A Maurice Magre

Une page de Maurice Magre

Maurice Magre est ce poète dont on aperçoit le visage gravé en médaillon sur un rocher le long du chemin qui monte au château de Montségur.

A notre époque, son roman le plus connu est certainement Le sang de Toulouse, réédité en 1972 par les éditions Robert Laffont ; mais ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’à travers toute son œuvre, et surtout dans les treize volumes de La poursuite de la Sagesse, ses pages les plus passionnées furent dédiées au drame Albigeois et à la gloire de Montségur.

Maurice Magre mourut le 11 décembre 1941 à Nice, et ses amis parmi lesquels le préhistorien ariégeois Joseph Mandement, firent apposer cette plaque en hommage au talent qu’il consacra à la gloire de l’Esprit.

Extraites de Magiciens et Illuminés, voici quelques lignes pour nous rappeler son souvenir.

(Fasquelle éditeurs, Paris 1930)

montsegur20929hommageamauricemagre.jpg

La principale cause du grand massacre Albigeois, la cause cachée mais la vraie cause, fut que le secret des sanctuaires, l’antique enseignement des mystères si jalousement gardé dans tous les temples du monde, par toutes les confréries de prêtres, avait été révélé. Il y avait même plus. Il avait été révélé et il avait été compris. Ce qui arriva dans ce temps ne s’était jamais vu encore dans l’histoire de l’univers. Pendant que les gardiens ecclésiastiques du secret balbutiaient le rituel latin de ses formules dont ils avaient perdu le sens au fond de leur cœur, le secret divin, par des messagers inconnus, avait été porté sur les routes du Languedoc, le long des claires eaux du Tarn et de l’Ariège. Les plus humbles des hommes en avaient été éblouis, et ils avaient déposé l’épée, abandonné la charrue pour répondre à l’appel de Dieu. Car l’univers qu’ils venaient d’entrevoir était mille fois plus beau que leur horizon de vignes ou de leurs vallées couvertes de forêts.

481411092139290841188921266303417518140893n.jpg

Mais alors les maîtres des sentences, les gardiens infidèles, connurent que l’or des tabernacles allait s’éteindre, que le faste des autels allait se faner. Ils frémirent comme avaient frémi les brahmanes de l’Inde pour un danger moins grand, au moment de la réforme du Bouddha, comme les prêtres du feu en Perse, quand résonnèrent les paroles de Zoroastre.

n118892126630300225362294.jpg

Malheur à ceux qui s’emparent du secret et qui le divulguent ! Les hiérarchies de prêtres grecques et romaines, appuyées par les républiques et par les empereurs punissaient aussi de la mort la divulgation des mystères. Jamais le mystère ne s’était autant dévoilé pour les hommes. Jamais la société organisée avec son édifice de prêtres, de seigneurs et de rois ne courut un aussi grand danger. Les esclaves se libéraient de leur servitude sans détruire la forteresse des maîtres, sans révolution et sans efforts, naturellement, par le simple jeu de leur pensée. Le pape Innocent III et Philippe Auguste durent avoir la vague conscience que leur domination était compromise, que leur trône allait désormais reposer sur le néant. La masse opprimée des faibles échappait aux forts par une porte donnant sur l’au-delà et qu’avait ouverte on ne savait qui.

n1188921266303002416669288.jpg

La guerre des Albigeois fut le plus grand tournant de l’histoire religieuse des hommes. Lorsque le laboureur comprend la vanité de labourer, lorsque le mendiant refuse l’aumône parce qu’il se trouve plus riche que celui qui la donne ; lorsque la parole du prêtre devient pour tous vide de sens parce que chacun a en lui-même une consolation plus haute, alors l’organisation sociale s’écroule d’elle-même. La libération que faillit connaître l’humanité était bien plus grande que celle d’un peuple vaincu qui se débarrasse de son vainqueur. C’était la libération du mal lui-même, de la nature écrasante. Elle se communiqua avec la rapidité d’un feu parmi les pins, en été. Mais ceux qui ont la haine de la lumière furent les plus forts. Non contents d’éteindre le feu divin, ils coururent après chaque brindille susceptible de donner chaleur et clarté ; ils recouvrirent de cendres la moindre étincelle. Ils appelèrent à leur secours, leur vieille alliée l’amie de l’Ombre, l’invincible ignorance. Ils ne laissèrent pas subsister un fragment d’enseignement, un feuillet de livre, une inscription sur une muraille.

481411092124890481188921266303417162745286n.jpg

Aucune trace ne devait subsister de la vérité Albigeoise. Six siècles après, quand on s’est flatté de tout connaître et de tout apprendre, l’histoire a pu passer à côté de cette lumière sans la rallumer. La guerre des Albigeois n’est que le récit de la naissance et de la mort d’une hérésie, un chapitre ajouté à l’histoire de l’unité française.

n1188921266303002624407253.jpg

Le secret sublime du consolamentum qui permet à l’homme de mourir dans l’allégresse parce qu’il s’identifie par l’illumination de l’amour avec son Dieu intérieur est à jamais perdu. Aucune colline du Lauragais, aucune montagne pyrénéenne n’en a gardé la trace sur sa pierre. D’ailleurs l’ignorance a tellement obscurci les âmes que personne ne songe à le rechercher, personne ne croit même à la possibilité de son existence.

n1188921266303002674108788.jpg

Les photos du château de Montségur sont de Magali Husson

 

 


Autres articles

Répondre

Fanatique d'esprit |
Scravic |
New EVENING Newcastle CHRON... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Archives Montségur 09
| Paroles de Soie
| club des alices noire