rigolo ait mis sens dessus dessous tout le way of life d’un peuple, en commençant par les plus hautes autorités.

Par contre, un détail me chagrine. Comment ont-ils fait les 72 juges pour communiquer entre eux à la vitesse de la lumière et arriver des quatre coins du territoire pour profaner allègrement toutes ces lois…. à l’époque où les fax, les portables, les voitures de course et les hélicoptères n’étaient pas encore l’apanage des super héros?

Ces personnages romanesques ne sont même pas de la mythologie, ils sont carrément de la science fiction!

Mer Rouge

 

Mer Rouge

Par Raymonde Reznikov

Pêche sous-marine

Les jours prochains, la Mer Rouge fera la Une de l’actualité religieuse. Mais quelle Mer Rouge ?

Que se cache-t-il sous ces deux mots lorsqu’il est question de la traversée des Hébreux sous la conduite de Moïse ?

Dans le texte original, il n’est jamais question de Mer Rouge (pas plus que du Nil d’ailleurs), mais de YaM SWPh (Yam Souph), Mer de Joncs ou Mer de Roseaux, ים-סוף.

Dans le TaNaK, (Bible), l’expression est employée 16 fois dont 11 fois dans la Torah (Pentateuque).

5 fois en SheMWTh (Exode) : ch. 10 verset 19, ch. 13 v. 18, ch. 15 v. 4 et 22, ch. 23 v. 31.

3 fois en BeMiDBaR (Nombres) : ch. 14 v. 25, ch. 21 v. 4, ch. 33 v. 11

3 fois en DeBaRYM (Deutéronome) : ch. 1 v. 40, ch. 2 v. 1, ch. 11 v. 4

Puis on trouve YaM SWPh en YHWSh (Josué) : ch. 2 v. 10, ch. 4 v. 23, ch. 24 v. 6

En I MeLaKhYM (Rois) : ch. 9 v. 26,

Et enfin dans le Psaume 106 au verset 7.

carteeratosthne.gif

Carte du monde d’Eratosthène (-276-192)

Traduction, trahison

Il y a là un fâcheux détournement du sens premier de l’expression et l’effacement complet de ses significations associées. Les traducteurs pourraient au moins respecter les intentions de « l’Auteur » du texte.

D’où vient ce nom de Mer Rouge ?

Comme toutes les âneries, elle a son origine dans la version grecque des « 70 » (Septante), dans laquelle les mots YaM SWPh ont été traduits par Erythra, έρυθρά (rouge) et Talassa  θάλασσα (mer). Or au troisième siècle avant l’ère vulgaire, c’était tout l’Océan Indien que l’on nommait Mer Erythrée… Eratosthène, le savant contemporain, celui qui a évalué le méridien terrestre à 252 000 stades, appelait la Mer de Joncs : Le Golfe Arabique. Les historiens et géographes qui l’ont suivi, Strabon, Diodore, Pline l’Ancien, Ptolémée etc. feront de même.

Quand on sait que le mot SWPh, Souph, prononcé Soph, c’est la fin ou l’extrémité et que la valeur numérique de ce mot : 60+6+80 = 146 comme celle du mot ÂWLaM (70+6+30+40) qui signifie l’éternité ou même l’Espace-Temps, il y a de quoi être rouge de honte.

YaM SWPh : 50+146 = 196 soit 28×7, 49×4, ou encore 14×14. L’expression citée 11 fois dans la Torah peut aussi suggérer les rapports entre les nombres 14 et 11 en liaison directe avec 22/7. Un cercle de diamètre 14 a le même périmètre qu’un carré de côté 11.

14/11 est la racine carrée du « Nombre d’Or », d’où l’importance du nombre 154 (11×14).

Avec une traduction aussi stupide, il reste peu d’espoir de détecter les multiples sens cryptés dans le texte. Laissons donc ladite Mer Rouge à nos modernes idolâtres et aux amateurs de pêche sous-marine.

thumbnailsphp.jpg

Cliquer sur les images pour agrandir

Commentaire de Akhsah Caleb

Relativité

La déchirure de la Mer de Jonc, YaM SWPh, peut se lire comme une déchirure du temps, ou de l’espace-temps. C’est ainsi que le Rabbi Moshe ‘Hayim Luzzatto (RAMHAL) a lu le texte de Exode XIV.

