Triangle de Feu et Supernova

JUPITER ET SATURNE, MAITRES DU TEMPS

Par Raymonde Reznikov

Depuis que divers ouvrages ont vulgarisé le thème des grandes ères zodiacales, le public averti ne met plus en doute la concordance entre les périodes astrologiques, les périodes historiques et les périodes religieuses. Parmi les cycles indicateurs de bouleversements en gestation, celui des conjonctions des planètes Jupiter et Saturne concerne les événement à caractère politique ou religieux.

Une conjonction de Jupiter avec Saturne annonça la naissance de héros, celles de Bouddha, de Mahomet, mais aussi la mort d’Alexandre le Grand, d’Auguste et de Napoléon.

Pour servir ainsi d’aiguilles sur l’horloge cosmique, les deux planètes ont rendez-vous tous les 7.253,4452267 jours, autrement dit, tous les 19,8592741 ans.

Quant à leurs rendez-vous successifs, ils se déroulent selon un rituel particulier à faire pâlir de jalousie un maître de cérémonie franc-maçon.

En astrologie, les signes du zodiaque sont classés de différentes manière : signes masculins ou féminins, signes cardinaux, fixes ou mutables, ou bien encore, et c’est justement cette classification qui nous intéresse, à chaque signe correspond un des quatre éléments : feu, air, eau, terre. Les signes influencés par un même élément sont en trigone, c’est à dire distants de 120 degrés, donc reliés entre eux ils forment un triangle équilatéral. Le Bélier, le Lion et le Sagittaire appartiennent ainsi à la triplicité de feu ; le Taureau, la Vierge et le Capricorne, à la triplicité de terre ; les Gémeaux, la Balance, le Verseau, à la triplicité d’air ; enfin le Cancer, le Scorpion et les Poissons, à la triplicité d’eau.

Jupiter parcourt son orbite en douze ans et Saturne en trente ans environ. La rencontre entre les deux astres se produit à peu près tous les vingt ans. Entre les deux conjonctions, Jupiter a parcouru 603 degrés sur son orbite autour du soleil (un tour complet plus 243 degrés), Saturne dans le même temps n’a parcouru  que 243 degrés. Il y a donc un décalage de presque 120 degrés (360 – 243 = 117 exactement), entre une conjonction et la suivante. Au bout de 60 ans et trois conjonctions, les deux planètes se rejoignent dans une même région du ciel, avec toutefois un petit écart de huit à neuf degrés. Ainsi les conjonctions de Jupiter et de Saturne dessinent des triangles successifs, et se produisent pendant une longue période dans une même triplicité. En raison du léger décalage, la conjonction, au bout de deux cents quarante ans environ, abandonne une triplicité pour entrer dans la suivante. Par exemple, de nos jours, nous quittons la triplicité de terre pour entrer le 21 décembre 2020, à 0° 31 du Verseau dans la triplicité d’air. A la frontière entre deux triplicités, il se produit parfois des chevauchements, c’est pourquoi en 1981 la conjonction eut lieu dans la Balance, signe d’air, avant de redescendre sur terre à 23° Taureau, le 28 mai 2000.

En l’an 6 avant l’ère commune, puis en l’an 14, la rencontre se faisait encore dans les signes d’eau, Poissons et Scorpion. En l’an 34, la conjonction entra dans le « Triangle Igné », et se produisit à l’équinoxe d’automne au quinzième degré du signe du Lion, ce qui ne manqua pas d’influencer les Pères de l’Eglise dans leurs tentatives de datation de l’ère chrétienne. Malheureusement pour eux, les rédacteurs des midrashim évangéliques n’avaient tenu aucun compte ni des phénomènes célestes, ni des aléas de l’histoire, puisque le texte signé Matthieu fait naître son héros sous le règne du roi Hérode, mort en l’an 4 avant notre ère, et que le texte signé Luc, fâché avec l’histoire, place la naissance du bambin à la fois sous le règne du même Hérode, mais à l’époque du recensement qui eut lieu en l’an 6. Les deux autres ont été plus prudents puisqu’ils ignorent l’enfance, mais pour les rédacteurs du Jean, c’est à près de 50 ans que son héros est mis en croix. Voilà pourquoi Eusèbe de Césarée inventa un nouveau Pilate au temps de Néron, faux documents à l’appui ; un mensonge plutôt que de reconnaître le caractère astronomique luni-solaire des nombres 33 et 50.

