DE MONTSALVAT A MONTSEGUR

Dans la série: Fumistes et charlatans

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Wildenberg

« On avait aussi pris soin, sans regarder aux frais, d’élever des parois de marbre autour de quatre socles carrés, qui supportaient des bûchers ; on y brûlait dans de grands feux de ce bois qu’on appelle aloès. (Jamais, ni avant, ni depuis, personne ne vit ici, dans ma maison de Wildenberg, flamber de pareils feux.) »

Cet extrait du Parzival de Wolfram von Eschenbach apporte une des clefs fondamentales à une juste compréhension de l’œuvre. Cette clef fournit l’explication du nom de Montsalvage, plus exactement Munsalvaesche, attribué au domaine du Graal. En effet, Wildenberg signifie en allemand Mont Sauvage, et Wolfram indique clairement qu’il réside dans ce lieu, probablement un village médiéval au pied de son château seigneurial. Le domaine du Graal, par conséquent, est donc là où vit le poète, là où se trouve chacun de nous, c’est à dire partout et nulle part, peut-être dans un univers parallèle, un Autre Monde, accessible sous certaines conditions, d’où la traduction de Wildenberg dans une langue étrangère, romane en l’occurrence.

Le véritable Wildenberg, village et château, était situé près d’Amorbach dans l’Odenwald. Il appartenait aux seigneurs de Dürne, protecteurs de Wolfram ; c’est pourquoi le poète reconnaissant lui offrit, sous le vocable de Montsalvage, une immortelle célébrité.

Antérieurement à Wolfram von Eschenbach, Chrétien de Troyes par exemple, avait laissé le domaine du Graal, inaccessible et intemporel, dans un symbolique anonymat. Pour des raisons d’ordre astronomique, les auteurs inconnus de La Queste du Saint-Graal l’appelleront par la suite Corbénic, allusion à la constellation du Corbeau voisine de la Coupe céleste.

Il est pénible de constater, qu’à de rares exceptions près, des érudits, des professeurs, des universitaires, considérés comme des autorités en la matière, ont évité dans leurs études sur le sujet, de mettre en évidence la parenté existant entre Montsalvage et Wildenberg. Selon les auteurs, on peut s’interroger sur le sens à donner à l’omission d’un tel détail : négligence pour les uns, occultation volontaire pour les autres peut-être ? Certains, il est vrai, n’ont pas hésité à transformer Montsalvage en Montsalvat dans leurs commentaires de l’œuvre de Wolfram. Pourtant ce nom n’apparut qu’au XIXième, lorsque Richard Wagner, dans le but de sacraliser son drame lyrique Parsifal éleva le médiéval et trop concret Mont Sauvage des seigneurs de Dürne en un mystique Mont du Salut, le désormais prestigieux Montsalvat. Or ce simple glissement du sens premier du nom allemand du domaine du Graal est à l’origine de nombreuses théories, souvent délirantes, concernant une hypothétique localisation géographique du haut lieu symbolique.

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Montségur

Ainsi, au début du XXième siècle, se développa autour de Montségur une mythologie ahurissante, fabriquée à partir d’éléments hétéroclites par des personnages à la limite, parfois, de l’honnêteté intellectuelle.

-        Prétendre que le nom de Montségur, le Mont Sûr, présente une parenté avec celui de Montsalvat,

-         Rapprocher la démarche spirituelle des Cathares avec l’idée d’une quête mystique,

-         Constater que la grande époque du catharisme est contemporaine de l’apparition littéraire des récits sur le Graal,

-         Voir une influence provençale dans la composition du Parzival de Wolfram von Eschenbach,

Tout cela est admissible. Mais les rêveurs, les farfelus, et malheureusement les mythomanes, qui ont successivement enjolivé le possible rapprochement symbolique, n’avaient que faire de bases solides et incontestables. Ils ont préféré s’appuyer sur des étymologies douteuses, des approximations, des confusions de textes, des contresens, sinon des inventions grossières et le plus grave : des falsifications.

A suivre

 

 


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