Dans un commentaire du Ramhal, on peut lire :

« Le Ramhal nous révèle que non seulement la Mer s’est ouverte, mais aussi l’échelle du temps. D.ieu leur a permis de voir toute l’histoire de l’humanité, depuis les exils successifs jusqu’à la rédemption finale (…)

Cet événement de la déchirure de la Mer Rouge est pour D.ieu le moment adéquat pour « déchirer » devant son peuple toute la dimension de la temporalité et de leur faire voir l’évolution de l’humanité à travers l’histoire. »

(Rav Mordékhaï Chriqui, Dr. Avraham-Gilles Morali : L’Essence de la Torah, éd. Ramhal)

C’est peut-être pour cette raison que la première mention du Shabbat, sanctification du temps, symbole de l’éternité et du Monde à Venir fait suite dans le texte au partage de la Mer de Jonc.

 

Le mot HaYaM, la mer, a pour valeur numérique 55

Il est question de diviser la mer.

Le nombre 55 a pour diviseurs : 1 + 5 + 11 + 55 = 72

72 est la valeur du mot ‘HeSeD, la clémence

Les parties aliquotes de 55 :1 + 5 + 11 = 17

En Exode II, 2 MoSheH (Moïse) est qualifié de bon, TWB = 17

L’expression « Les eaux se fendirent » (Ex XIV, 21) :

WaYiBaQÂW HaMaYiM a pour valeur numérique :

194 + 95 = 289, c’est à dire 17 au carré.

 

A la découverte de Newton

Vient de paraître : La Perruque de Newton

Par Raymonde Reznikov

Dans ce quatrième volume de la série Les Bâtisseurs du ciel, l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet retrace la vie et les parcours philosophique et scientifique de ce génie dont les travaux ont eu une influence particulièrement féconde sur l’évolution de l’humanité.

n3586537110157212.jpg

Extraits de la quatrième de couverture

« Que se cache-t-il sous la haute et lourde perruque d’Isaac Newton ? Un cerveau d’exception, bien sûr, qui a dévoilé les lois de la gravitation universelle, et publié le plus grand livre scientifique de l’Histoire. Mais aussi un crâne dégarni, tant par les vapeurs de soufre et de mercure de ses expériences alchimiques que par les nuits d’insomnie passées à relire les Ecritures pour calculer la date de l’Apocalypse. Le fondateur de la science moderne et rationnelle a, en effet, consacré plus de temps à mener des expériences alchimiques, à étudier la théologie qu’à pratiquer les sciences naturelles. »

En effet, on sait que 72% de ses publications furent consacrées à ses expériences d’alchimie et à ses réflexions théologiques. Curieusement pour l’époque, son christianisme niait « l’hérésie trinitaire » et rappelait les thèses d’Arius condamnées au Concile de Nicée .

Pour Newton les Anciens : « avaient eu une connaissance du vrai système physique de ce monde et cette connaissance ne pouvait être acquise que lorsque tout le système avait été retrouvé grâce à un raisonnement inductif rigoureux et grâce à la méthode expérimentale. Newton était tellement persuadé de ce point de vue qu’il avait l’intention, à un moment, d’ajouter des notes classiques à sa seconde édition des Principia pour démontrer que les propositions qu’elle contenait avaient déjà été comprises par un certain nombre d’auteurs anciens » (P. M. Rattansi, cité dans Sensorium Dei, J. Zafiropulo et C. Monod, Les Belles Lettres, 1976).

Newton estimait que les Pythagoriciens devaient avoir connu la loi de la gravitation universelle. Il fut aussi à l’origine de la théorie corpusculaire de la lumière dont il voyait les rayons composés de séries de balles minuscules, des ancêtres de nos photons….

imagephoton.jpg

Un photon (Futura-Sciences)

Jean-Pierre Luminet nous décrit de manière savoureuse les crises de rage froide de son héros lorsque celui-ci s’aperçoit qu’il a été devancé par un autre chercheur lors d’une découverte. On peut se demander si Newton a connu ce passage du Sepher HaBahir, le Livre de la Clarté, ouvrage rendu public vers le XIIème siècle en Languedoc :

§ 13 : Rabbi Bun vint encore à interpréter le verset (Isaïe 45,7) : « Il forme la lumière et crée les ténèbres. » C’est à propos de la lumière qui est dotée de substance….

Newton puisa peut-être aux mêmes sources que le Rabbi :

« D’ailleurs, toutes les réponses étaient là, chez Pythagore et Isaïe, dans les livres de Job et de Daniel, mais surtout dans le Pentateuque, le livre de Moïse. Ils savaient tout, ces géants. Dieu le leur avait révélé. Derrière l’apparente incohérence de leur pensée, ils détenaient la Vérité, mais ils l’avaient dissimulée sous un langage ésotérique , fait de symboles ne pouvant être compris que par les initiés. » (Jean-Pierre Luminet, op. cit.).

