Archive pour décembre, 2009

De 24 024 à Ninive

 

De 42 à 24 024

Par Raymonde Reznikov

On sait bien plus de choses que l’on a pu en prouver (Richard Feynman)

 

On sait que certains attributs de la fonction zêta de Riemann, ses moments, étaient censés donner naissance à une suite de nombres. (Marcus du Sautoy, La symphonie des nombres premiers).

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Marcus du Sautoy, professeur à l’université d’Oxford

De ces nombres, 1 est le premier, et en 1920 Albert Ingham démontra que le second était 2. Ce qui est sûr, c’est que le troisième n’est pas 3 ; alors ?

Il fallut attendre 1996 pour apprendre que le nombre suivant était 42 (voir « Le nombre 42 », article du 05/11/09). Deux ans plus tard, lors d’une réunion tenue à l’Institut Schrödinger de Vienne, il fut démontré que le quatrième nombre de la suite était 24 024.

« Quand la formule a donné 24 024, ça nous a paru tout bonnement incroyable », déclara Brian Conrey, organisateur de la réunion.

Quant au nombre suivant, silence radio… il faudra peut-être le chercher dans une autre dimension, car la formule prédit une réponse négative.

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24 024

Ce nombre a 64 diviseurs : 1, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 11, 12, 13, 14, 21, 22, 24, 26, 28, 33, 39, 42, 44, 52, 56, 66, 77, 78, 84, 88, 91, 104, 132, 143, 154, 156, 168, 182, 231, 264, 273, 286, 308, 312, 364, 429, 462, 546, 572, 616, 728, 858, 924, 1001, 1092, 1144, 1716,1848, 2002, 2184, 3003, 3432, 4004, 6006, 8008, 12012, 24024.

7 et 13

Parmi les diviseurs remarquables de 24 024, on relève de nombreux multiples de 7 et de 13. En effet  ce nombre est égal à 154 x 156 ou (7x22) x (13x12).

Exemples : 1001 = 143×7 ou 77×13 ; 2184 = 312×7 ou 168×13.

24 024 est aussi le produit de 143 multiplié par 168, or la somme des diviseurs de 143 est égale à : 1+11+13+143 = 168 ou 42×4… (il y a 168 nombres premiers entre un et mille).

D’autres multiples de 42 figurent parmi les diviseurs de 24 024, ce sont : 84,  et 42×11=462, 42×13=546, 42×22=924, 42×26=1092, 42×44=1848, 42×52=2184.

11, 13, 26, 33, 66, 143, 429, 1001 semblent jouer un rôle non négligeable dans le calcul des fonctions elliptiques.

1001 est la valeur pentagonale du nombre 26. Quant à 429, voir son rôle dans le calcul de l’orbite de Mars par Kepler  (Nombres et mystères 2, article du 13/05/09).

42 et 54

Parmi les multiples remarquables de 42, on trouve : 42x9 = 378, valeur triangulaire de 27 et nombre de jours de la révolution synodique de la planète Saturne (54x7 = 378); 42×16 = 672, le troisième nombre triparfait après 6 et 120 ; 42×48 = 2016, somme des diviseurs de 672 et valeur triangulaire de 63 ; 42×24 = 1008 ; 42×27 = 1134, 42×54 = 2268 et 42×120 = 5040, c’est à dire 7 ! (factorielle 7) et le nombre de minutes en 3 jours et demi ou 84 heures. (63×36),

1008, 1134, 2268 et 5040 figurent parmi les nombres hautement symboliques dans certaines traditions de l’antiquité.

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Sennacherib (Musée du Louvre)

Ninive

Sennacherib (-704 à –681), fils de Sargon II, et son petit-fils Assurbanipal (-668 à –626) sont surtout connus pour leurs actions de conquérants. Pourtant, au cours de leurs razzias à travers la Perse, la Chaldée, l’Egypte ou la Judée, ces despotes sanguinaires amassèrent une incroyable quantité de documents qu’ils firent transcrire ou recopier en signes cunéiformes pour leur propre bibliothèque.

