Moutarde évangélique

La moutarde monte au nez

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Sinapis alba

Le mot moutarde : mustum ardens, most arde ou encore moustarde, tire son origine du moût de raisin qui servait à délayer les graines de sénevé pilées dans la fabrication du nouveau condiment qui apparu au treizième siècle.

Certes, Caius Lucius Junus Moderatus Columella, le célèbre agronome romain du temps des empereurs Claude et Néron, connaissait déjà un condiment fabriqué avec du sénevé ; il s’agissait d’un mélange de feuilles confites dans du vinaigre. Il en décrit la fabrication dans son ouvrage De re rustica, au chapitre LV de son livre XII : Sinapin quemadmodum facias.

Quatre siècle plus tôt, le grec Théophraste mentionnait déjà le Sinapis (sénevé) parmi les plantes cultivées.

Le sénevé

Il existe trois sortes de sénevé ou sanve: sinapis alba, sinapis nigra, variétés cultivées et sinapis arvencis, la moutarde des champs, une « mauvaise » herbe envahissante des prairies et jardins. Ces trois variétés végétales sont des plantes de la famille des Brassicaceae, des crucifères comme le chou. Ce sont des herbacées dont la hauteur dépasse rarement un mètre. La plante est originaire du Bassin Méditerranéen. On la trouve partout en Europe, en Afrique du Nord, en Asie occidentale jusqu’à l’Inde.

Le sénevé a acquis une célébrité sans rapport avec sa modestie végétale, en effet il tient la vedette dans les textes fondateurs du christianisme. Il est cité à plusieurs reprises et semble doté d’un certain pouvoir magique

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Pied de moutarde noire

Le Moutardier évangélique

Voici des versets des évangiles concernant la modeste plante crucifère selon les versions de deux traducteurs différents : Jean Grosjean pour la Bibliothèque de la Pléiade, et André Chouraqui, chez Brépols.

Evangile selon Mathieu XIII, 31-32, traduction J. Grosjean :

31 – Il leur proposa une autre parabole : le règne des cieux est pareil à une graine de sanve qu’un homme a prise et semée dans son champ.

32 – C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle croît, c’est le plus grand des légumes, elle devient un arbre et les oiseaux du ciel viennent nicher dans ses branches.

Traduction André Chouraqui :

31 - Il leur sert un autre exemple. Il dit : Le royaume des ciels est semblable à une graine de moutarde qu’un homme prend et sème dans son champ.

32 – Elle est plus petite que toutes les semences. Elle croît et devient plus grande que les plantes ; et c’est un arbre ; si bien que les oiseaux du ciel viennent reposer dans ses branches.

Evangile selon Marc IV, 31-32, traduction J. Grosjean

31- C’est comme la graine de sanve : quand on la sème sur la terre elle est la plus petite de toutes les semences qui sont sur la terre ;

32 - et quand on la sème elle monte, elle devient le plus grand des légumes, elle fait de grandes branches et les oiseaux du ciel peuvent nicher sous son ombre.

Traduction André Chouraqui :

31- C’est comme une graine de moutarde : quand elle est semée sur la terre elle est plus petite que toute les semences de la terre.

32- Mais quand elle est semée, elle monte et devient plus grande que toutes les plantes, elle fait des grandes branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent reposer à son ombre.

Evangile selon Luc XIII, 18-19, traduction J. Grosjean

18 – Il leur disait donc : A quoi le règne de Dieu est-il pareil ? A quoi le comparer ?

19 – Il est pareil à une graine de sanve qu’un homme a prise et semée dans son jardin : elle croît et devient un arbre, et les oiseaux du ciel nichent dans ses branches.

Traduction A. Chouraqui

18 – Il dit donc : A quoi le royaume d’Elohim est-il semblable ? A quoi l’assimiler ?

19 – Il est semblable à une graine de moutarde qu’un homme prend et jette dans son jardin.

Elle croît et devient un arbre ; les oiseaux du ciel habitent dans ses branches.

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Moutarde des champs

Cataplasmique !