n1000007689794825301.jpg

Jean-Pierre Luminet :  Les Bâtisseurs du ciel, JC Lattès éditeur

I – Le Secret de Copernic, 2006 et Livre de poche, 2008

II – La Discorde céleste, 2008 ; Livre de poche, 2009

III – L’œil de Galilée, 2009

IV – La Perruque de Newton, mars 2010

Voir aussi l’article du 30/06/09 : Sur les traces de Johann Kepler

Note du 6/02/2011

Sur un aspect insolite de la personnalité de Newton (merci Akhsah):

http://ravmordekhaibitton.over-blog.com/article-newton-un-presque-juif-chez-les-anglais-65590444.html

Autour du Catharisme (2)

Autour du Catharisme (seconde partie)

Par Raymonde Reznikov

Le Mont Aimé

A 25 kilomètres environ, au sud d’Epernay, dans le département de la Marne, sur le territoire de la commune de Bergères-les-Vertus, s ‘élève le Mont Aimé, à modeste altitude certes (240 m), pourtant le statut de haut lieu de cette colline a perduré à travers les siècles.

En septembre 1815, le tzar Alexandre 1er, alors sous l’influence de la baronne de Krüdener, a choisi cet emplacement et nul autre, pour passer en revue ses troupes et préparer le traité de la Sainte Alliance en compagnie de l’empereur d’Autriche et du roi de Prusse. Durant plus de dix jours, 150 mille soldats originaires de Russie, d’Ukraine, de Crimée ou de Sibérie, campèrent dans les plaines environnantes. Les trois souverains logèrent au village de Vertus, chez un habitant : le docteur Poisson, ça ne s’invente pas !

Une éblouissante parade, qui provoqua des commentaires admiratifs de Wellington, eut lieu le 10 septembre. Le lendemain, jour de sa fête, le tzar réunit ses invités au lever du soleil sur la butte de Cormont, face au Mont Aimé, pour assister à une messe solennelle célébrée en plein air par 7 prêtres, sur 7 autels, devant les 150.000 soldats sans armes, rangés en 7 carrés ; ça non plus, ça ne s’invente pas !

« Ce jour-là a été le plus beau jour de ma vie, jamais je ne l’oublierai » confia Alexandre à Madame de Krüdener inspiratrice de l’événement. Les villageois de Bergères ne l’ont pas oublié non plus.

montaime1.jpg

Le Mont-Aimé (www.sezanne-tourisme.fr)

Gargantua

En 1815, on ignorait encore tout des milliers de sépultures de l’âge du fer, des tombes celtiques et des nécropoles archaïques encore cachées sous la craie champenoise autour du Mont Aimé. Mais la rumeur populaire colportait bien des légendes, dont certaines en rapport avec la tradition celtique.

Gargantua, dit-on, passant un jour par la Champagne, secoua ses bottes et, en tombant ses dépattures formèrent deux collines : le Mont Aimé et son voisin le Mont Août. Rabelais n’a pas inventé son personnage de Gargantua. Celui-ci était une ancienne divinité gauloise, sûrement préceltique, apparentée ensuite par les Celtes à leur dieu solaire Bélénos, comme des légendes tardives le laissent supposer. Le géant Haemos lui, élevait des montagnes en lançant des rochers.

Au XII° siècle, le village de Vertus est signalé par le chroniqueur poète Guillaume de Saint-Pair en tant que relais sur l’itinéraire des pèlerins qui se rendaient du Mont-Saint-Michel de Normandie au Mont Gargano dans les Pouilles. Ces deux sanctuaires, avant d’être récupérés par l’Eglise et dédiés à l’archange solaire Michel, étaient consacrés à Bélénos ou à son présumé fils Gargan. Ce dernier, sous le nom de Gargantua fut, à une époque indéterminée, identifié à Saint Blaise, l’Arménien, en tant que patron des bâtisseurs et des tailleurs de pierre. Pour rappeler cette tradition, Rabelais, le bénédictin, a pris soin de faire naître son héros le 3 février, jour de la Saint Blaise. Curieusement, à l’instar de Borée, Blaise l’Arménien gouverne les vents, tous les vents…

Savoir de géant et tradition de bâtisseurs sont souvent associés. Au Mont-Aimé, on prétend qu’autour de l’an mille, une confrérie d’artisans était installée sur l’ancien oppidum. Gerbert d’Aurillac, le futur pape Sylvestre II, aurait été accepté comme membre de cette confrérie et initié alors qu’il enseignait les sciences du Quadrivium à Reims.

1421.jpg

Gerbert d’Aurillac

Ecolâtre à Reims en 978, Gerbert enseignait aux élites intellectuelles de son temps les mathématiques : la géométrie, l’arithmétique, l’astronomie et la musique. C’est à lui que l’on doit l’introduction en Europe du Nord des chiffres sanscrits, dits chiffres arabes, qu’il avait appris au monastère de Vich en Catalogne, auprès de l’évêque Hatton, un astronome réputé. C’est à cette époque qu’il aurait été « accepté » par des compagnons travaillant à la cathédrale dans une « loge » du Mont-Aimé.