« Sous le règne d’Assurbanipal, Ninive connut une période de splendeur : c’est la ville où les marchands sont plus nombreux que les étoiles du ciel, c’est un centre politique et économique, c’est aussi un foyer des sciences et des arts…Mais déjà sous le règne de son fils Sin-shar-ishkoun, qui occupa le trône pendant sept ans, Cyaxare, roi des Mèdes, à la tête d’une armée renforcée de troupes perses et babyloniennes, fit le siège de la ville, la prit rasa les murs et les palais, ne laissant derrière lui qu’un amas de ruines. »

(C.W. Ceram :Des dieux, des tombeaux, des savants, Editions Plon, 1952).

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Assurbanipal

A l’automne 1849, l’archéologue britannique Austen Henry Layard qui fouillait sous le colline de Kouyoundjik, en face de Mossoul, découvrit dans l’un des plus grands palais de Ninive les appartements de Sennacherib. Puis il exhuma 30.000 tablettes d’argile de la bibliothèque d’Assurbanipal, qui furent expédiées au British Museum :

« …il y avait aussi quantité de livres de médecine, très influencés par le magie, ainsi que des ouvrages de philosophie (à Kouyoundjik, Layard trouva les manuels scolaires qui facilitèrent beaucoup la lecture des caractères cunéiformes de la troisième catégorie). »

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« Cylindre » recouvert de signes en cunéiforme, découvert à Ninive

Parmi les « manuels » d’instruction, certains concernaient les mathématiques :

« Les mathématiques babyloniennes étaient basées sur le système sexagésimal sumérien, que les Sémites croisèrent avec leur système décimal. Les complications qui en résultèrent furent supprimées grâce à des tables de multiplication, véritables règles à calculer. Grâce à ce système, les Babyloniens atteignirent des valeurs numériques d’une grandeur surprenante. Dans le texte cunéiforme de la colline de Kouyoundjik, on trouve une série mathématique dont le produit correspond dans notre système à 195 955 200 000 000…»

Ce nombre est le résultat de 70 multiplié par 7 fois 60, et son interprétation a donné naissance à de nombreuses hypothèses. Compte tenu de sa grandeur, ce nombre a la particularité d’être divisible par des centaines sinon des milliers d’autres nombres avec lesquels il donne un résultat entier. Parmi ces nombres on retrouve tous les grands classiques des nombres liés au Temps, les 24 diviseurs de 360 et leurs multiples. Divisé par 24 024, on trouve : 8 156 643 357, et par exemple en omettant les 6 derniers zéros : 195 955 200 / 25 920 = 7 560, nombre qui représente 20 révolutions synodiques de la planète Saturne.

Parmi les grands nombres liés au calcul des cycles du temps dans les anciennes civilisations: 6, 24, 36, 72, 120, 144, 288, 324, 720, 1152, 1296, 1728, 7776, 31104, sont aussi des nombres utilisés par les mathématiciens comme diviseurs dans les équations relatives aux fonctions de probabilité. 

Voici quelques coïncidences:

 

195 955 200 / 7776 (6 puissance 5) = 25 200 (42×60) 195 955 200/672 = 291 600 / 729 (9 au cube) = 400 et 729/3 = 243, c’est à dire 3 puissance 5 et la durée d’un jour de la planète Vénus ; ou encore le nombre de degrés parcourus par Saturne lorsque cette planète est rejointe par Jupiter lors de leur conjonction mutuelle (voir « Triangle de feu et supernova » du 11/10/09).

Eratosthène a évalué le méridien terrestre à 252 000 stades.

70 stades = 6 minutes d’arc

195 955 200 / 8064 = 243 000. Le nombre 8064 est la somme des diviseurs de 5845 (voir l’article « 5845 et l’octaétéride » du 06/10/09)

195 955 200/2 268 = 86 400, ou 24x60x60, c’est à dire le nombre de secondes en 24 heures.