L’entrée de la conjonction Jupiter-Saturne dans la triplicité de feu, de loin la plus prestigieuse, ne se produit qu’une fois tous les huit cents ans. En 1563 et en 1583, le phénomène était encore en signe d’eau, Cancer et Poissons. En 1603 – 1604, il devait entrer en Sagittaire et le monde des savants attendait  avec émotion cet événement astrologique exceptionnel.

ophser.gif

Constellation du Serpentaire (Ophiuchus)

En décembre 1603, le premier rendez-vous précis n’avait pu être observé en raison de la présence du soleil, mais dès que le signe du Sagittaire redevint visible, astronomes et astrologues vécurent des nuits blanches, les yeux rivés sur les mouvements des deux planètes, surtout qu’à la mi-septembre, Mars allait venir augmenter de son éclat rougeoyant l’importance du phénomène. Mais laissons Johann Kepler, reporter compétent et privilégié, nous relater le scoop :

« L’année 1604 de l’ère chrétienne : à propos de laquelle les actuels spécialistes de chronologie se demandent si le début n’en est pas de quelques années postérieur à la naissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu et Homme par la Vierge Marie :

La première année de la période astrologique de huit siècles qui commence avec la Triplicité ignée, la huitième depuis la création du monde : et que la conjonction de Saturne et de Jupiter dans le huitième degré du Sagittaire, le 7/17 décembre de l’année 1603 avait entamé, en l’absence toutefois de Mars :

Comme paraissaient déjà depuis de nombreuses années les prédictions variées des Astrologues sur le retour du trigone igné, ainsi que les immenses prodiges et les mouvements politiques qui s’ensuivraient en 1604 ; comme par conséquent tous les esprits s’attendaient à des choses nouvelles :

Quand déjà Mars avait dépassé Saturne dans le dixième degré du Sagittaire le 16/26 septembre, et de là progressait peu à peu les jours suivants vers Jupiter, qui s’était déjà séparé de quelques degrés de Saturne ; au moment où en l’atteignant il allait réaliser le complément de la Grande Conjonction et justifier le nom que lui donne la tradition astrologique :

Alors que les yeux de tous les astronomes accomplissant sérieusement leur tâche, restaient soigneusement fixés chaque soir sur ce spectacle de la nature… »

(note : les dates sont données en calendrier julien et en calendrier grégorien)

C’est alors que le 10 octobre, au cœur même de la triple conjonction, dans le pied du Serpentaire, tout près du centre de notre galaxie occupé par un trou noir, ce que Kepler ignorait, à cet endroit précis donc, on vit brusquement surgir un astre éclatant qui n’avait jamais été remarqué auparavant.

Le choc engendré par un miracle tellement extraordinaire fut énorme. Jamais un prodige aussi stupéfiant, digne des récits mythologiques, n’avait été observé. Pour Kepler, le pythagoricien, et les théologiens mystiques, une coïncidence aussi fantastique ne pouvait être due au hasard. Par ce signe unique, Dieu comme jadis, avait voulu envoyer aux hommes un message d’ordre métaphysique. Et le fondateur de l’astronomie moderne bouleversé écrira à ce propos :

« Ce nouveau prodige céleste a été associé par le Dieu tout puissant lui-même aux trois planètes Saturne, Jupiter et Mars alors en conjonction, par un dessein précis poursuivant le salut des hommes. »

La Supernova de Kepler

Les astronomes ont retrouvé les vestiges de la supernova de Kepler. La revue Ciel et Espace, dans son numéro 453, février 2008, lui a consacré un article :

« La supernova de Kepler se trouve à 13 000 années-lumière (…). Elle est devenue visible il y a 400 ans (405 aujourd’hui), elle aurait donc explosé voici 13 400 ans ».