En 983, Gerbert est nommé abbé  du monastère de Bobbio en Lombardie, un monastère fondé par l’irlandais Colomban, celui à qui justement le pape Grégoire le Grand avait offert l’objet sur ivoire représentant Orphée.

En 985, le futur pape revient à Reims où pendant plusieurs années il va s’occuper de manœuvres politiciennes destinées à favoriser l’usurpation du trône de France par Hugues Capet, et destinées surtout à évincer les derniers rois Carolingiens descendants de Maires du Palais aux origines assez troubles. En récompense, il sera nommé archevêque de Reims en 991.

Le 28 juin, Gerbert l’archevêque prononce alors une étrange profession de foi, qui nous a été conservée au milieu de 286 documents signés de sa main. Cette profession de foi ressemble à la défense d’un  hérétique accusé de docétisme, de manichéisme, de catharisme :

Je crois qu’il a souffert la vraie passion de sa chair, qu’il est mort de la vraie mort corporelle… »

Je le crois seul et même auteur, Seigneur et Dieu du Nouveau et de l’Ancien Testament.

Je ne défends points les noces, je ne condamne pas les seconds mariages, je ne blâme pas l’usage des viandes.

Je suis persuadé que le baptême efface tous les péchés…

Je soutiens qu’il n’y a point de salut hors de l’église catholique.

En 999, Gerbert devint le pape Sylvestre II. Il mourut en 1003 et entra dans la légende, comme magicien. C’est pourquoi, en 1648, on fit ouvrir son tombeau pour voir si le diable ne l’occupait pas…

Au temps de la splendeur soviétique, les guides de l’Intourist ne manquaient jamais de révéler aux touristes occidentaux en visite à Leningrad, qu’à l’ouverture des cercueils des Tzars en 1933, celui d’Alexandre était vide.

200pxalexanderiofrussia.png

Le tsar Alexandre I

Abeilles, chiens, et hérétiques

En 1145, des chanoines de Liège écrivent au Pape Lucius II :

De Mont-Aimé, nom sous lequel on désigne une localité de France, on sait qu’une hérésie s’est répandue dans tous les pays…

Cette hérésie est divisée en degrés. Elle a des auditeurs qui sont initiés à l’erreur ; des croyants, déjà abusés, et des « chrétiens » ; elle a des prêtres et les autres prélats comme nous. Les blasphèmes de cette néfaste hérésie consistent à nier la rémission des péchés dans le baptême, à réputer vain le sacrement du corps et du sang du Christ, à dire que l’imposition des mains de l’évêque n’apporte rien, que personne ne reçoit le Saint-Esprit sans les mérites préalables de bonnes œuvres, à condamner le mariage, à prêcher qu’il n’y a d’église catholique que chez eux, à considérer tout serment comme un crime… »

La première histoire officielle concernant l’implantation d’une hérésie près du Mont-Aimé, est celle de Leutard, un paysan contemporain de Gerbert. Raoul le Glabre, moine de Cluny, rapporte ainsi l’étrange aventure du personnage :

Il y eut vers la fin de l’an mille un homme du peuple en Gaule, à Vertus dans le pays de Chalons, nommé Leutard. Comme le montra la fin de l’affaire, on put penser qu’il était messager du diable… Il était seul un jour dans un champ, occupé à des travaux agricoles. Endormi par la fatigue, il voit un grand essaim d’abeilles lui entrer dans le corps par une voie naturelle, qu’on cache ; ressortant par la bouche en grand tapage, elles l’excitaient par des piqûres répétées, et après l’avoir longtemps excité, paraissaient parler et lui ordonner de faire beaucoup de choses impossibles aux hommes.

Il se réveille fatigué, vient chez lui, se sépare de sa femme en la répudiant comme par un précepte de l’évangile. Il sort, comme pour aller prier, entre dans l’église, et se saisissant de la croix et de l’image du sauveur, il les brise…etc..

abeille1.gif

(dinosauria.com)

Voilà des abeilles bien coquines échappées au contrôle d’Eumolpos et d’Aristée. Le malheureux Leutard fit des adeptes en grand nombre, puis convaincu d’hérésie, il finit par se suicider en se jetant dans un puits du village de Vertus.