A lire ce qui précède on en conclut que les connaissances en botanique du héros de l’aventure sont des plus limitées ; étonnant de la part d’un personnage d’aussi haut lignage. Inutile de faire porter le chapeau aux chroniqueurs, ceux-ci prétendent rapporter fidèlement les propos tenus par leur divin maître. Attis, Adonis, Dionysos, bref tous les anciens dieux de la végétation, ses prédécesseurs locaux, n’auraient jamais commis une telle bévue agricole.

Certains exégètes ou commentateurs gênés tentent de rattraper l’affaire en avançant que le supposé « arbre à moutarde » peut atteindre trois mètres de hauteur ; qu’en pensent les botanistes ? Et quand bien même, une herbe de trois mètres de hauteur reste une herbe. D’autres préfèrent avancer la thèse du symbolisme ; d’accord, mais dans ce cas c’est l’ensemble des textes en question qui sont à prendre au second degré. Il ne s’agit plus de rapports d’historiens mais de mythologie.

Si les documents originaux en hébreu, incompris ou trop bien compris, n’avaient pas été détruits pour ne laisser subsister que des traductions falsifiées en grec, traductions dont les plus anciens manuscrits connus datent des quatrième et cinquième siècles, on aurait peut-être pu comprendre ce que les rédacteurs primitifs avaient voulu sous-entendre. Curieusement les passages concernés rappellent les versets du livre de Daniel, IV, 17-18 et le verset du prophète Ezéchiel, XVII, 23…

« L’histoire religieuse du monde est l’histoire des contresens redoublés » (Ernest Renan)

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Les illustrations botaniques proviennent de Wikipédia, article sur le sénevé

 


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11 commentaires

  1. Simon dit :

    Bonjour.
    Il me semble que l’apparente contradiction est porteuse de sens.
    Le grain de moutarde qui devient un arbre.
    Le royaume de Dieu est sensé se propager rapidement et rester discret or le fait qu’il devient un arbre (référence à Babylone de Daniel que vous citer ou les oiseaux du ciel viennent habiter ses branches, les oiseaux du ciel font référence symboliquement aux démons dans la bible) me semble être un avertissement quand à la perversion du cléricalisme et d’une religion a une forme importante mais qui a perdu son essence.
    Je ne sais pas si je me fait bien comprendre.
    Il me semble justement que cette métamorphose grain de moutarde et arbre est un drame que le Christ semble annoncer c’est à dire la naissance de la religion sans authenticité qui rassemblent les masses mais ne touche plus les individus dans leur identité.

    L’autre lecture peu être qu’une chose insignifiante au départ, méprisable va un jour muter en quelque chose de grand et de merveilleux. Référence à la vie du Christ humaine et faible et les prophéties qui le concerne comme étant un jour établi roi des nations.

    Oui il y a contradiction apparente. Mais peu être est elle porteuse de sens ?

    En vous remerciant de votre attention.

    Simon

  2. Cher Monsieur,

    Merci pour votre point de vue aux sous-entendus qui ne manquent pas de clairvoyance, ni d’un certain humour même teinté d’amertume.
    Libre à vous, pour sauver les apparences, d’imaginer un sens caché dans une évidente ânerie.
    Peut-être un jour, OGM aidant, le modeste végétal deviendra un arbre….

    Mais là, il ne s’agit pas d’une « contradiction » à caractère symbolique mais bien d’une perle d’inculture, trônant au milieu d’un fatras de contradictions, d’évidentes anomalies, d’anachronismes et d’impossibilités historiques et géographiques factuelles. Ce qui est un comble pour une religion dont la prétention essentielle est justement son rapport à l’histoire.
    Que la bourde attribuée au héros soit issue d’un plagiat du midrash mal compris, ou l’œuvre d’un rédacteur ignare, ou encore celle d’un traducteur incompétent, c’est possible.
    Il n’en demeure pas moins qu’une erreur de botanique reste une erreur de botanique, et qu’une telle bévue ne plaide pas en faveur de la sainteté du texte en question.

