Les Sacées

Les Sacées babyloniennes

Par Raymonde Reznikov

« Toute ressemblance avec des personnages mythologiques n’ayant pas existé est purement volontaire »

Voici quelques extraits d’ouvrages d’historiens ou d’ethnologues concernant le rituel des fêtes babyloniennes appelées Sacées. Ces fêtes se déroulaient entre la nouvelle lune et la pleine lune de printemps. Elles mettaient en scène la mort du dieu Mardouk, son séjour au royaume des morts où son combat contre les puissances du Chaos allait assurer le triomphe de la vie, et recréer le monde.

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O. E. Briem

Professeur d’Histoire des religions à l’Université de Lund

Extraits de: Les sociétés secrètes de mystères, Payot, Paris 1951.

I) « Une cérémonie des mystères encore plus importante que celle de la noce sacrée était celle de la mort et de la résurrection de Mardouk. La mort du dieu était célébrée par une inhumation rituelle, où le corps était déposé dans un caveau. Plusieurs auteurs grecs qui ont dépeint la vie à Babylone, tel Elien, Chtésias, Strabon et Diodore de Sicile, font aussi mention du tombeau de Bêl, c’est à dire Mardouk, à Babylone. » (…)

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II) « Pendant ce temps, l’annonce de la mort de Mardouk a suscité une émeute dans la ville ; les désordres sont considérables. Si l’on en juge d’après certaines données sumériennes, en partie chez les auteurs grecs des époques avancées, ces troubles auraient dégénéré en une sorte de carnaval : le souverain de la terre et des cieux n’étant plus là, tous les liens sont rompus, les serviteurs deviennent les maîtres, les esclaves prennent toutes les libertés. Le roi, dont la présence est nécessaire aux mystères est remplacé par un souverain de mascarade, un criminel condamné à mort, que l’on revêt des vêtements royaux et des insignes régaliens, le sceptre et la couronne. Il lui est permis ces jours-là d’en agir à sa guise et de faire ripaille ; mais sa fortune est de courte durée, car dès la fin de la fête il est battu de verges et pendu. »

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Sir James George Frazer

Extrait de : Le dieu qui meurt ; Paul Geuthner, Paris 1931

« On habillait des vêtements du roi un prisonnier condamné à mort ; on le plaçait sur le trône du roi ; il pouvait prononcer tels ordres qu’il lui plaisait, manger, boire, s’amuser et coucher avec les concubines du roi. Mais, au bout des cinq jours, on le dépouillait de ses vêtements royaux, on le fouettait, et on le pendait ou l’empalait. »

Dans Le bouc émissaire, J. G. Frazer présente la fête juive de Pourim comme une survivance des Sacées babyloniennes sous un autre nom :

« Si nous ne nous trompons point en faisant remonter l’origine de Pourim aux Sacées babyloniennes, et en voyant dans Aman et Mardochée des équivalents du Zoganes (le substitué), il apparaîtrait que le Zoganes, durant les cinq jours de son ministère, personnifiait non seulement un roi, mais un dieu, que ce dieu fût le Mardouk babylonien ou quelque autre divinité non encore identifiée. La réunion des caractères divin et royal en une même personne est si commune qu’il ne faut pas nous étonner de la rencontrer dans l’antique Babylone. Il n’est pas non plus nouveau de voir le faux roi des Sacées mourir, en qualité de dieu sur la croix ou le gibet. »

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Salomon Reinach

Salomon Reinach, Membre de l’Institut, Conservateur des Musées Nationaux, publia en 1909 une Histoire générale des religions, qu’il dédia : A la Mémoire de tous les Martyrs. En 1976, Les Editions d’Aujourd’hui ont sorti le Reprint de cet ouvrage en  en deux tomes, sous le titre: Orpheus. Voici un extrait concernant les Sacées et leur influence littéraire dans le monde méditerranéen:

Savait-on du moins comment Jésus était mort ? Les récits du jugement et de la passion de Jésus dans les Evangiles inspirent d’abord confiance par leur précision ; mais cette impression ne résiste pas à l’examen. D’abord, ces récits sont tendancieux ; ils cherchent à disculper Pilate et à charger les Juifs, ce qui se comprend à une époque où l’Eglise, tournant le dos à la Synagogue, faisaient appel aux païens, mais ne peut répondre à la vérité historique. Le Pilate des Evangiles, qui se laisse conduire par la foule, lui donne le choix entre deux condamnés, Barabbas et Jésus, se lave les mains du sang qu’il va verser etc., est un personnage romanesque qui n’a rien du vrai Pilate, le gouverneur « à la russe » que Josèphe et Philon nous ont fait connaître. En second lieu, la date de la mort de Jésus, veille de Pâque ou jour de Pâque, est inadmissible ; cette fixation avait pour but évident de rappeler le sacrifice expiatoire de l’agneau pascal. On a remarqué aussi que les circonstances de la Passion ressemblent d’une manière suspecte à des rites usités fort antérieurement dans certaines fêtes. A celle dite des Sacaea, en Babylonie et en Perse, on promenait en triomphe un condamné habillé en roi ; à la fin de la fête, il était dépouillé de ses beaux vêtements, flagellé, pendu ou crucifié. Nous savons par Philon que la populace d’Alexandrie, pour se moquer du roitelet juif Agrippa, traita en roi de comédie un fou nommé Karabas. Mais ce nom n’a de sens ni en araméen, ni en grec : faut-il lire Barabbas, qui signifie en araméen, « le fils du père ».

Pour en savoir plus: Contre Flaccus de Philon d’Alexandrie voir:

http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/philon/flaccus.htm

Bernard Dubourg: L’invention de Jésus, tome I

http//dl.free.fr

Illustrations

Babylone: herodote.net

Mort de Mardouk: British Muséum, photo secretebase.free.fr

Les portraits de Sir James G. Frazer et Salomon Reinach proviennent de Wikipédia

 


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Un commentaire

  1. Pierre Sylvain dit :

    Encore ces pubs imbéciles à chaque fois que vous évoquez « l’acrobate »! Il vaut mieux en rire. Essayez de nous trouver un autre dessin humoristique comme celui du mois d’avril, et continuez à démontrer l’imposture.

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