195 955 200/31 104 = 6 300

Ce nombre est une véritable mine à trouvailles diverses, donc il ne faut pas être étonné par les interprétations curieuses qui ont été publiées à son sujet. Avec un nombre comme celui-là tout devient possible. Je remets à plus tard le résultat de mes propres découvertes dans une histoire fort connue concernant Ninive. Juste un exemple :

Les valeurs numériques des noms Jonas + Ninive (YWNaH + NYNWeH en V.O.) sont: 71 + 121 = 192, et 195 955 200 / 192 = 1 020 600, c’est à dire 243 x 4 200

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Ninive (reconstitution)

En guise de conclusion

« … il semble que les scribes mésopotamiens avaient une conception originale des nombres…

En exploitant des avantages de la base 60 et du calcul en « virgule flottante », ils ont développé des algorithmes puissants… »

« … Sans savoir traiter des équations du troisième degré de façon systématique, les érudits mettaient en œuvre des transformations des problèmes pour les ramener à l’extraction de racines cubiques. »

(Christine Proust : Les algorithmes des scribes mésopotamiens, article publié en janvier 2008 dans la revue La Recherche n° 415)

Jour de l’An

Le calendrier romain

Le début de cet article est extrait du texte d’une conférence donnée par Nicolas Reznikov il y a quelques années, devant les membres d’une association humaniste et culturelle.

Notre calendrier moderne est l’héritier direct du calendrier primitif romain réformé par Jules César. Le calendrier primitif romain était fondé sur le mois lunaire de 29 et 30 jours alternés, sauf le mois de février qui n’en comportait que 28.

Le premier jour du mois s’appelait CALENDES. Le mot calendes vient de calendarium, qui veut dire échéancier. Ce jour-là les pontifes annonçaient les dates importantes.

Les calendes correspondaient au premier croissant visible de la nouvelle lune, ensuite venaient les IDES qui marquaient le milieu du mois. Mais le 14 étant considéré comme néfaste, on fixait les ides au 13 ou au 15. Entre les deux s’intercalaient les NONES, neuvième jour avant les Ides. Ce sont les trois bornes mensuelles qui vont permettre de dater un événement dans le mois, et fait remarquable, tout le système de datation est un décompte à rebours.

Ainsi le premier jour du mois est « Calendes ». On pourrait s’attendre logiquement à ce que le lendemain soit appelé « lendemain des Calendes » ; pas du tout, ce sera le quatrième jour avant la borne mensuelle suivante, c’est à dire les Nones. Le jour suivant sera le troisième avant les Nones, puis la veille des Nones, puis enfin les Nones.

Cette borne des Nones étant dépassée, on compte à nouveau à rebours par rapport à la borne suivante, les Ides, et nous avons le huitième jour avant les Ides, le septième etc. jusqu’aux Ides.

Après les Ides, on compte à nouveau à rebours jusqu’aux prochaines Calendes.

Quand arrivait une année bissextile, on redoublait le sixième jour avant les Calendes de Mars, ce qui faisait que le mois de février comptait deux jours Sextus, il était donc « bi-sextus ».

L’année primitive romaine commençait le premier mars et comportait dix mois. Les quatre premiers mois portaient des noms à signification :

Mars : Père de Romulus le fondateur de Rome (voir note)

Avril : diminutif d’un nom étrusque de Vénus.

Mai : en l’honneur de la Pléiade Maia, mère de Mercure

Juin : en l’honneur de Junon, épouse de Jupiter.

Les six autres mois portaient seulement un numéro d’ordre :

Quintilius : le cinquième, deviendra Juillet en l’honneur de Jules César.

Sextilius : deviendra Août en l’honneur de Auguste.

September : le septième.

October : le huitième.

November : le neuvième

December : le dixième.

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Janus

Lorsque l’année fut portée à 12 mois, on rajouta Janvier en hommage à Janus, le dieu des portes, et Février, du mot februa (rite expiatoire). Jules César fixa le début de l’année au Premier Janvier, mais personne ne songea à changer les noms des anciens derniers mois, et nous avons récupéré une absurdité car les noms ne correspondent plus au numéros d’ordre des mois.