    Voir aussi :
    http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2010/03/31/de-paque-a-paques/
    http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2010/06/21/histoires-de-cochons/
    http://akhsahcalebunblogfr.unblog.fr/2011/03/27/yeshoua-qui/

  3. perahya dit :

    Le commentaire de Simon et sa brillante exégèse me touchent (façon de parler) au plus profond de mon âme. A mon avis l’inexistant arbre de moutarde a pour but de faire saliver les tenants d’une religion basée sur une toute aussi inexistante divinité gréco-romaine, faussement drapée dans un faux judaïsme qu’elle n’a de cesse de plagier.
    Sur un plan culinaire, je ne peux qu’associer cette divine moutarde à la savoureuse saucisse censée l’accompagner. Ceci me mène tout droit vers l’analyse freudienne. En effet, je remarque que la bande de copains appelés pudiquement les apôtres, devait être assez amateur de saucisses vu que ces personnages ne se promenaient qu’entre mâles, et que pour eux le zénith de la femme était représenté par une vierge mariée à un impuissant, bien qu’accoucheuse de divinité.
    Moutarde et saucisses seront donc goulûment dévorées par le xrist et ses amis pour nous annoncer les divins pigeons et la divine pédophilie qui deviendront le symbole de l’église romaine.
    Alleloukia.

  4. Estie dit :

    En lisant le commentaire de Mr Simon la moutarde me monte au nez ..
    Cette sempiternelle histoire du pseudo heros prophete..

  5. Akhsah dit :

    « Quand la prophétie se tait, le ciel parle par la Voix des Sages (…) A défaut des Sages, l’avenir est révélé dans les songes, et, à défaut de songes, on peut le lire dans le pépiement des oiseaux ». (Zohar I, 183b)

    On trouve disséminés dans tout le Zohar, des oiseaux messagers, des nids mystérieux, et, parfois, ils désignent les anges. (…)
    Les nids d’oiseaux sont évoqués ça et là dans leur rapport à l’arbre cosmique (…) La Splendeur (Zohar) désigne les fruits de cet arbre sur lequel l’ »Autre côté » (ou principe des ténèbres) n’a aucune prise. Cet arbre dépend uniquement du côté saint.
    « Oiseau témoin, oiseau signe, oiseau messager, oiseau dans le nid caché où le Messie attend son heure. » (Zohar II 8b)
    L’oiseau rentrera dans son nid à l’heure où sortira le Messie. L’oiseau, compagnon du Messie, est aussi témoin et révélateur des événements du monde.
    Extraits de: « La poétique du Zohar », d’Eliane Amado Lévy-Valensi, éditions de l’Eclat.

    J’ignore dans quelle bible Simon a vu les oiseaux transformés en démons. Ni les versets cités d’Ezéchiel, ou de Daniel, ne permettent de faire une telle hypothèse. Bien au contraire, dans le « TaNaK » (V.O. de ladite bible), l’oiseau est le messager privilégié entre le ciel et la terre, entre l’Eternel et les hommes.

  6. naibed dit :

    Montségur ACDT: «les documents originaux en hébreu»
    :) Tsss…. déjà aussi forte en christianologie que J.C. l’était en botanique, chère fille de Dieu! AMHA, les documents originaux étaient en grec pour la plupart, et parfois, en araméen, langue de J.C. !

    Score: J.C. / MACDT : 1 – 1

  7. Roger M. dit :

    Quelle est l’importance de la langue dans laquelle a été écrite une connerie ? En hébreu, en grec, en latin, en javanais, en français ou autre, une connerie restera toujours une connerie. Pour pinailler là-dessus, il faut quand même en tenir une couche

  8. A Naibed

    Un mythe littéraire a une origine, celle de ses inventeurs premiers. Il semblerait, d’après un message glissé dans le Talmud (Sanhédrin 107b) que la secte dont sera issu le xtianisme, par prosélytes interposés, soit née à l’époque d’Alexandre Jannée.
    Voir : http://www.lechampdumidrash.net/articles.php?lng=fr&pg=431