Deux cents ans plus tard, un dominicain, Etienne de Bourbon, nous raconte la suite :

J’ai entendu dire que, dans le diocèse de Chalons, aux environs du Mont-Aimé (Montem Hysmerum), vivait une manichéenne âgée, du nom d’Aubrée. Fidèle à ses faux principes, elle ne mangeait ni viandes, ni œufs, ni fromage, et s’abstenait encore d’autres aliments selon la doctrine de sa secte… »

Dans ses chroniques, Etienne, qui écrit en latin, appelle le Mont-Aimé : Mons Hysmerus. C’est encore à ce prélat friand d’anecdotes que l’on doit l’épisode suivant :

 … Que des hommes sains d’esprit entrent dans une taverne, l’ivresse les rendra fous et ils deviendront pour ainsi dire la proie du démon. Là, ils se déchireront et se lacéreront au milieu des querelles et des rixes, comme feraient des chiens. Ils ressemblent à ces chiens dont nombre de personnes du pays champenois m’ont narré ce qui suit : vers l’an 1230, au pied du château du Mont- Aimé (Mons Ismeri), appartenant au comte de Champagne, des chiens se réunirent des différentes parties de ce pays. Ils se précipitèrent les uns sur les autres et s’entr’égorgèrent. Peu après, en ce même endroit, furent arrêtés 180 manichéens environ. J’ai assisté moi-même à l’interrogatoire que les prélats de France leur firent subir sur ce mont, où ils furent jugés, condamnés et brûlés. »

img141.jpg

En effet cela se passait le vendredi 13 mai 1239. On connaît plus de détails sur cette affaire par le récit du cistercien Aubry des Trois Fontaines qui qualifie les victimes de : « graine néfaste de Canaan » qu’il dit implantée sur le site depuis le V° siècle. On sait que les malheureux avaient été arrêtés à la foire de Provins, capitale de Thibaut de Champagne, mais cité placée sous le contrôle policier des Templiers. Pour ces derniers, 70 ans plus tard, un certain vendredi 13 ne leur a pas porté chance non plus. Ce genre de retour de bâton s’appelle « karma collectif ».

theobaldivofchampagne.gif

Sceau de Thibaut IV de Champagne

Si depuis Aubry des Trois Fontaines la fin tragique des hérétiques du Mont-Aimé a été souvent étudiée et analysée, l’affaire des chiens n’a pas inspiré beaucoup de commentateurs. On comprend que les historiens sérieux et pontifiants aient été gênés par l’aspect insolite de ce fait divers pourtant hautement médiatique. Il s’est pourtant trouvé un témoin, Philippe Mousket, qui relata le scoop en langue vulgaire de l’époque, style « Les Visiteurs » :

             Puis que Dieux fit ciel et nues (sic)

             Sont maintes coses devenues

             Et encore moult en avenra :

             Ki pora vivre, s’es vera,

             Comment que siecle soit doutans.

             Quar il n’a mis encore lonc tans.

             Que de C liuwes s’asanblerent

             Trestout li kien et aûnerent

             Viers Mont Huimer, petit et grant,

             Et saciés qu’il en i ot tant

             Que li païsant s’en douterent

             Et à C mille les esmerent,

             Et quant là furent embatut

             Si se sont entre eux combatut,

             Si que li uns l’autre estranla,

             A painnes que nus s’en rala.

             Toutes voies X en alerent,

             Qui moult malmis en escaperent

100 et 10 en latin, sûr que Philippe ne connaissait pas Gerbert d’Aurillac ! En résumé, disons que 100.000 chiens sans leurs maîtres (encore heureux, sauf pour le tavernier), sont venus au Mont-Aimé dans le seul but de se flanquer une pâtée mémorable. Si on compte bien, on voit que 99.990 toutous restèrent sur le pré, où de nos jours pousse le raisin champenois. Evoé Dionysos, Aristée avec nous !

62983.jpg

Portail de l’église où figure le combat des chiens

Photo de Gaud Menguy (linternaute.com)

Sur le portail sud de l’église de Bergères les Vertus une sculpture de pierre rongée par le temps, rappelle ce mémorable événement. A propos de canidés, sur la pente nord du Mont-Aimé, il existe une source qui devait déjà couler au temps de Gargantua ; elle a été baptisée fontaine Saint-Leu. La commune de Bergères l’entretient avec beaucoup de soin ; nous voilà entre chien et loup !

cartespostalesphotosfontainedumontaimebergereslesvertus5113042120070706w3g8v4p9c9n4l4n2i5u31maxi.jpg

Fontaine Saint-Leu (communes.com)

Il est impossible ici d’évoquer toutes les légendes merveilleuses concernant cette modeste colline. Charlemagne y aurait été assiégé par des Grecs de Constantinople, à cause de Sybille, fille de Didier roi des Lombards qu’il avait eu la maladresse de répudier. On y rencontre les soirs de pleine lune le fantôme d’une Dame Blanche, ou de la Reine Blanche ; on peut encore y croiser la jument du diable, ou avec un peu de chance découvrir le Chariot d’Or.