La réforme de Jules César eut lieu en l’an 708 de Rome, soit en l’an 45 avant l’ère vulgaire.

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Jules César

Le début de l’année

La décision de Jules César de transférer le début de l’année du premier mars au premier janvier, d’abord suivie à la lettre dans tout l’Empire Romain, fut contestée par la suite pour des raisons de tradition ou d’idéologie.

L’Eglise fut très longtemps réticente à faire débuter l’année le premier jour d’un mois consacré au dieu païen Janus, sans pour autant donner de mot d’ordre précis. Ainsi la plus grande fantaisie régna dans les provinces de l’Empire décadent et se prolongea durant le  Moyen-Âge.

En France, au VI° et au VII° siècles, l’année commençait à nouveau le premier mars (à dieu païen, dieu païen et demi). Sous Charlemagne et jusqu’au XII° siècle, l’année commença à Noël. En d’autres lieux, l’année changeait le 25 mars, jour officiel de l’équinoxe de printemps au temps des César. En 1235, un concile réuni à Reims voulu généraliser la date du 25 mars, mais le vieil esprit gaulois réveillé pour l’occasion préféra fêter l’an 6 jours plus tard comme au temps des Druides, c’est à dire le premier avril… (Pour les Celtes, comme pour les Egyptiens, le sixième jour de la lune était le plus sacré)

Sous les Capétiens, suprême incommodité, le début de l’année se plaçait à « Pâques », et était donc mobile. L’année 1347 dura presque 13 mois et par exemple, comme l’a remarqué un généalogiste, Charles VIII est mort en 1497 ou en 1498 : « C’était le 7 avril 1497, à compter l’année à la feste de Pâques comme on le fait à Paris et en 1498 à commencer à l’annonciation de Nostre-Dame (25 mars), comme on le fait en Aquitaine ».

Le Saint Empire Romain germanique mit fin à ces errements en revenant au premier janvier en 1500. Les Anglais conservèrent le 25 mars jusqu’en 1571.

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Charles IX

En France

Et en France, depuis quand le premier janvier est-il le premier jour de l’année ?

Depuis l’édit de Charles IX promulgué en 1564 et qui prit effet en 1567.

Compte-tenu des 13 années d’interruption du au calendrier républicain qui débutait le 22 septembre, cette année cela fera 430 fois que nous célèbrerons le début de l’année le premier janvier.

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La planète Mars (photo Nasa)

Note sur Mars

Par Raymonde Reznikov

Le culte de Mars a revêtu une grande importance dans la religion romaine, car c’est de son union avec la « vierge » Rhéa Sylvia que naquirent les jumeaux Remus et Romulus, ce dernier étant le fondateur de Rome.

Mars, le dieu romain de la guerre fut aussi assimilé à la planète du même nom. Riche en fer, la planète Mars brille d’un éclat rougeâtre. Or dans la tradition juive, le monde romain et son héritage chrétien ont été symboliquement identifiés à Esaü le roux, frère jumeau de Jacob, appelé aussi Edom, c’est à dire le rouge, suite à une aventure popularisée par des traductions simplettes du document original. Esaü, on le sait, vendit son droit d’aînesse à son frère contre un morceau de pain et un plat de lentilles, légume particulièrement riche en fer.

La planète Mars est sœur de la Terre et les dernières découvertes scientifiques sur le terrain ont montré qu’elle aurait pu développer la vie avant sa sœur (si elle n’avait pas rouillé, me souffle l’incorrigible Plutochien… loooooooooooool).

Les illustrations proviennent de Wikipedia

 

A Maurice Magre

Une page de Maurice Magre

Maurice Magre est ce poète dont on aperçoit le visage gravé en médaillon sur un rocher le long du chemin qui monte au château de Montségur.