300pxkeplerssupernova.jpg

« A l’oeil nu, Johannes Kepler n’a pu voir qu’une étoile très brillante s’inviter dans la constellation du Serpentaire. Quatre siècles plus tard, Chandra observe une énorme bulle de gaz très riche en fer. Malgré des données plus précises, la supernova n’a pas encore livré tous ses secrets » (Ciel et Espace n° 453)

Supernovae et Rose-Croix

Le 18 août 1600, comme pour saluer le XVIIème siècle naissant, une autre étoile inconnue avait fait son apparition dans la constellation du Cygne. Kepler l’observa pendant dix-neuf ans.

Michael Maestlin, qu’une gravure nous présente sous l’aspect d’un jovial barbu, resta toute sa vie l’ami et le confident de Kepler dont il suivit attentivement les travaux. En 1601, cet initié discret dont on néglige l’importance, toujours en poste à Tübingen, vit arriver à son cours une étoile d’une autre nature, un jeune étudiant surdoué : c’était Johann-Valentin Andreae. Celui-ci était né le 17 août 1586, et le 18 août 1600, pour ses quatorze ans, le ciel dans le Cygne lui avait offert un somptueux cadeau d’anniversaire.

360pxmichaelmaestlin.jpg

En 1604 toujours à l’université de Tübingen, et dans l’entourage de Michael Maestlin,  Johann-Valentin Andreae eut alors l’idée d’un canular de potache, un ludibrium, comme il l’avouera plus tard en reconnaissant être l’auteur des Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz.

Aussi en 1615, lorsque parut le second traité des Rose-Croix, La Confessio fraternitatis, on put lire au huitième chapitre , rappel symbolique de la huitième sphère, du huitième degré du Sagittaire, des huit cents ans séparant les triplicités :

« Le Seigneur Dieu a certes déjà, dans les temps qui précèdent, témoigné de sa volonté par plusieurs messages, en particulier par plusieurs astres nouveaux qui sont apparus dans les cieux, dans les constellations du serpentaire et du cygne. Signes vigoureux de grands et importants événements, ils témoignent, ils publient aux yeux de tous que Dieu apporte à toutes les inventions humaines l’appui de ses écritures et de ses caractères mystérieusement cachés, afin que le grand livre de la nature soit certes ouvert aux yeux de tout homme, en ne pouvant cependant être lu ni compris que par une minorité. »

En commentant ce passage, les exégètes ont tous conclu, que l’auteur du traité avait simplement décidé d’exploiter des éléments spectaculaires fournis par l’actualité astronomique récente. Johann-Valentin Andreae et ses amis, parmi lesquels figurait l’helléniste Christophe Besold, un fidèle de Kepler, s’inspirèrent de toute évidence des légendes mythologiques associées aux deux constellations concernées, pour forger le portrait type de l’initié Rose-Croix. Pourtant, l’affaire n’est pas aussi simple qu’elle le paraît. Si le cénacle regroupant l’élite des savants mystiques de l’université de Tübingen ne fit que saisir l’opportunité de l’apparition de phénomènes célestes pour diffuser sa pensée, il est légitime de s’interroger sur la coïncidence, ou la synchronicité, qui fit jaillir deux nouvelles étoiles précisément et successivement dans ces deux constellations-là. En effet, s’il entre dans les capacités d’hommes savants, intelligents, cultivés et motivés de monter des « canulars » d’envergure pour servir leur idéal, il ne leur est pas possible de faire clignoter des étoiles variables, et encore moins de provoquer l’explosion de supernovae.

« Car tout est certitude, les légendes sont vraies, plus vraies que l’histoire (…)

Car c’est grâce aux sages, aux frères initiés, aux talismans, aux coupes magiques, aux signes symboliques, aux enchanteurs barbus, que naît cette ardeur, de nature magique, qui nous fait parvenir un jour dans la région où le ciel n’a plus d’étoiles parce qu’on fait partie de sa lumière et où l’âme est enfin paisible, parce qu’elle a trouvé le salut. »

(Maurice Magre: La clef des choses cachées)

 

 

 


Autres articles

Répondre

Fanatique d'esprit |
Scravic |
New EVENING Newcastle CHRON... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Archives Montségur 09
| Paroles de Soie
| club des alices noire