    Les textes xtiens, dont les parchemins complets les plus anciens datés de la fin du IVe siècle, sont effectivement un montage : des traductions en grec, en syriaque de textes originaux en hébreu, textes soit mal compris, soit volontairement détournés de leur sens premier. Les rédacteurs successifs ont puisé dans la littérature juive antérieure. C’est un recyclage de thèmes familiers dont de nombreux plagiats de sentence de Hillel. Les traductions de citations de la Torah et des prophètes ont alors été extraites toutes faites de la version grecque, dite Septante. Ce qui n’a pas empêché certaines bourdes hilarantes comme en Matthieu XXVII, 9 l’attribution à Jérémie d’une phrase de Zacharie…
    Cela étant, sans parler d’universitaires contemporains : le pasteur Vuillaud, Claude Tresmontant, le père Jean Camignac ou encore Bernard Dubourg, de nombreux hébraïsants ont reconnu le sémitisme encore apparent sous le grec. En 1890, un exégète catholique, Fulcran Vigouroux écrivait même :
    « Celui qui sait l’hébreu est porté à croire qu’il lit une traduction lorsqu’il lit l’original grec. Il y a même plus d’une locution, plus d’un passage qui ne sont intelligible qu’au moyen de l’hébreu. »
    (Le Nouveau Testament et les découvertes modernes)

    A Roger, pour info : le message de Naibed fait suite à une extraordinaire confrontation d’opinions diverses sur Facebook. Sa remarque en est une suite logique….

  9. perahya dit :

    J’ai l’impression que l’on va encore continuer à nous emmerder longtemps avec la seule divinité de l’olympe collectionneur de clous, amateur de choucroute et champion de ski aquatique, sport qu’il pratiquait avec son cocu de père et ses mignons. Un petit dieu bâtard et fier de l’être, fondateur d’une multinationale pédophile qui prends de bains de siège à Rome se devait d’emmerder l’humanité bien comme il faut mais quand même! Il devrait avoir des limites à l’opium des peuples! Epargnez-nous de grâce les aventures de ce poilu mal léché dont vous acrochez le cadavre partout où vous passez!

  10. florica dit :

    Oh non! Mais c’est pas possible! Même ici on trouve les mêmes agents publicitaires qui poussent à la consomation acrobatique en se faisant passer pour des simples badauds ce qu’il y a des plus neutres, innocents et aseptisés????? L’agent 007 fait du marchandising se faufilant partout pour vendre les sous produits de l’acrobate?…Quel brillant sens des affaires!!!!

  11. Akhsah dit :

    Nullité

    Ce n’est pas seulement en botanique que les rédacteurs des textes xtiens ont battu des records de nullité. Leur méconnaissance de la géographie locale est stupéfiante pour des auteurs supposés originaires des lieux concernés. Matthieu IX, 28-32 fait sauter un troupeau de cochons dans le lac de Tibériade depuis un escarpement situé à 10 km du bord de l’eau. Son compère Marc (V, 1-14) rapportant le même fait divers va encore plus loin. Il fait accoster la barque du héros à 50 km à l’intérieur des terres, à Gérasa, d’où bien sûr 2000 cochons pourront sans mal se jeter dans le lac.
    Voir : http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2010/06/21/histoires-de-cochons/
    Ce n’est pas tout, si l’on en croit Jean VI, 1, Jérusalem pourrait bien aussi se situer au bord du lac.
    Quant au présumé Paul, il débarque sur une île de Malte baignée par les eaux de la mer Adriatique….
    Voir : http://montseguraucoindestemps.unblog.fr/2010/03/02/paulifolies/
    Qu’importe la langue dans laquelle furent écrites ces perles ! C’est à Von Widmanstadt que l’on doit l’idée lancée en 1555 que l’hébreu était une langue morte à l’époque romaine. Depuis, de nombreuses découvertes archéologiques ont montré que ce n’était pas le cas.
    Prétendre que, s’il avait existé, le héros du xtianisme aurait parlé l’araméen, c’est en être resté aux vieux clichés en vogue dans les couvents de bonnes sœurs.

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