A notre époque, son roman le plus connu est certainement Le sang de Toulouse, réédité en 1972 par les éditions Robert Laffont ; mais ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’à travers toute son œuvre, et surtout dans les treize volumes de La poursuite de la Sagesse, ses pages les plus passionnées furent dédiées au drame Albigeois et à la gloire de Montségur.

Maurice Magre mourut le 11 décembre 1941 à Nice, et ses amis parmi lesquels le préhistorien ariégeois Joseph Mandement, firent apposer cette plaque en hommage au talent qu’il consacra à la gloire de l’Esprit.

Extraites de Magiciens et Illuminés, voici quelques lignes pour nous rappeler son souvenir.

(Fasquelle éditeurs, Paris 1930)

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La principale cause du grand massacre Albigeois, la cause cachée mais la vraie cause, fut que le secret des sanctuaires, l’antique enseignement des mystères si jalousement gardé dans tous les temples du monde, par toutes les confréries de prêtres, avait été révélé. Il y avait même plus. Il avait été révélé et il avait été compris. Ce qui arriva dans ce temps ne s’était jamais vu encore dans l’histoire de l’univers. Pendant que les gardiens ecclésiastiques du secret balbutiaient le rituel latin de ses formules dont ils avaient perdu le sens au fond de leur cœur, le secret divin, par des messagers inconnus, avait été porté sur les routes du Languedoc, le long des claires eaux du Tarn et de l’Ariège. Les plus humbles des hommes en avaient été éblouis, et ils avaient déposé l’épée, abandonné la charrue pour répondre à l’appel de Dieu. Car l’univers qu’ils venaient d’entrevoir était mille fois plus beau que leur horizon de vignes ou de leurs vallées couvertes de forêts.

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Mais alors les maîtres des sentences, les gardiens infidèles, connurent que l’or des tabernacles allait s’éteindre, que le faste des autels allait se faner. Ils frémirent comme avaient frémi les brahmanes de l’Inde pour un danger moins grand, au moment de la réforme du Bouddha, comme les prêtres du feu en Perse, quand résonnèrent les paroles de Zoroastre.

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Malheur à ceux qui s’emparent du secret et qui le divulguent ! Les hiérarchies de prêtres grecques et romaines, appuyées par les républiques et par les empereurs punissaient aussi de la mort la divulgation des mystères. Jamais le mystère ne s’était autant dévoilé pour les hommes. Jamais la société organisée avec son édifice de prêtres, de seigneurs et de rois ne courut un aussi grand danger. Les esclaves se libéraient de leur servitude sans détruire la forteresse des maîtres, sans révolution et sans efforts, naturellement, par le simple jeu de leur pensée. Le pape Innocent III et Philippe Auguste durent avoir la vague conscience que leur domination était compromise, que leur trône allait désormais reposer sur le néant. La masse opprimée des faibles échappait aux forts par une porte donnant sur l’au-delà et qu’avait ouverte on ne savait qui.

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La guerre des Albigeois fut le plus grand tournant de l’histoire religieuse des hommes. Lorsque le laboureur comprend la vanité de labourer, lorsque le mendiant refuse l’aumône parce qu’il se trouve plus riche que celui qui la donne ; lorsque la parole du prêtre devient pour tous vide de sens parce que chacun a en lui-même une consolation plus haute, alors l’organisation sociale s’écroule d’elle-même. La libération que faillit connaître l’humanité était bien plus grande que celle d’un peuple vaincu qui se débarrasse de son vainqueur. C’était la libération du mal lui-même, de la nature écrasante. Elle se communiqua avec la rapidité d’un feu parmi les pins, en été. Mais ceux qui ont la haine de la lumière furent les plus forts. Non contents d’éteindre le feu divin, ils coururent après chaque brindille susceptible de donner chaleur et clarté ; ils recouvrirent de cendres la moindre étincelle. Ils appelèrent à leur secours, leur vieille alliée l’amie de l’Ombre, l’invincible ignorance. Ils ne laissèrent pas subsister un fragment d’enseignement, un feuillet de livre, une inscription sur une muraille.