Et puis ce détail insolite : Aubry ou Albéric des Trois Fontaines, mort en 1242, était un moine cistercien d’une abbaye proche de Saint-Dizier, et bien Leibniz, le saint patron de l’église gnostique de Princeton, s’est intéressé à lui. Il a prétendu que ce moine n’était pas français mais allemand. Ce qui est possible, les frontières à cette époque fluctuaient au gré des Seigneurs. Mais pourquoi diable, ou plutôt nom d’un Chien, notre supposé rose-croix s’est-il penché sur le cas d’Aubry des Trois Fontaines ? Peut-être parce que ce dernier au lieu d’écrire Mons Ismerus, ou Ymeri, ou Aymeri, ou encore Hysmerus comme son collègue Etienne de Bourbon, est allé chercher l’histoire d’un brigand nommé Widomar, converti au manichéisme en Lombardie par un certain Fortunat, adversaire de Saint Augustin.

Aimery cité en 1162, Yméri en 1219, Huiméri en 1220, Mons Hyméri en 1252, etc., toutes ces appellations évoquent aussi nos deux montagnes sacrées bogomiles. Pèlerins des Monts Gargan et Compagnons bâtisseurs, dévorants, chiens ou loups, connaissaient sûrement l’origine et le vrai nom de l’oppidum celtique, modeste réplique d’un haut lieu des Balkans ; Leibniz aussi peut-être.

Au cours des siècles, nombreuses furent les tentatives faites pour retrouver l’origine du nom du Mont-Aimé, un lieu insignifiant en apparence, pourtant lourdement chargé d’histoire. Certes les fantaisies des moines copistes n’ont pas facilité la tâche des chercheurs. Toutefois, nous savons grâce aux découvertes archéologiques que, à partir du V° siècle avant notre ère, un important courant d’échanges a existé entre les peuplades thraces ou celtiques du secteur des Balkans et les Gaulois champenois de la vallée du Petit Morain, vivant autour du Mont-Aimé. C’est donc par curiosité que j’ai consulté un dictionnaire de Grec (ancien), autant dire l’Anglais de l’époque.

Αΐμα (aîma) ou transcrit en caractères latins  hema veut dire sang, tout le monde le sait. C’est le sens premier du nom du mont Αΐμος (Haemos); diverses légendes mythologiques en expliquent la raison.

ίμερα (himéra), mot forgé par Platon d’après ίμερος (himéros) signifie la désirable, alors que himéros  c’est le désir, l’amour, l’attraction, celle entre deux créatures mais aussi celle du magnétisme universel, jadis symbolisé par le chien, ce grand aimant.

ήμέρα (héméra), c’est le jour ; ήμερίς  (héméris), la vigne cultivée et par extension, au figuré, la culture intellectuelle. Certains lieux doivent  être prédestinés !

fr51montaim.jpg

 Bibliographie:

Odile François (ancien maire de Bergères-les-Vertus, 1844 – 1929)

Etude historique et Archéologique sur le Mont-Aimé; seconde édition revue et augmentée par Gilbert Chérest, 1984.

Paulifolies

Philofolies

Pour le philosophe médiatique Michel Onfray, il ne fait aucun doute que le héros du christianisme est une fiction littéraire.

Dans la préface du « Jésus a-t-il existé » de Prosper Alfaric, dont il a parrainé une nouvelle édition, notre athéologue de service est affirmatif, il s’agit d’un personnage conceptuel, une fiction littéraire, je cite :

« Car Prosper Alfaric énonce clairement sa thèse : Jésus n’a jamais existé historiquement, il procède d’une forgerie humaine, très humaine, trop humaine. Et il en donne les détails : en dehors de ses thèses universitaires, son œuvre forte d’une douzaine de livres ne fut d’ailleurs que ça, détailler les mécanismes de cette affabulation, montrer par le menu la construction de cet édifice au destin incroyable sur des fondations de vent et de fumée… »

L’affaire est entendue, le ton est donné. Pourtant Michel Onfray, malgré sa connaissance apparente du sujet, semble admettre l’existence de Paul, personnage tout aussi imaginaire que le héros dont il vante les exploits :

« J’ai proposé un cours sur l’inexistence historique de Jésus et son rôle de personnage conceptuel, de fiction littéraire ; un autre sur l’hystérie de Paul de Tarse et son désir de névroser le monde afin de pouvoir (mieux) vivre avec sa tare psychique… »

