Sur les traces de Johann Kepler

De Arthur Koestler à Jean-Pierre Luminet

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Arthur Koestler

Ma première rencontre avec le « fondateur de l’astronomie moderne » est due à Arthur Koestler. En 1960 paraît en France  Les somnambules, un essai sur l’évolution des concepts de l’univers depuis Babylone jusqu’à la Renaissance. Au milieu des biographies de Copernic, Tycho Brahé, Galilée, personnages peu sympathiques, se détache la personnalité attachante de Johann Kepler.

Dès les premières pages qui lui sont consacrées, on sent chez l’auteur un élan affectif envers son héros. Le courant passe et résultat, mon intérêt pour Kepler ne m’a jamais quitté.

Un chien pas comme les autres : Kepler vu par lui-même

(cité par Arthur Koestler)

« Cet homme a en toute chose une nature canine. Son apparence est celle d’un petit chien. 1 : son corps est agile, nerveux et bien proportionné. Même ses appétits étaient semblables : il aimait ronger les os et les croûtons de pain, et il était si glouton qu’il attrapait tout ce qu’il voyait ; cependant, comme les chiens il boit peu et se contente de la plus simple nourriture. 2 : ses manières étaient semblables. Il recherchait continuellement l’amitié d’autrui, en tout dépendait des autres, se soumettait à leurs désirs, ne s’irritait jamais quand ils le repoussaient, attendant anxieusement de rentrer dans leurs bonnes grâces. (…) La conversation l’ennuie, mais il accueille les visiteurs comme un petit chien ; cependant quand on lui a ôté la moindre des choses, il relève le museau et gronde. (…) Il a une horreur canines des bains, des parfums et des lotions… »

Arthur Koestler

Naissance à Budapest le 5 septembre 1905. Il fit des études d’ingénieur à Vienne. Parmi les grandes étapes de sa vie, il faut signaler :

1931 : participation en tant que journaliste à l’expédition polaire du Graf Zepelin. Adhésion au parti communiste allemand.

1936 : Deux séjours en Espagne comme correspondant de presse, puis en 1937 comme correspondant de guerre.

1938 : rupture avec le parti communiste.

Octobre 1939 : Il est arrêté comme suspect à son domicile parisien par la police française et interné au camp du Vernet dans l’Ariège.

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Le camp du Vernet (Ariège)

1940 : L’Intelligence Service le fait libérer. Il termine Le zéro et l’infini. Arrêté de nouveau, il s’évade et gagne l’Angleterre.

1941 : Il écrit La lie de la terre, sur son internement au camp du Vernet.

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« Si j’ai narré tout au long mes aventures, c’est qu’elles sont typiques de l’espèce d’Humanité à laquelle j’appartiens : les exilés, les persécutés, les traqués de l’Europe ; les milliers et millions qui à cause de leur race, de leur nationalité et de leurs croyances, sont devenus la LIE DE LA TERRE »

1948 : Arthur Koestler devient sujet britannique.

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C’est en 1958 qu’il termine Les somnambules

En 1972, il publie Les racines du hasard, dont le thème est ainsi résumé sur la quatrième de couverture :

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« Les phénomènes impensables de la perception extra-sensorielle (télépathie, prémonition, clairvoyance) paraissent moins absurdes à la lumière des propositions impensables de la physique moderne… »

En 1974 paraît La treizième tribu, une étude sur la conversion de tout un peuple du Caucase au judaïsme vers le VIIIème siècle. Mal compris, le livre fit scandale pour diverses raisons, politiques surtout.

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Carte du Caucase à l’époque des Khazars

L’énigme posée par les Khazars et leur supposée conversion devrait être à nouveau étudiée par des spécialistes indépendants, non concernés par les religions en cause et leurs problèmes politiques annexes. L’archéologie pourrait fournir une aide précieuse ; certains détails glissés dans les textes de l’antiquité, de l’Egypte à la Chine, également. Car il n’existe aucun témoignage direct, les premières sources citées sont postérieures d’au moins deux siècles à l’affaire, et semblent fortement romancées, comme si les chroniqueurs, chrétiens, juifs ou musulmans avaient choisi d’occulter une vérité dérangeante.

Le 3 mars 1983, atteint par la maladie, Arthur Koestler préféra quitter la scène. Son épouse Cynthia, âgée de 55 ans et en bonne santé, choisit de suivre son mari. Il légua plus de 400.000 livres sterling pour « encourager l’étude des phénomènes psychiques ». Avec cette somme une chaire de parapsychologie a été créée à l’université d’Edimbourg.