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Aucune trace ne devait subsister de la vérité Albigeoise. Six siècles après, quand on s’est flatté de tout connaître et de tout apprendre, l’histoire a pu passer à côté de cette lumière sans la rallumer. La guerre des Albigeois n’est que le récit de la naissance et de la mort d’une hérésie, un chapitre ajouté à l’histoire de l’unité française.

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Le secret sublime du consolamentum qui permet à l’homme de mourir dans l’allégresse parce qu’il s’identifie par l’illumination de l’amour avec son Dieu intérieur est à jamais perdu. Aucune colline du Lauragais, aucune montagne pyrénéenne n’en a gardé la trace sur sa pierre. D’ailleurs l’ignorance a tellement obscurci les âmes que personne ne songe à le rechercher, personne ne croit même à la possibilité de son existence.

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Les photos du château de Montségur sont de Magali Husson

 

Néo-Hélios

 

Solstice d’hiver

Par Raymonde Reznikov

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Mythologie

La première caractéristique de la fête de Noël est sa correspondance astronomique avec le solstice d’hiver qui marque la naissance du soleil nouveau ou « Néo-hélios », terme contracté en No-ël.. On remarquera que la France est le seul pays européen à perpétuer l’appellation « Noël », ce qui par Alexandrie interposée, la rattache à la plus antique tradition du sabéïsme et de l’héliolâtrie.

La deuxième caractéristique de cette fête est qu’elle est devenue synonyme de naissance d’un envoyé divin, le phénomène cosmique ayant été anthropomorphisé. Ce qu’il faut souligner, c’est que le thème de la nativité n’est pas propre au christianisme mais qu’au contraire, le modèle du mythe actuel se trouve quasiment tel quel dans les théogonies vieilles de plusieurs millénaires, décrivant le même processus au lieu et à la date près.

En effet, toutes les religions qui prévoient un intercesseur entre les dieux et les hommes stipulent que la naissance de cet être ne peut se faire que par l’intermédiaire d’une vierge pure.

Au cours des cinq millénaires qui ont précédé l’ère commune, on trouve ainsi de nombreux exemples de vierges enfantant un intercesseur, voire un dieu par l’opération d’un esprit divin.

Ainsi par exemple : Neith enfanta Ammon ; Devaki : Khrishna ; Nana : Atys ; Sémélé : Dionysos ; Calliopé : Orphée ; Maya : Agni ; Maïa : Bouddha ; Marie : Jésus.

Cette énumération est loin d’être exhaustive, mais elle montre néanmoins que le thème est très prégnant dans la mentalité humaine et ce depuis la plus haute antiquité.

« Presque tous les éléments de la légende du Christ se trouve dans le Véda, sa double filiation, sa conception miraculeuse, sa naissance avant l’aurore, son baptême dans les eaux, l’onction sainte d’où il tire son nom (christos – oint), sa science précoce, sa transfiguration, ses miracles, son ascension vers le ciel où il va rejoindre le Père céleste qui l’avait engendré éternellement pour être le sauveur des hommes. »

(Emile Burnouf, directeur honoraire de l’Ecole d’Athènes, dans La science des religions, éditions Maisonneuve Frères, Paris 1885)

Inde

Agni est le second personnage d’une trinité védique, le fils, mais il est de loin le plus important. Sa place est sur la terre. Il est la vie et la pensée en chacun des êtres qui vivent et pensent. Son père céleste est Savitri dont la demeure est dans le soleil. Sa naissance est mystérieuse. Il a un père terrestre Twastri, charpentier de son état, mais d’une autre manière il est venu du ciel conçu dans le sein maternel de la vierge Maya par Vâyu, le troisième élément de la trinité, le Souffle.

La naissance d’Agni est signalée au prêtre astronome par l’apparition d’une étoile nommée en sanscrit « Savanagraha ». Dès qu’il l’a vue, le prêtre annonce au peuple la bonne nouvelle, et celui-ci accoure des campagnes pour adorer le nouveau-né…etc..