Je soupçonne fort Michel Onfray d’avoir conservé un semblant de réalité à ce chantre du néant afin de pouvoir exploiter le filon des névroses engendrées par les élucubrations morbides semées dans les multiples missives dont il serait l’auteur. Ce qui a donné Le souci des plaisirs (Flammarion, Paris 2008). Aperçu de la quatrième de couverture :

« La névrose de Paul de Tarse, impuissant sexuel qui souhaite élargir son destin funeste à l’humanité tout entière, débouche sur la proposition d’un modèle à imiter : celui du corps du christ, à savoir un cadavre »

Ceux qui aiment la littérature porno-bobo ne seront pas déçus par l’ouvrage. Je préfère, pour ma part, suivre la voie ouverte dans la préface de l’ouvrage de Prosper Alfaric :

« Car connaître la  généalogie d’une fiction permet d’y mettre fin ; savoir comment marche une erreur autorise la production de nouvelles certitudes. »

Les Actes des apôtres

Les Actes des apôtres auraient été rédigés par un certain Luc, auteur présumé du troisième évangile. Luc, prétendu médecin syrien, aurait été le secrétaire de Paul. Un médecin secrétaire d’une allégorie sur le Shéol, royaume de la mort, on peut apprécier le sens de l’humour (voir article: Paul à Patras du 12/08/09). D’ailleurs le zélé secrétaire ne devait pas se sentir très bien dans sa tête non plus, car ses écrits divers sont totalement incohérents.

Exemples : au chapitre II de son évangile, il fait naître son héros en l’an 6, puis au chapitre III, il prétend que celui-ci a 30 ans « l’an XV du principat de Tibère César… » c’est à dire en l’an 28 ou 29 (versets 1 et 23).

Au chapitre I des Actes, il prétend que le ressuscité s’est fait voir 40 jours, alors qu’au chapitre XXIV de son évangile, l’apparition n’aurait duré qu’une seule journée.

Fâché avec les calculs les plus élémentaires, le toubib secrétaire est tout aussi nul en histoire. On lui doit une bourde monumentale, un anachronisme révélateur du caractère entièrement fictif des récits chrétiens. En effet au chapitre V, 36-37 des Actes on peut lire :

Avant ces jours-ci, en effet, Theudas s’est levé ; c’était soit-disant quelqu’un et un nombre d’environ quatre cents hommes penchaient pour lui ; il a été supprimé et tous ceux qui lui faisaient confiance ont été défaits et réduits à rien.

Après lui s’est levé Judas le Galiléen, dans les jours du recensement ….

(les citations des Actes proviennent du « Nouveau Testament » La Pléiade, éditions Gallimard 1971)

Or la révolte de Theudas eut lieu 40 ans après le soulèvement de Judas le Galiléen lors du recensement de l’an 6, et non avant. De plus, cette bavure de taille est mise dans la bouche du célèbre Gamaliel vers les années 30 ou 33, or ce grand Sage n’était pas voyant et il ne pouvait pas évoquer une révolte qui aura lieu 10 ans plus tard. En conclusion l’évangéliste, zélé secrétaire de Paul, est aussi une invention littéraire plus tardive. Et c’est par conséquent à une équipe de scribouillards que l’on doit l’introduction de Saül-Paul dans l’histoire de l’humanité.

800pxhebron001.jpg

Tombeau des Patriarches à Hébron

Saül fait son entrée

Le futur Paul fait son apparition au chapitre VII verset 58 des Actes. C’est un jeune homme, un ado à qui est confiée la garde de vêtements. Il n’est pas majeur puisque selon la Loi (Torah), il aurait du participer à lapidation de l’apôtre Etienne, sujet dudit chapitre.

De ce même chapitre, on peut d’ailleurs conclure que les rédacteurs du texte n’ont qu’une idée approximative de la Torah en question. Quelques versets plus haut (14-16), ils font proclamer au futur lapidé une preuve éclatante de leur inculture crasse. Je cite :

14 – Joseph a donc fait venir Jacob son père, et toute sa parenté : soixante-quinze âmes.

15 – Et Jacob est descendu en Egypte, où il est mort, ainsi que nos pères ;

16 – ils ont été transférés à Sichem et déposés dans le tombeau qu’Abraham avait acheté à prix d’argent aux fils d’Emmôr à Sichem.

Trois versets, trois âneries…

1 – C’est soixante-dix individus de la maison de Jacob qui se trouvèrent réunis en Egypte, pas soixante-quinze (Gen. XL, 27)

2 – Les restes de Jacob ont été transférés non pas à Sichem mais à Hébron, dans la caverne du Champ de Makhpéla (Gen. L,13)

3 – C’est Abraham qui avait acheté cet emplacement comme possession funéraire à Ephron le Héthéen (Gen. XXIII, 16-20).