L’œil de Galilée,

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C’est le titre du troisième volet de la série « Les bâtisseurs du ciel » de Jean-Pierre Luminet. L’œil de Galilée, c’est Kepler qui seul a pu comprendre le fonctionnement de la lunette astronomique et peut attester de la réalité des observations de son confrère italien

L’enfant qui voulait voir l’invisible,

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Jean-Pierre Luminet

C’est Jean-Pierre Luminet, directeur de recherches au CNRS, astrophysicien à l’Observatoire de Paris, poète, musicien (philosophe), auteur d’une vingtaine d’ouvrage parmi lesquels :

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L’Univers chiffonné, éditions Fayard 2001, et Folio Essais (n° 449) 2005.

De l’infini, avec Marc Lachièze-Rey, Dunod, 2005.

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Bonnes nouvelles des étoiles, Odile Jacob, 2009. Ecrit en collaboration avec Elisa Brune, écrivain et journaliste scientifique.

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Elisa Brune

J’ai découvert Elisa Brune il y a quelques années dans le « Hors-Série » n° 137 de la revue Sciences et Avenir (janvier 2004). Son article sur un sujet  difficile à traiter d’un point de vue purement scientifique, restera un modèle de subtilité. Ces Hors Série de Sciences et Avenir ont été, jusqu’au numéro 153 inclus,  passionnants et particulièrement inspirés. Depuis le départ de leur rédacteur en chef, Laurent Mayet, le ton a changé et malgré l’excellente qualité des articles et leur pertinence, il manque le « je ne sais quoi » qui se trouvait entre les lignes et dans les blancs du texte. Essayez de vous procurer ces anciens magasines, si vous ne les avez pas. Je pense en particulier au n° 137, Le Dieu des savants, au 138 sur le mystère des nombres, au n° 141 sur Les 3 constantes de l’univers, époustouflant et plein d’humour.

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Enfin, pour faire plus ample connaissance avec Jean-Pierre Luminet, ne pas manquer le DVD L’enfant qui voulait voir l’invisible. Après une initiation au mystère des trous noirs, on y retrouve un univers que Kepler aurait aimé, celui évoqué par Platon en Timée (55c) :

« Il restait encore une combinaison, la cinquième ; c’est à l’Univers que Dieu en fit application, pour en dessiner l’épure »

Il s’agit du dodécaèdre pentagonal. Et l’Univers chiffonné par Jean-Pierre Luminet y ressemble comme un frère.

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Notre astrophysicien serait-il un Somnambule comme le fut Kepler ? Possible, mais je pense surtout à l’influence de son âme d’artiste qui lui a fait décelé le rapport entre la science d’aujourd’hui et celle cachée dans les récits mythologiques de l’antiquité qu’il connaît aussi parfaitement. Les découvertes archéologiques ont mis en évidence l’importance du dodécaèdre chez les peuples anciens. Une douzaine de dodécaèdres en bronze ajourés et bouletés ont été retrouvés dans le monde celtique, d’autres en Chine. Ces objets montrent la coïncidence des conceptions orientales, celtiques et pythagoriciennes. A cela s’ajoutent les mesures effectuées sur des monuments égyptiens en rapport avec √5.

Plus curieusement √5 figure dans des écrits anciens dont les lettres sont aussi des nombres. Il suffit de savoir les lire, sans oublier que les scribes mésopotamiens traitaient leurs calculs en « virgule flottante » et que √5, c’est à dire 2,236, peut être caché dans une phrase d’apparence anodine de valeur 2236. Il en est de même pour 5√5 (11,18). Avis aux amateurs de ce type de recherches. Pour aider les débutants, la factorisation de ces deux nombres offre une clé : 1118 = 2 x 13 x 43, et 2236 = 22 x 13 x 43 ou 26 x 86.

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Quant aux assoiffés de connaissance, qu’ils se plongent dans les ouvrages de Jean-Pierre Luminet, ils en sortiront enrichis. 

 


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Un commentaire

  1. Pour information: Dans « Le nouvel Observateur » n° 2330, du 2 au 8 juillet 2009, il y a une interview de Jean-Pierre Luminet dans la rubrique « Les débats de l’Obs. ». Le sujet porte sur Les dernières nouvelles des étoiles…
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