La même légende s’est aussi substituée à l’histoire du prince Siddharta, né à Kapilavatsu, au nord de Bénarès au sixième siècle avant l’ère vulgaire.

La veille de son mariage, la vierge Maïa se vit en songe transportée dans une grotte de l’Himalaya. Un éléphant blanc, rayonnant de lumière, tenant dans sa trompe une fleur de lotus, s’approcha d’elle et s’absorba dans son sein. Les Brahmanes consultés, dirent que Maïa quoique vierge portait en elle l’œuvre d’un esprit saint et qu’elle enfanterait un Bouddha. La naissance eut lieu quatre jours après le solstice d’hiver.

Inutile d’évoquer encore la légende de Krishna et de sa mère, la vierge Dévaki, de sa naissance miraculeuse, des bergers qui en prirent soin. Les Rishis (les Sages) vinrent le saluer et un détail : le roi Kansa fit massacrer 40 000 nouveaux nés dans l’espoir de tuer celui qui devait le détrôner.

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Fresques de Louxor, photo Wikimedia

Egypte

Moins connue est la biographie mythique du pharaon Amenhotep III, rapportée par l’égyptologue anglais Gérald Massey au siècle dernier, d’après les fresques des murs intérieurs du temple de Louxor. On y voit Toth, le messager des dieux, saluer la reine-vierge Mut-em-ua, pour lui annoncer la naissance d’un fils ; puis le dieu Kneph aidé d’Hathor préparer et disposer le germe de l’enfant à venir ; puis la mère en travail sur un tabouret et la sage-femme recevant le nouveau-né dans une grotte. Ensuite on peut voir le jeune enfant assis sur le trône acceptant l’hommage des dieux et des hommes ; derrière lui se tient le dieu Kneph et à sa droite trois esprits à genoux lui offrant des présents. Amenhotep III est le père du pharaon Akhenaton, il régna 38 ans sur l’Egypte au quatorzième siècle avant l’ère commune.

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Amenhotep III, photo British Museum

Une des légendes sur le dieu Horus dit que celui-ci naquit au solstice d’hiver dans « l’Apta », une crèche ou mangeoire, et les habitants d’Alexandrie avaient coutume de porter le nouveau-né dans sa « crèche » en procession dans les rues de la ville.

Mithra

Il en est de même pour le dieu Mithra, le « Sol Invictus ». Celui-ci naquit le 25 décembre et il fut représenté sur les bas-reliefs sortant d’un rocher, en présence de bergers. La stèle trouvée à Poetovio en Slovénie montrent ceux-ci entrain de participer à l’événement.

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Stèle de Poetovio: Bergers prêtant assistance à la naissance de Mithra; photo montesion.it

Au quatrième siècle, l’église ne pouvant lutter contre une fête trop populaire dans l’aristocratie et dans l’armée romaines décida de récupérer la date et tout son symbolisme pour commémorer la naissance de son héros.

 » Ce qui est profondément gênant, toutefois, si l’on décide de lire le « Nouveau Testament » avec un œil d’historien, c’est que lorsque sont enlevés les emprunts et les invraisemblances, il ne semble rester – rien . »


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Annexe

6 janvier 2011

Les églises orientales, toujours en calendrier julien, vont fêter Noël ce soir. Je leur dédie cet extrait de l’ouvrage de Robert Turcan: Les cultes orientaux dans le paganisme romain (éditions Les Belles Lettres, Paris 1989)

D’après Epiphane (Panarion, 51, 22), les Arabes de Pétra célébraient la naissance de Dusarès le 25 décembre, comme à Rome on fêtait à cette date le Natalis Solis invicti, depuis Aurélien (…). L’évêque de Chypre écrit même que Dusarès était chanté par les Arabes comme fils d’une vierge nommée Khaamou ou Khabou (?), ce qui fait évidemment songer à la Ka’aba, pierre noire de la Mecque.

D’après les auteurs grecs et romains, le dieu Dusarès était identifié à Dionysos

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