Seul Joseph, comme Josué ultérieurement,  sera enterré à Sichem, là où Jacob avait acheté un champ pour cent « qessita » (Gen. XXXIII, 19).

A défaut d’erreurs dues à une méconnaissance incroyable des Ecritures, on peut voir dans ces trois versets, une tentative de captation d’héritage.

mtgarizimetmtebalvusdelesttbn011300wr.jpg

Sichem (Aschkel.info/)

Paul

Au chapitre VIII des Actes, le gamin gardien de vêtements prend soudain du culot :

3 – Quant à Saül, il malmenait l’église, entrant dans les maisons etc..

Au chapitre IX, il s’enhardit jusqu’à demander au grand prêtre des lettres « pour les synagogues de Damas, afin de lier hommes et femmes qu’il trouverait dans cette voie et de les amener à Jérusalem. »

Sur le plan purement historique voilà une totale incohérence ; dans les années 30, jamais un Grand Prêtre de Jérusalem n’aurait pu légitimement et légalement déléguer un émissaire, pour aller exercer une opération de police à caractère religieux, dans une province de l’Empire appartenant à une autre juridiction.

Les rédacteurs des Actes ne sont pas à une anomalie près, comme en témoigne la suite :

Actes IX

3 – Il y alla et, comme il approchait de Damas, une lumière du ciel l’éblouit soudain

4 – et, tombant par terre, il entendit une voix qui disait : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu ?

7 – Les hommes qui l’accompagnaient s’étaient arrêtés, stupéfaits d’entendre la voix et de ne voir personne.

La même mésaventure rapportée en Actes XXII

9 – Ceux qui étaient avec moi ont bien vu la lumière mais ils n’ont pas entendu la voix de celui qui me parlait.

Puis en Actes XXVI

14 – Nous sommes tous tombés par terre et j’ai entendu une voix qui me disait en hébreu : Saül, Saül, pourquoi me poursuis-tu …

Récapitulation :

1) Saül tombe à terre ; ses copains entendent la voix et se posent des questions.

2) Les copains n’ont rien entendu mais ils ont vu la lumière.

3) Tout le monde par terre, et seul Saül entend une voix.

Trois versions différentes du même épisode capital dans les Actes des apôtres. Par contre, dans l’épître aux Galates dans laquelle le personnage raconte sa vie, il évoque des visites à Damas sans aucune allusion à l’événement : pas de lumière, pas de voix ni de conversation avec un fantôme.

Le sujet est inépuisable. Parmi les anomalies sur ce personnage allégorique on peut remarquer qu’il est à la fois jeune et vieux, grand et petit, beau ou laid. Malgré son secrétaire médecin, il est toujours malade, mais il guérit les autres.

b40dd3396e.jpg

La mer Adriatique (futura-sciences)

 

L’auteur ou les auteurs des Actes, aussi nuls en géographie qu’en histoire ou en calcul, situent l’île de Malte dans l’Adriatique.

Paul prétend qu’il est citoyen romain parce qu’il est né à Tarse en Cilicie. Or Tarse ne sera colonie romaine que 100 ans plus tard. A ce propos, Jérôme cite une tradition qui indique que les parents de Paul auraient été originaires de Gischala, bourgade de Galilée qu’en bon chrétien cultivé, il situe en Judée.

Paul supposé élève de Gamaliel (Actes XXII,3) n’est pas fichu de reconnaître et d’identifier son successeur (XXIII,5), par les attributs de sa fonction, costume et ornements rituels.

Les Actes se terminent sur une scène psychédélique et irréaliste où l’on voit le personnage, vulgaire prisonnier, dialoguer avec le gouverneur, le roi Agrippa et la reine Bérénice… avant d’être embarqué pour Rome, via l’île de Malte dans l’Adriatique, bien entendu.

cartemalte.gif

L’île de Malte, loin de l’Adriatique

Une invention nommée Paul

« Comme celle de Jésus, la biographie de Paul contient contradictions, invraisemblances, références aux Ecritures et arrière-pensées théologiques. La littérature chrétienne primitive a produit de faux écrits de Paul comme elle a produit les évangiles »  (Nicolas Bourgeois)

Raymonde Reznikov

Bibliographie

Prosper Alfaric, Jésus a-t-il existé, Coda 2005

Nicolas Bourgeois, Une invention nommée Jésus, Aden, Bruxelles 2008

Maurice Mergui, Paul à Patras, Objectif Transmission, Paris 2008

Voir les articles: Paul à Patras et de Saül à Paul (12 et 16 août 2009)

Sur Sichem voir: aschkel.info/ (A la découverte d’Israël)

Fanatique d'esprit |
Scravic |
New EVENING Newcastle CHRON... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Archives Montségur 09
| Paroles de Soie
| club des alices noire